‹ Une cause célèbre; drame en six partiesChapitre 18 sur 102 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

.CHAMBORAN, avec emphase.

Il m’a sauvé la vie !

TOUS

A toi?...

CHAMBORAN

A moi, Pierre Chamboran !

LE CAPORAL

Et comment s'est accompli...

CHAMBORAN

Ce fait éclatant? Voilà! Vous savez que, tantôt on a cru un instant que notre centre allait être enfoncé.

LE CAPORAL

Nous étions accablés par le nombre.

CHAMBORAN

Moi, dans mon petit coin, j’allais toujours de l’avant, sans m’occuper des autres; mais la mitraille balayait le terrain, la fumée aveuglait la troupe, — si bien que sans m’en être aperçu, je me trouvais séparé de mes hommes avec un joli paquet d’Anglais sur le dos ; ils étaient dix au moins et j’avais beau jouer de la baïonnette et de la crosse, je croyais bien que c’était fini de rire, quand tout à coup, un officier à cheval tombe comme un boulet sur mes vis-à-vis; il frappe à droite, à gauche et au milieu aussi; il descend deux ennemis, en blesse deux autres et le reste fait une glissade en arrière. Saute en croupe, me dit le colonel, car c’était lui, mes amis ! Je saute, nousfh Ions au triple galop, malgré les balles qui sifflaient 4 nos oreilles, et cinq minutes après, c'étaient les habite rouges qui filaient à leur tour et sur toute la ligne, devant le régiment qui arrivait au pas de course ! J’étais sauvé par notre brave colonel!... Et c’est ainsi qu’il a mérité la reconnaissance de la patrie!...

LE CAPORAL

Tu lui dois, dans tous les cas, un fameux cierge à M. d’Aubeterre.

Et je compte que je lui serai redevable plus tard de bien autre chose encore !

LE CAPORAL

Comment ça ?

TOUS

Oui, comment ?

CHAMBORAN

Je compte bien que M. d’Aubeterre assurera mon avenir.

TOUS

Ah!...

CHAMBORAN

Un avenir... heureux.., doux et paisible.

LE CAPORAL

Et pourquoi cela, je te prie?

V CHAMBORAN

Pourquoi? Mais c’est tout simple. J’allais partir pour /autre monde lorsque, sans me consulter, mon colone m’a retenu dans celui-ci. On ne se mêle pas comme ça des affaires des gens pour les laisser ensuite dans l’embarras! Puisque je dois la vie à M. d’Aubeterre, c’est absolument comme si j’étais son fils, et un père qui se respecte n’a pas le droit de dire à son enfant : Je t’ai mis en présence des difficultés de la vie, à présent, mon bonhomme, tire-toi de là comme tu pourras! Il n’en a pas le droit!...

LES SOLDATS, riant. •

Ah! ah! Il est bon, le sergent!... farceur de sergent, va!...

CHAMBORAN, riant.

Y’ià comme on est dans le Royal-Picard !

Il prend le verre que lui présente la vivandière. Le comte d’Aubeterre revient du fond, avec quelques officiers du régiment. On les salue et on remonte.

Page 1