TROISIÈME PARTIE
dont les regards mouillés de larmes semblaient attachés sur les miens!... j’ai entendu résonner à mon oreille la même voix toute remplie de sanglots et les mêmes paroles solennelles et fatales : « Tu m’as perdu, pauvre enfant, mais souviens-toi que je t’aime, souviens-toi que jô te pardonne!...» 0
VALENTINE, à part.
Et voilà bien des années qu’il en est ainsi.
ADRIEN N E
Que s’est-il passé ensuite?... je ne saurais le dire... Seulement quand j’ai revu la lumière du jour et les oiseaux voltiger en chantant autour de ma fenêtre, je me suis demandé si j’avais bien ma raison.
VALENTINE
Quelle idée!
ADRIENNE
Une fois déjà, étant petite fille, n’ai-je pas perdu toute mémoire, tout souvenir du passé?
VALENTINE
C’était, m’as-tu dit, pendant une longue maladie qui avait mis tes jours en danger.
ADRIENNE
Oui... et quand je suis revenue à la vie, je ne reconnaissais plus rien, ni personne, même ma mère! Chamboran, seul, n’était pas un étranger pour moi, je comprenais que c’était un vieil ami. Mais, en dehors de tout cela et maintenant encore, j’ai beau fouiller dans mes souvenirs, je ne trouve rien qui puisse expliquer ce que j’éprouve, ces moments de trouble, de tristesse et, surtout, cette vision qui me poursuit toujours... toujours!
As- tu dit tout cela à ta mère?
ADRIENNE
J’ai voulu le Paire et, dès les premiers mots, je l’ai vue si troublée, si inquiète... que je me suis juré de n’en plus ouvrir la bouche.
YALENTINE.
En sorte que tu n'as personne pour raffermir ton courage.
ADRIENNE
Ah ! si tu étais auprès de moi !
YALENTINE.
Je reste...
ADRIENNE
Chère Valentinel
YALENTINE, souriant.
Est-ce que je peux quitter ma fille dans le trouble où je la vois?
ADRIENNE
Avec toi je serais forte... mais comment feras-tu?
VALENTIN E
J'arrangerai cela avec madame la chanoinesse, la voici qui revient accompagnée de monsieur...
ADRIENNE
M. Raoul !