‹ Une cause célèbre; drame en six partiesChapitre 41 sur 102 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

LE DUC

Et que je te garderai éternellement, ici, à ne rien faire?

CHAMBORAN

C’est tout ce qu’on m’a appris dans ma jeunesse.

LE DUC

Vous l’entendez, mesdemoiselles.

VALENTIN E, bas, à Adrienne.

Il va s’attirer quelque méchante affaire.

LE DUC

Eh bien, moi je te déclare que si tu ne trouves pas moyen de te rendre utile, je te mets à la porte.

CHAMBORAN

A la porte!... Qu’est-ce que monsieur le duc veut que je fasse à sa porte?

LE DUC

Eh bien, tu y resteras.

y CHAMBORAN.

En sentinelle?

LE DUC

Je te chasse, comprends-tu?

✓ CHAMBORAN

Me chasser, moi, Chamboran, est-ce que vous le pouvez?

LE DUC

Tu oses prétendre...

CHAMBORAN

J’en fais juge ces demoiselles.

LE DUC

Oui, oui, toujours ta chanson d’autrefois, je t’ai sauvé la vie, donc c’eit moi qui suis ton obligé.

CHAMBORAN

Mais oui, monsieur le duc, mon obligé.

Je voudrais bien savoir comment?

^ 9 CHAMBORAN

Comment? Ça n’est pas difficile à prouver, et je vais le faire. Monsieur le duc, vous possédez, là-haut, dans vos salons, des tableaux d’un grand prix, à ce qu’on dit, et qui rappellent les superbes hauts faits de vos ancêtres ; moi, vous m’avez là, tout vivant. Un tableau en chair et en os, et qui sert à rappeler ce qui a été fait de meilleur, de plus beau dans votre famille.

LE DUC

Oh ! de plus beau!... Avoir sauvé la vie à M. de Chamboran.

^ CHAMBORAN

.Oui, monsieur le duc! oui, quand vos aïeux enlevaient une redoute, ou mettaient des bataillons en fuite, ils travaillaient pour l’honneur, pour la gloire, et ça se payait d’un grade ou d’un titre; mais exposer sa vie comme vous l’avez fait, vous, un très grand seigneur, par pure bonté d’âme, sans espoir d’aucune récompense, et pour sauver un pauvre diable de soldat, je vous dis que c’est plus généreux, plus grand et plus noble que tout ce qu’ont fait vos ancêtres. Et moi qui suis à la fois, la preuve et la cause de votre plus belle gloire, vous voulez que je vous sois reconnaissant! Allons, donc, monsieur le duc, c’est vous qui me devez du retour.

LE DUC, riant.

Ah! ah! c’est trop fort.

ADRIEN NE

Mon père, puisqu’on nous a prises pour juges je déclare que Chamboran n’a pas tort.

En vérité !

VALENTINE

Et je dis moi, qu’il a cent fois raison, monsieur le duc.

Page 1