‹ Une cause célèbre; drame en six partiesChapitre 99 sur 102 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les Mêmes, LAZARE.

LE DUC, à Jean Renaud.

Tenez-vous là, un instant à l’écart, et attendez.

JEAN RENAUD, tremblant.

Mais, monsieur le duc...

Attendez, attendez.

CHAMBORAN

M. le comte de Mornas.

LAZARE, entrant.

Je^n’ai pas voulu m’éloigner sans vous remercier de nouveau, monsieur le duc, et vous aussi, madame la duchesse, de l’hospitalité que vous avez bien voulu offrir à ma fille et à moi.

le duc.

Avant que vous ne partiez, je vous demande la permission, monsieur le comte, de faire comparaître, devant vous, un malheureux dont on vous a parlé déjà.

LAZARE

De qui s’agit-il?

LE DUC

Approchez, Jean Renaud.

LAZARE, à part, avec effroi.

Jean Renaud!

CHAMBORAN, à part.

I] a tremblé !

SIXIÈME PARTIE

LAZARE, avec un regard calme.

Jean Renaud! Mais je ne me trompe pas!... et l’habit que porte cet homme le dit assez... Jean Renaud est le nom de ce soldat condamné autrefois pour meurtre.

JEAN RENAUD

Injustement condamné, monsieur le comte... et, d’un mot, vous allez le rendre à la liberté, à la vie, à l’honneur.

LAZARE, avec hauteur.

Moi, et comment, je vous prie?

JEAN RENAUD

En faisant appel à vos souvenirs et en déclarant la vérité.

LAZARE

De quels souvenirs parlez-vous? Ah! il s’agit sans doute de cette histoire dont me parlait naguère mademoiselle Adrien ne.

ADRIENNE

Sa fille, monsieur, je suis sa fille.

JEAN RENAUD

11 s’agit de cette rencontre de deux hommes, la veille de la bataille de Fontenoy, il s’agit de ce voyageur blessé, mourant, de ce soldat qui lui portait secours... de ce dépôt confié... à son honneur, le soldat c’était moi... et le mourant... c’était... c’était... (il s’arrête, hésite sous le regard fixe de Lazare.) Le sang qui inondait son visage, l’obscurité qui grandissait me permettaient à peine de distinguer ses traits... mais il s’appelait le comte de Mornas.

LAZARE, froidement.

Le comte de Mornas, c’est moi, et je l’ai déjà dit... tout ce que vous me rappelez jusqu’ici est exact.

JEAN RENAUD, avec joie.

Vous l’entendez! vous l’entendez!... Et vous m’avez confié, n’est-ce pas, votre or, vos titres, vos...

LAZARE

Assez! assez! N’achevez pas.

JEAN RENAUD

Comment ?

LAZARE

Ici commence, je le sais maintenant, la sombre et mystérieuse histoire de cette pauvre femme assassinée.

JEAN RENAUD

Oui, de ma femme à moi.

LAZARE

Je sais aussi que, dans l’intérêt de la défense, mon nom a été invoqué.

JEAN RENAUD

Par moi, monsieur le comte, par moi que justifiait la disparition de vos titres, de vos papiers, de vos bijoux; de famille.

LAZARE, avec force.

Leur... disparition?... Mais ces titres, ces bijoux et ces papiers de famille sont entre mes mains.

JEAN RENAUD, atterré.

Entre... entre vos mains! Ils sont entre vos mains!...

LAZARE

Oui, tous, entendez-vous... je les ai... je les ai tous.

JEAN RENAUD, haletant.

Alors, celui qui s’en est emparé les avait rendus à votre famille?

LAZARE

Jamais.

JEAN RÉNAUD, avec force.

Celui qui les avait enlevés vous les a remis à vousmême?

LAZARE, avec violence.

Jamais, vous dis-je, jamais!

SIXIÈME PARTIE

JEAN R EN AUD, très énergique.

Eh bien, moi je vous dis que si personne ne vous les a rendus, il faut que vous les ayez volés vous-même sur le cadavre de Madeleine.

LAZARE

Misérable!

LE DUC, à Jean Renaud.

Silence, pas un mot de plus.

JEAN RENAUD, hors de lui.

Vous voulez que je me taise! que je reste muet, impassible! Mais vous n’avez donc pas compris? Je vous dis que j’ai là devant moi, le misérable qui a assassiné Madeleine ! Celui par qui ma fille se meurt et qui m’a infligé douze années de torture... et vous voulez que je me taise! Mais regardez donc cet habit infamant que je porte et qu’il devrait porter à ma place; mais comprenez donc cette haine furieuse qui déborde de mon âme et, à défaut de la loi que je n'ai plus le droit d’invoquer, moi, dont il a fait un forçat, laissez moi me faire justice... Laissez-moi me venger.

Le duc et Chamboran le saisissent et le retiennent.

ADRIEN NE

Mon père!

LE DUC

Quelle preuve, quel indice pouvez-vous invoquer?

ADRIENNE, après un silence.

Hélas! tout est fini, je le disais bien, je n’ai plus qu’à mourir!

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