PREMIÈRE PARTIE
porte que je rentre au camp deux heures plus tard... Je serai de retour avant la bataille!... Ma résolution fut aussitôt prise. Je m’élançai sur la route de notre village et me voici! Maintenant, femme, mettons en sûreté ces titres et que Dieu fasse le reste! S’il me rappelle à lui, tu feras, à ma place, parvenir le papier et les bijoux au père du pauvre mort, et je vous aurai laissées, du moins, toi et ma fille, à l’abri de la misère.
MADELEINE
Oh ! tu reviendras, Jean Renaud, tu reviendras !
JEAN RENAUD
Le collier que t’a donné ta sœur de lait, madame la duchesse d’Aubeterre, va se trouver en bonue compagnie.
MADELEINE
C’est vrai. (Regardant les bijoux.) Des bagues, des bracelets...
JEAN RENAUD
Sans doute des bijoux de famille,
MADELEINE
Des colliers de diamants. (Regardant la bourse.) Et trois cents louis, à nous !
JEAN RENAUD
Bien à nous.
MADELEINE
Quelle dot pour notre fille !
Elle remet le coffre dans l’armoire qu’elle ferme et dout elle reprend la clé.
JEAN RENAUD
Allons, il faut que je me hâte. Il me reste à peine, en marchant bien, le temps de regagner nos avant-postes, sans que mon absence ait été remarquée...
MADELEINE
Ah! mon Dieu ! Tu me fais trembler.
JEAN RENAUD
Ra'ssure-toi... Tant de raisons peuvent m’avoir mis en retard... et puis j’ai de bonnes jambes... on ne saura rien.
MADELEINE
Ah ! quelle nuit... et demain... quelle journée à passer!
JEAN RENAUD, la pressant dans ses bras.
Madeleine, avant de nous séparer encore, laisse-moi te dire ce que j’avais sur le cœur depuis deux mois. Je me sentais coupable envers toi si honnête, si laborieuse, si aimante! Oui, j’ai eu bien des torts.
MADELEINE
Ils sont oubliés, mon ami.
Mon affreuse jalousie t’a fait beaucoup de mal.
MADELEINE
N’avait-elle pas ta tendresse pour excuse ?
JEAN RENAUD
Eh bien ! donne-moi du courage. Dis-moi, une fois encore, que tu me pardonnes.
MADELEINE
Si je te pardonne !... Toi que j’aime plus que ma vie !
Elle l’embrasse en pleurant.
JEAN RENAUD
Ma chère Madeleine!... A présent, je puis partir... allons... il le faut... Adieu !
MADELEINE
Tu pars, sans embrasser ta fille !
JEAN RENAUD
Elle dort sans doute, laisse-moi seulement la regarder.
Il entr’ouvre doucement la porte et s’arrête attendri. MADELEINE, s’appuyant sur son épaule.
Chère mignonne, elle est encore tout habillée.