DEUXIÈME PARTIE
LE COMTE
Mon devoir est de l’interroger encore.
JEAN RENAUD, avec calme.
Qu’importe ce qu’elle répondra, si je ne me défends plus.
LE COMTE
La vérité avant tout... Réponds-moi, mon enfant... et souviens-toi... souviens-toi bien : Lorsque tu avais peur, lorsque tu as appelé, parce que ta mère demandait grâce, qui t’a répondu?
ADRIENNE
C’est maman.
LE COMTE
Et que disait-elle?
ADRIENNE
Elle disait : Tais-toi, ma fille, tais-toi, je suis avec ton père !
JEAN RENAUD, jetant un cri.
Ah!...
Mouvement général.
LE COMTE
Vous l’entendez : « Je suis avec ton père. »
JEAN RENAUD
Ahl mon Dieu! mon Dieu! mais c’est épouvantable!
LE COMTE
Tu es bien sûre qu’elle a dit cela, mon enfant?
ADRIENNE
Oh ! oui, et elle pleurait en le disant.
JEAN RENAUD, accablé.
Allons, tout est fini !
LE COMTE
Jean Renaud, demain, vous passerez devant le conseil de guerre.
JEAN RENAUD
Et demain, je serai condamné!
Sur un signe du colonel. Jean Renaud retire son sabre et le donne à Chamboran qui s’approche pour le prendre en essuyant une • larme.
^ CHAMBORAN, bas.
Jean Renaud, jamais je ne pourrai te croire coupable, jamais !
Jean Renaud lui serre la main.
LE COMTE, aux soldats.
Emmenez le prisonnier.
JEAN RENAUD, suppliant.
Permettez-moi, du moins, d’embrasser ma fille!
Le comte fait signe qu’il consent. Jean Renaud tend les bras à Adrienne qui court à lui. Il la presse sur son cœur et l’embrasse sans pouvoir lui parler. Tout'le monde les regarde avec le plus vif intérêt. Le comte signe le procès-verbal que l’officier lui présente.
Papa... tu pleures... Est-ce que c’est moi qui te fais pleurer? Mais, toi aussi, père, tu m’avais toujours dit de ne jamais mentir.
JEAN RENAUD
Non, non, ne t’accuse pas de faire couler mes larmes, pauvre petit ange, — ne t’accuse de rien, entends-tu... ni maintenant, ni plus tard !... Et si le ciel ordonne que tu te rappelles un jour l’épouvantable malheur qui me frappe en ce moment, souviens-toi, ma fille, souviens-toi bien que je t’en déclare innocente... Qqe mes dernières paroles restent gravées dans ta mémoire : Tu m’as perdu, pauvre enfant, mais souviens-toi que je t’aime; souvienstoi que je te pardonne !
En disant ces mots, il étend sa main sur la tête d’AdrieDne, — puis se tourne vers les soldats prêts à l’emmener et se diiige vers eux, tandis que Chamboran prend l’enfant dans ses bras.
Le rideau tombe.