‹ Une cause célèbre; drame en six partiesChapitre 27 sur 102 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Des bijoux, des papiers de famille, trois cents louis en

or...

LE COMTE, au sénéchal.

Monsieur le sénéchal, a-t-on visité la maison?

LE SÉNÉCHAL

Avec le plus grand soin et rien de tout cela ne s’y est trouvé...

JEAN RENAUD, vivement.

Alors, on l’a volé!

LE SÉNÉCHAL

Toute chose était à sa place... aucune trace d’effraction.

LE COMTE

Et pourtant votre femme s’est défendue.

LE SÉNÉCHAL

Elle appelait au secours et la petite aussi.

LE GOÙITE.

Parle, mon enfant, et rappelle tes souvenirs. Une fois enfermée dans ta chambre, tu as bien entendu ton père et ta mère qui parlaient ensemble?

ADRIENNE

Oui, monsieur, et j’ai cru que papa était très en colère, car ils parlaient bien fort tous les deux.

JEAN RENAUD

Mais elle se trompe, nous n’avons pas échangé une parole qui ne fût pleine d’affection et de tendresse... et si un autre est venu... le voleur... l’assassin... elle n’a pu, enfermée comme elle l’était, distinguer ma voix de la voix de cet autre !...

LE COMTE

Et que disait ta mère?

ADRIEN N E

Maman criait : Grâce! grâce, ayez pitié de moil

JEAN RENAUD, avec force.

Ah ! c’est à l’assassin qu’elle criait cela!

LE COMTE

Et... tu es bien sûre que c’est à ton père qu’e]le parlait ainsi?... tu es bien sûre que c'est ton père qui était là...

ADRIENNE

Oui, monsieur, puisque moi... j’avais peur... j’ai appelé... j’ai... voulu venir et...

JEAN RENAUD

Assez... tais-toi, tais-toi, plus un mot.

LE COMTE

Que signifie?

JEAN RENAUD

Monsieur le comte, ce qui se passe en ce moment est horrible. Un enfant que l’on force de déposer contre son père, de l’accuser, de le faire condamner enfin! c’est comme un sacrilège, c’est un outrage à la nature

CHAMBORAN, à part.

Eh! oui, mille tonnerres, c’est vrai.

JEAN RENAUD, avec énergie.

Au nom du ciel, monsieur le comte, ne l’interrogez plus... que l’on me juge... que l’on me condamne... que l’on me tue... mais, je vous en supplie, je vous en conjure, n’interrogez plus mon enfant. Qu’est-ce que cela me fait à moi de mourir, à présent que Madeleine est morte. J’y suis prêt, entendez-vous, mais ce que je ne veux pas, ce que je vous supplie d’empêcher, c’est que cette pauvre petite créature puisse s’accuser un jour de ma mort; c’est qu’elle puisse se dire un jour : j’ai fait condamner mon père; c’est moi qui l’ai perdu; c’est moi qui l’ai tué!... Non! je ne veux pas quelle s’accuse de cela!... Je ne le veux pas 1

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