DEUXIÈME PARTIE l’officier
Oui, colonel.
J E A N RENAUD, à part.
Comme mon cœur bat !
CHAMBORAN, à part.
Qu’est-ce qu’il peut y avoir là-dessous ?
LE COMTE, au sénéchal.
Approchez, monsieur.
JEAN RENAUD, à part et troublé.
Le sénéchal !... Que vient-il faire ici?
LE COMTE
Jean Renaud, M. le sénéchal vient de m’apporter une nouvelle bien terrible et que je dois vous communiquer. Un crime a été commis dans votre maison.
JEAN RENAUD, avec effroi.
Un crime!... Dans ma maison!... Ah! parlez, parlez, je vous en conjure...
LE COMTE
Votre femme...
JEAN RENAUD
Eh bien ! — Madeleine ?
LE COMTE
Madeleine... a été... assassinée!
JEAN RENAUD
Assassinée!... Madeleine... assassinée!... Ah! ce n’est pas possible, non... non... j’ai mal entendu!... Assassinée... elle. — Ah ! mais c’est horrible, c’est épouvantable... c’est... Madeleine !... Madeleine !
y CHAMBORAN, allant à lui.
Mon ami, mon brave camarade !
JEAN RENAUD
Comprends-tu? morte!... elle !... ma femme que tu as
vue hier encore, pleine de courage et d’espoir... Ma femme que j’adorais ! Ah ! mon Dieu! (il fond en larme».) Morte ! Elle est morte !
*> LE COMTE, à Chamboran.
Vous aviez vu sa femme, sergent ?
CHAMBORAN
Oui, mon colonel, cette nuit même en traversant Mortagne avec le convoi que j’escortais...
LE SÉNÉCHAL
En effet, c’est peu de temps après votre départ que la malheureuse réveillait tout le village par ses cris et qu’elle tombait morte entre nos bras.
JEAN RENAUD, pleurant.
Assassinée !
LE COMTE
' Et savez-vous qui l’on accuse de ce meurtre abominable?... Vous...
JEAN RENAUD
Moi !... moi !...
CHAMBORAN
Lui!... Allons donc !...
LE COMTE
Oui, vous... à la suite de quelque scène de jalousie, de quelque violence... comme celles qui depuis longtemps jetaient le trouble dons votre ménage.
JEAN RENAUD
Quoi, ce n’est point assez de l’épouvantable malheur qui me frappe ! — Ce n’est point assez de l’avoir perdue, elle, tout , mon amour, toute ma joie, tout le bonheur de ma*vie !... on ose encore m’accuser !... et de quel crime, grand Dieu !... de quel crime !... Ah ! vous ne l’avez pas cru, monsieur le comte, c’est impossible !... vous le savez bien, je suis un honnête homme, un soldat qui a vingt fois risqué sa vie sous vos yeux... et qui n’a amais manqué à son devoir, vous le savez bien.