DEUXIÈME PARTIE
ÀDRIENNE.
arce que maman m’a toujours défendu de mentir, et...
LE COMTE
Achevez.
ADRIENNE
Et papa m’a bien recommandé de ne pas dire qu’il est venu l’autre nuit.
TOUS
Ah !
LE COMTE
Ainsi, vous l’avez vu, vous en êtes bien sûre ?
ADRIENNE
Oui, monsieur.
LE COMTE
Dans votre maison ?
ADRIENNE
Oui, monsieur... Il m’a embrassée, et puis il m’a menée à la chambre pour que je me couche parce qu’il était bien tard.
Et... ensuite?...
ADRIENNE
Ensuite, maman a fermé la porte, et puis, moi, je l’entendais qui causait avec petit père.
LE COMTE, se retournant vers le fond et faisant signe à Jean Renaud d’approcher.
Qu’avez-vous à répondre ?
ADRIENNE
Ah ! voilà papa...
Elle veut s’élancer, — on la retient.
LE COMTE
Eh bien ! vous vous taisez ?
JEAN RENAUD
Cette enfant a dit la vérité.
CHAMBORAN
Hein !... Comment ?...
LE COMTE
Et pour vous l’arracher cette vérité, pour vous force? d’avouer que vous avez quitté votre poste, que vous vous êtes rendu pendant la nuit auprès de la pauvre Madeleine, il a fallu le témoignage accablant de votre tille !
Oui, je suis allé pendant la nuit à Mortagne; mais n’étais-je pas de retour au camp avant la bataille ?... Ne me suis-je pas battu courageusement ?
LE COMTE
Oui, vous avez enlevé un drapeau à l’ennemi. Cette action d’éclat peut racheter votre coupable absence, et ce n’est pas d’une désertion, mais d’un meurtre que l’on vous accuse.
JEAN RENAUD
D’un meurtre!...
LE COMTE
Quel motif si grave vous appelait à Mortagne au mépris de la discipline?
JEAN RENAUD
Un motif que vous comprendrez, colonel... Non, ce n’est pas seulement pour embrasser mon enfant et ma * femme que je me suis éloigné du camp, je voulais revoir Madeleine et lui remettre un dépôt que m’avait confié un voyageur, un proscrit mourant, le comte de Mornas, que j’avais rencontré et secouru dans le bois, après l’escarmouche qui venait d’avoir lieu.
LE COMTE
Quel était ce dépôt?