SCÈNE PREMIÈRE
MADELEINE, MARTHE, LOUISE et Quelques Femmes
du village sont assises et travaillent autour de la table sur laquelle brûle une lampe; Madeleine est un peu à gauche devant son métier à dentelle.
MARTHE, montrant Madeleine aux autres femmes.
Regardez donc Madeleine. La pauyre femme a beau faire, son ouvrage lui tombe des mains.
LOUISE
Il y a bien de quoi. Elle pense à son mari absent et elle n’est pas la seule à s’inquiéter.
MARTHE
Oh! la guerre!... quand donc celle-là finira-t-elle?
MADELEINE, relevant la tête.
Ecoutez !
LES FEMMES, effrayées.
Quoi donc?
MADELEINE, allant pousser la porte du fond.
Il m’a semblé entendre des pas de chevaux gravissant la côte.
MARTHE
Quelque détachement qui rejoint l’armée.
LOUISE
On ne voit que ça depuis trois jours.
MADELEINE
Et le canon qui gronde du matin au soir.
LOUISE
Le sénéchal disait tantôt que c’était du côté de Fonte no y.
MARTHE
Et qu’on était à la veille d’une grande bataille.
MADELEINE
Hélas! (Regardant autour d’elle.) Mais OÙ est donc ma
fille?
10UISE.
Chez la voisine avec ses petites amies qui sont venues la chercher.
MARTHE
Elles jouent, les chères fillettes, elles chantent, elles dansent, comme tous les soirs pfrndant que les mères travaillent et se lamentent; c’est de leur âge.
MADELEINE, qui est retournée à son métier.
Oui, voilà cinq semaines que nous sommes sans nouvelles de l’armée, trois jours que le canon se fait entendre, et que l’inquiétude nous ronge le cœur. Et les enfants jouent. Et c’est bien heureux qu’il en soit ainsi, car