C. de Buen disco (deseo
Dans le coin supérieur gauche on voit une épure au-dessous de laquelle une longue inscription a pour titre : « Pour trouver la distance des lieux ».
Enfin au milieu de la carte et pour meubler l'Amérique du Nord dont les grands lacs sont encore ignorés et où le cours du Mississipi et de ses énormes affluents n’a pas encore été reconnu, se trouve ane projection polaire boréale avec cette légende : « N'ayant peu descrire en
|| cette carte les parties d'Amérique || les plus avancées vers le septentrion || sans être obligé de les réduire en {| plus petite forme l’ay trouué a pro {| pos de les descrire à part ici baut || en cette carte où l’on voit || aussi le pôle arctique ||.
En somme, comme cette carte ne porte aucun nom d’auteur, aucune adresse de graveur ou d’éditeur, il serait absolument impossible de découvrir en quel pays elle a été gravée et de quelle offcine elle sort, si nous n'avions remarqué, à côté de la vignette représentant Louis XIV triomphalement traîné sur un char aquatique, un avis ainsi CONÇu :
« Au lecteur, salut,
€ Afin qu’en supputant la longitude, le curieux lecteur n’aye aucun double, il est à propos qu’il consulte la table que nous auons dressée de l’Europe, où il est traité plus au long de la scituation du premier méridien, c’est par là qu’il saura les raisons que nous rendons de la description que nous en auons fait. »
Ainsi donc, voilà un premier fait acquis, fait qui a échappé à M. Marcou : l’auteur de sa carte d'Amérique a
publié également une carte d'Europe, carte sur laquelle se trouve une longue légende traitant de la situation du premier méridien. Or, si nous trouvons cette dernière, nous serons fondé à dire que son auteur a également dressé la carte d'Amérique qui nous occupe.
Au cours de notre examen, nous avons fait une seconde remarque qui nous a vivement frappé : l'Océan Pacifique est appelé sur notre carte « Mer du Zud » et l’Atlantique : « mer du Nort », orthographe évidemment hollandaise, nous sommes donc amené à penser que si nous rencontrons deux cartes d'Europe portant une longue légende relative au méridien initial et émanées de deux auteurs différents, c'est évidemment celui qui sera de nationalité hollandaise qui devra être considéré comme l’auteur de la carte d'Amérique de M. Marcou.
Parmi les grandes cartes d'Europe publiées au milieu du xvii siècle, il en est deux et toutes deux hollandaises, qui répondent aux desiderata que nous-venons d’exprimér,
L’une, qui a pour titre le seul mot Europa, dont le privilège en latin est donné Hagæ comitis le 5 août (la date a été effacée sur la planche), a pour auteur Claes Jansson Visscher, qui latinise souvent son nom en Nicolaus Joannides Piscator. Cette carte est disposée de la même manière que notre Amérique, avec les deux bandes longitudinales de types et une bande horizontale de plans de villes; elle a comine dimension, tout compris, 4 m. 39 >< 0 m. 95.
Dans le coin supérieur droit de cette pièce, qui est fort supérieure comme gravure à la carte d'Amérique de M. Marcou, se trouve au-dessous d’une mappemonde en deux hémisphères, une dissertation qui n’a pas moins de vingt-sept lignes et qui a pour titre: De locorum longitudinis initio.
Il semble donc que soient ici réunies les deux conditions que nous avons posées : l’auteur, Visscher, est originaire des Pays-Bas et sa carte d'Europe porte une longue dissertation relative au méridien initial.
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Mais en examinant de plus près, en comparant certaines parties communes des deux cartes, nous allons trouver un certain nombre de détails qui viendront confirmer notre hypothèse. C’est d'abord l’appellation Oceanus deucaledonius, au lieu de Caledonius, par un jeu de mot sur Deucalion et Calédonie, que nous trouvons sur les deux cartes, au nord de l'Écosse.
La partie de l’Amérique tracée sur la carte de Visscher, porte les inscriptions suivantes : Warwikes forland, Angra de Joan de Maio, R. Nevada, C. de terre ferme al C. Blanco, fretum Davis; sur deux grandes terres séparées entre elles par un détroit innomé et du Groënland par le S' Martin Frobishers straites, nous relevons ces noms : Lester point, et sur la plus méridionale Regina Elis forland!.
Enfin, entre l'Islande et les différentes terres ci-dessus indiquées, nous remarquons une île qui porte le nom de Frisland; c’est, j'imagine, la plus récente et dernière mention d’une terre dont la découverte a été attribuée à Zeno.
En allant de l’est à l’ouest, j’y relève la nomenclature suivante : C. Spagia, Andefoort, Aqua, Campa, Rane, Rovea, Godmec, Sorand, Occibar, Ledene, Sanestrol, Banar, GC. Bouet, Cabaru; or, tous ces noms, toutes les inscriptions ci-dessus se retrouvent dans le cartouche des régions arctiques sur la carte d'Amérique appartenant à M. Marcou.
Mais j'ai dit qu'il existait une seconde carte d'Europe répondant au signalement exigé, c’est la carte publiée à Amsterdam par Joannes Blaeu en 1659. Elle est un peu plus grande d’échelle, mais n’a pas d'encadrement, présente quelques différences dans la légende relative au méridien initial, ne contient plus d’île Frisland et porte enfin une nomenclature tout à fait autre.
J'ajouterai qu’une seconde édition de la carte de Blaeu avec des changements, dans les ornements surtout, a été