SCÈNE III
Les Mêmes, LE COMTE, Officiers, puis LE SÉNÉCHAL.
LE COMTE, aux officiers.
Messieurs, la garde du camp est assurée. Veillez maintenant à faire reposer ces braves gens et, la nuit venue, si vous voulez me faire l’honneur de partager cette tente, elle est à votre service.
Les officiers remontent, on place des sentinelles au fond. — Le comte donne encore quelques ordres.
JEAN RENAUD, à part.
Allons, je dormirai mieux cette nuit que l’autre, car, si par malheur, on s’était aperçu de mon absence...
Il s’arrête devant le regard du comte.
LE COMTE
Jean Renaud, vous enverrez demain des nouvelles à votre femme, à cette bonne Madeleine que la comtesse n’a pas cessé d’aimer depuis qu’elle a quitté son service. Ellesera très heureuse d’apprendre que vous avez enlevé un drapeau à l’ennemi.
JEAN RENAUD
Nous sommes, ma femme et moi, mon colonel, bien reconnaissants de toutes les bontés de madame la comtesse.
Il s’éloigne avec les autres soldats et sort par le fond.
LE COMTE, se retournant et voyant Chamboran qui est debout devant l’entrée de la tente.
Eh bien ! qu’est-ce que tu fais là, toi?
CHAMBORAN
J’attends les ordres de mon colonel, de mon sauveur., (Avec émotion.) de mon père...
LE COMTE
Ton sauveur!... ton père!...
CHAMBORAN
Ah! dame... sans vous je passais un vilain quart d’heure, et j'espère, bienfaiteur, que vous ne l’oublierez pas.
LE COMTE, étonné.
Que je... ne l’oublierai pas?.,, mais c’est de toi, sans doute, que tu veux parler ?
CHAMBORAN
Oh! moi, je ne pourrai jamais. J’en garderai un éternel souvenir, et vous le verrez dans la suite, colonel, car à partir d’aujourd’hui, il est bien entendu que je ne vous quitte plus.
LE COMTE
Gomment?... même après la guerre?
Surtout après la guerre, colonel. Qu’est-ce que je deviendrais sans cela? (Avec émotion.) Vous êtes mon unique famille, colonel... Je n’ai pas d’autre père... ni mère que vous, colonel, et soyez tranquille, je ne vous abandonnerai jamais.
Le sénéchal entre par le fond.