‹ Une carte d'Amérique datée de 1669 [microforme]Chapitre 1 sur 3 · GABRIEL MARCEL · texte numérisé non relu

GABRIEL MARCEL

M. Jules Marcou, le géologue bien connu, m'a fait l’honneur de me consulter au sujet d’une carte d'Amérique qu'il possède et qu’il croit fort rare. Cette pièce a été achetée par lui, à Selins, en 1880, et provenait de la famille des comtes de Banans, dont M. Marcou a connu le dernier représentant. « Elle était, m'’écrit le possesseur de cette carte curieuse, dans un état affreux, lor: que je l’ai trouvée exposée chez un marchand de bric-à-brac, exposée aux injures du temps, et j'ai dû couper les bordures pour la sauver... Cette carte, ajoute M. Marcou, aura été construite sous la direction de Colbert qui, tout en étant intendant des finances, dirigeait les affaires navales dès 1667 et même dès 1665. A partir du 7 mars 1669, Colbert dirigeait la marine qui devint alors un ministère séparé. Le roi Louis XIV aura mis la main, si peu que ce soit, à cette carie. » Dans une lettre postérieure, il revient sur cette idée en disant : « Je continue à penser que Louis XIV a eu une part, si petite soit-elle, dans la construction de cette carte. »

Il est nécessaire de décrire en détail cette curieuse gravure, dont je n’ai trouvé d’exemplaire ni à la Bibliothèque

4, Communication adressée à la Saciété, dans sa séance du 1° mai 1891.

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natonale, ni dans la collection si riche des Affaires étrangères, ni chez aucun des libraires qui s’adonnent au commerce des cartes ; c’est la seule façon, pour nous, d’arriver à connaître les raisons qui ont amené M. Marcou à supposer que Louis XIV aurait pu prendre une part quelconque à sa construction.

D'après ce que me dit son possesseur, cetle carte n'avait pas de titre de courant, la seule indication bibliographique qu'on y trouve est la date : 1669. Elle était encadrée de chaque côté par deux bandes de figures représentant des indigènes de l'Amérique et dans le bas se trouvait une bande horizontale composée de dix plans ou vues des villes de la Havane, Mexico, le fort Saint-Augustin en Floride, Charolé ou Caroline, forteresse des Français en Floride, Potase (pour Potosi), Saint-Dominique, ville de l’isle dite espagnolete, Carthagène, Cusco, l’ile de la Moche en Chili et Montréal (cette dernière manque).

Dans le coin inférieur drcit, dans un cartouche en forme d’écusson auquel sont accolées comme supports deux figures trop courtes et mal dessinées : Christophe Colomb et Vespuce, on lit: Amériqve |] quatriesme partie du Monde || que l’on appelle ordinairemt || nouveau Monde, fut premiérem, nt || descouuerte L’an 1492 par Christophe Colomb || Geneuois sous les auspices du Roy de Castille. En || suite elle fut descout*' encore dauantage par les nauïigalions || d'Americ Florentin, qui donna son nom à || L'Amérique enuiron L’an 1497. Mais L'an 1520 || Ferdinand Magellan fut le premier qui ouurit les || dernières terres du costé du Midy ayant trouué || le destroit qui fut appelé de son nom || Magellan || 1669 ||

A la base de ce même cartouche est gravé : « Le portrait des quatre héros de la mer qui ont fait le tour de la terre passant par le détroit Ge Magellan », Magellan, Drac (sic), Candisch, van der Noort.

La carte seule a 4 m. 08 de large sur 0 m. 82 de haut, et

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si l’on y ajoute d’une part les deux bandes de portraits d’indigènes et la bande de plans de villes, on arrive, pour l’ensemble de la gravure, aux dimensions suivantes : 1 m. 28 ou 4 m. 29 sur 0 m. 93.

Les mers sont illustrées de nombreuses représentations de baleines, de poissons volants, de requins, tortues, vaches marines et autres animaux plus ou moins fantastiques. En plusieurs endroits, des bâtiments sur lesquels flotte le pavillon hollandais aux trois bandes horizontales luttent contre des vaisseaux aux trois fleurs de list; dans les parages de la Terre de Feu, des canots avec du feu au milieu et montés par des Fuégiens; dans le Brésil, une scène d’anthropophagie; plus bas des Patagons devant la stature colossale desquels s’émerveillent de petits Européens; au milieu de la mer du Sud, Neptune tenant son trident et Amphitrite montés sur des dauphins et accompagnés de divinités marines jouant de la conque; cinq roses des vents surmontées de la fleur de lis pour indiquer le nord. Enfin, dans l'océan Atlantique, au-dessous d’une chasse à la baleine par des Indiens complètement nus, trône sur un char tiré par trois chevaux marins attelés de front et mu par des roues à palettes, sous un dais porté par des Indiens et Indiennes peu vêtus, un Louis XIV à perruque, au manteau fleurdelisé, à la cuirasse romaine, tenant le sceptre de la main gauche, désignant le Canada de la droite et ayant l’air de se diriger vers ce pays en venant d'Europe, telles sont, en abrégé, les luxueuses illustrations de cette carte curieuse.

IL est clair que cette vignette et les fleurs de lis que M. Marcou a remarquées sur les roses et les pavillons de cerlains vaisseaux lui ont paru avoir une importance exceptionneile et expliquent, si elles ne la justifient, sa singulière et toute neuve conception d’un Louis XIV cartographe !

Mais complétons la description de la pièce qui nous

1. Les Hollandais se joignirent à nos ennemis dans la guerre dite de dévolution qui se termina en 1668 par le traité d’Aix-la-Chapelle.

occupe; nous y trouverons peul-êlre quelques détails qui | nous permettront d’arriver à connaître, sinon le nom deson | auteur, du moins le pays où elle a vu le jour. | Dans le coin inférieur gauche se trouve, dans un cartouche, une projection des terres polaires antarctiques avec le titre | suivant : 1 D'autant que la descriptiô de ces quatre ||. parties du | monde, toutes les parties entières d’iceluy || ny sont pas comprises à cause que la partie septen || trionalle ne nous est pas cognüe, laquelle est scise || soubs le Pôle antartiques (sic) et hors des limites prescrite et qu’elle est dicte Magellanique du nom de Ferdi || nand Magellanes qui l’a le | premier descouuerte || a ce sujet nous auons fait une Table séparée || d’où il apert que le Iour n’y est pas cognu. || | Dans ce cartouche, s'étend une énorme terre australe qui | s’allonge jusqu’auprès destles Bali et Timor, qui est séparée de l’Amérique par un seul détroit portant à ses deux embouchures les noms de détroit de Magellan et de détroit | de Lemaire et qui, près de Java major, à partir dela «Beach | province» s’incurve en un grand golfe présentant de lointains rapports avec le golfe de Cärpentarie. La Nouvelle-Guinée, | qui est séparée de la terre australe, porte une série d’inscriptions encore espagnoles, bien qu’on soit en 1669. Nous les relevons précieusement parce qu’elles ont une importance considérable pour l’histoire de la découverte de cette grande île.

Ancon de la nativité de notre Seig'.

Buena Baya. | | C. Blanco. | P. de Gasparico.

B. deS. Nicolas.

P. Salida.

P. Baixo.

S. Hierosme. À P. S. August.

ot

P.S. Pierre.

Y. S. Paul.

P. de la Vierge.

S. Andres.

Buen Puerto.

S. Thiago.

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