TROISIÈME PARTIE
Y ALENTINE.
Et toi, tant de confidences à me faire !
ADRIENNE
Tu n’as lié depuis mon départ aucune amitié nouvelle au pensionnat?
YALENTINE.
Aucune!... Est-ce que j’aurais pu?... Et toi, tu n’as pas cessé de m’aimer comme je t’aime?
ADRIENNE
Cesser de t’aimer, toi?... Qui es ce que j’aide plus cher au monde, après ma mère et mon père?
YALENTINE.
Et après lui.
ADRIENNE
Oh! lui, c’est tout autre chose... je n’y songe qu’en tremblant et il me semble que c’est mal à moi d’en parler. Tant d’obstacles nous séparent!
YALENTINE.
C’est vrai.
ADRIENNE
Tandis que toi, au contraire, c’est sans trouble, sans agitation que je prononce ton nom et c’est avec bonheur que j’évoque ton image et le souvenir de notre tendre affection.
Y ALENTINE .
C’est une chose bien étrange!... j’avais cinq ans à peine lorsque je fus amenée au collège, et pendant toutes les années qui s’étaient écoulées depuis, je n’avais ressenti pour chacune de nos compagnes, que cette amitié banale qu’enfante un séjour commun et qu’une séparation a bien vite effacée. Lorsque tu arrivas, et le jour même où nous nous sommes trouvées ensemble pour la première fois, je fus attirée vers toi par je ne sais quel charme étrange et j’ai senti que je t’aimais comme une
sœur. Plus tard, mon Adrienne, je t’ai vue souffrir, jet’ai vue pleurer... et j’ai senti que je t’aimerais comme une mère.
ADRIENNE
A mon arrivée, j’étais toute tremblante au milieu de ces visages inconnus, tu m’as prise par la main et tu m’as dit: n’ayez plus peur!... le t’ai regardée et c’était tini. Je me senta’s protégée, je me sentais forte!... quoique dans ce temps-là je ne fusse guère vaillante.
Oh! non!... je me rappelle ces crises de fièvre, de délire, ces sortes de visions qui troublaient si souvent ton sommeil.
ADRIENNE
Si je ne t’avais pas eue pour me soigner, pour me veiller comme une enfant, je ne sais ce que je serais devenue.
VALENTINE
Quand tu nous as quittées, ces funestes accès étaient beaucoup plus rares.
ADRIENNE, soupirant.
Je m’en croyais presque délivrée... mais hélas !...
VALENTINE, avec effroi.
Ils sont revenus ?
ADRIENNE
Oui, comme autrefois... brusquement, sans motif.
VALENTINE, la prenant dans ses bras.
Ma pauvre chère sœur !... parle, explique-moi...
ADRIENNE
Un soir, je m’étais endormie bien calme, bien tranquille. Tout à coup au milieu de la nuit, j’ai été réveillée par les battements de mon cœur; une sueur froide inondait mon visage ! C’était la vision qui revenait. Peu à peu l’obscurité qui m’entourait s’est changée en une lueur sinistre!... Alors j’ai revu la même figure pâle et triste,