SCÈNE VII
Les Mêmes, VALENTINE, LA CHANOINESSE, RAOUL.
VALENTIN E
Non, tu vivras, Adrienne,
LAZARE, à Valentine avec colère.
Que voulez-vous? que venez-vous faire ici?
© VALENTINE
Je viens, une fois encore, vous supplier d’écouter ma prière... je viens vous demander devant tous de consentir à quitter la France.
LAZARE
Silence!... Je vous ordonne de vous taire.
VALENTINE, hésitant.
Non, non... mon devoir est de parler.
LAZARE
Je vous ordonne de me suivre à l’instant... A l’instant, je le veux...
Il va lui saisir le bras.
LA CHANOINESSE* se plaçant entre eux.
Pardon, monsieur...
VALENTINE, se jetant à son cou.
Oh! vous êtes une pieuse et sainte femme, vous madame, vous soutiendrez mon courage, vous me donnerez la force de résister, vous me direz si je dois parler ou me taire.
LAZARE
Vous devez m’obéir et me suivre.
De quel droit donnez-vous des ordres à cette enfant, et qui donc êtes-vous pour oser, devant moi, lui parler delà sorte?
LAZARE
Je suis le comte de Mornas. w
LA CHANOINESSE, étonnée.
Le comte... de Mornas!
LAZARE
Jo.suis son père, madame.
SIXIÈME PARTIE
LA CHANOINESSE, à Valentine.
Ton père !
VALENTINE
Oui, madame, c’est lui!
LA CHANOINESSE, avec énergie.
Regardez-moi donc en face, monsieur, et répétez un peu ce que vous venez de dire.
LAZARE, avec hauteur.
Je le répète, madame, je suis le père de Valentine de Mornas.
LA CHANOINESSE
C’est bien... Dites-moi, maintenant, je vous prie, si vous me connaissez, dites-moi si nous nous sommes jamais rencontrés jusqu’à ce jour.
LAZARE
Jamais!.., Je n’ai aucun souvenir
LA CHANOINESSE, ironiquement.
Vous vous rappelez du moins à quel collège fut confiée l’enfance de votre fille.
LAZARE
Au pensionnat d’Hyères, oui certes.
LA CHANOINESSE
Alors c’est bien de votre part qu’elle y fut amenée?
LAZARE
Le jour où«je quittai la France, sans doute.
LA CHANOINESSE
Et l’homme qui la remit aux mains de la supérieure était... un serviteur...
LAZARE
Un serviteur dévoué de ma famille.
LA CHANOINESSE
Choisi par vous, que vous connaissez bien?
Que je connais, oui, madame.
LA CHANOINESSE
Et sauriez-vous redire les adieux de cet homme en se séparant de votre fille?
LAZARE, insolemment.
Eh! comment le pourrais-je?
LA CHANOINESSE
11 disait d’une voix profondément émue : C’est pour toujours peut-être que je te quitte, pauvre enfant, et la moitié de mon cœur et la moitié de ma vie restent ici près de toi... Ses yeux étaient remplis de larmes et, comme toute surprise, la supérieure allait interroger cet homme : Je ne veux plus, dit-il, ni ruse, ni mensonge devant vous à qui je viens confier ce que j’ai de plus cher : c’est mon enfant, madame, que je remets entre vos mains.
TOUS
Son enfant!
LAZARE
Non, on vous a trompée; cet homme n’a pas parlé de la sorte à la supérieure du collège d’Hyères.
LA CHANOINESSE, avec hauteur.
JemenommeHerminie d’Armaillé, je suis depuis quinze ans la chanoinesse directrice de ce collège, et c’est moi qui ai reçu Valentine de Mornas des mains de son véritable père.
LAZARE, épouvanté.
Vous!
LA CHANOINESSE
Et je vous dis que vous êtes un imposteur, je vous dis que vous avez menti!
SIXIÈME PARTIE 153
JEAN R EN AUD, avec force.
Ah ! enfin ! enfin !
LAZARE, avec force.
Madame !
LA CHANOINESSE
Oui, vous avez menti... vous n’êtes pas son père.
JEAN RENAUD, avec force.
Et je vous dis, moi, que vous n’êtes pas le comte de M ornas.
CHAMBORAN, avec joie.
Allons donc !
V ALE N T I N E , avec force.
Ah ! voilà donc la cause de cette révolte de mon âme quand ses lèvres s’approchaient de mon front !
LAZARE
Et n'ai-je pas en mains tout ce qui peut établir l’identité d’un homme?... Qui fournira la preuve que toutes ces accusations ne sont pas mensongères ?
YALENTINE.
La preuve !... C’est vous-même qui l’avez apportée.
JEAN RENAUD
Que dites-vous ?
Moi?
VA LEN TIN E, montrant le collier.
Vous, qui l’avez \olé sur le corps sanglant de Madeleine. (a la duchesse.) Tenez, tenez, madame.
JEAN RENAUD, regardant le collier.
Ah ! je le reconnais... je le reconnais bien... oui... oui, c’est lui... c’est lui!
LAZARE
Un pareil bijou aurait appartenu à cette enfant du
LA DUCHESSE, avec autorité.
C’est moi, monsieur, moi qui le lui avais donnC\
LAZARE
Et n’en est-il aucun qui puisse lui ressembler?...
JEAN RENAUD
Regardez, madame la duchesse, dans le médaillon est écrit votre nom !
LA DUCHESSE
Cela est vrai !
JEAN RENAUD
Là, monsieur le duc, furent gravées jadis tes armes de la maison d’Aubeterre.
LE DUC
C’est bien vrai.
JEAN RENAUD
Aussi vrai que voilà l’assassin de Madeleine.
LAZARE, à lui-mèrae.
Je suis perdu.
LE DUC
Ce n’est plus votre grâce que je vais demander, Jean Renaud, c’est la réhabilitation de votre honneur, c’est le rachat de vos longues souffrances. (Lui tendantia main.) C’est 1e pardon de notre erreur à tous.
JEAN RENAUD, saisissant cette main .
Ah ! monsieur 1e duc ! j’ai désormais le droit d’embrasser ma fille, je ne me souviens plus de mes souffrances passées !
LAZARE, à part.
Si je pouvais du moins...
Il cherche à s’élancer par le fond.
SIXIÈME PARTIE
Restez !
RAOUL
CHAMBORAN, se plaçant devant lui les bras croisés.
Restez donc, je vous prie !