TROISIEME PARTIE
LA CHANOIN ESSE.
Inutile... D’ailleurs, ça les intéressera beaucoup.
LE DUC
Alors, nous vous écoutons.
« Tout le monde s’assied.
RAOUL, bas.
Marraine, j’ai une furieuse envie de battre en retraite.
LA CHANOIN ESSE, bas.
Je te le défends.
ADRIENNE, bas.
Gomme je tremble!
VALE1NTINE, bas.
Du courage!
LA CHANOINESSE
Sachez d’abord qu’il s’agit d’un mariage.
LE DUC et LA DUCHESSE, étonnés.
Dun mariage !
LA CHANOINESSE
Pas pour moi... non, pour mon filleul!
LE DUC
Pour Raoul?
LA CHANOINESSE
11 est fort épris d’une charmante jeune fille de très bonne maison.
LA DUCHESSE
Et vous prévoyez des obstacles?
LE DUC
Dont la cause est facile à deviner. Raoul est sans forte, ne.
LA DUCHESSE
Et il serait bien malheureux que le pauvre jeune homme essuyât un refus.
LA CHANOINESSE
Ce serait iort malheureux, en effet! Ah! je ne sais que
trop ce qui peut résulter d’un amour contrarié ; j’ai passé par là, mes amis...
RAOUL
Vous... ma pauvre marraine?
LA CHANOINESSE
Oui... j’avais dix-huit ans alors; je faisais mon entrée dans le monde et comme, dès mon apparition à la cour, tous les hommes me regardaient en souriant et toutes les femmes d’un air froid et dédaigneux, je compris bien vite que j’étais charmante. J’avais d’ailleurs la plus attrayante de toutes lés beautés : j’aimais! Ah ! j’aimais bien, allez 1 C’était un gentilhomme beau, brave, spirituel ! Le plus beau, le plus brave, le plus spirituel de tous, puisque je l’adorais.
RAOUL
Eh bien, marraine?
LA CHANOINESSE
Eh bien, tout notre fortune devait appartenir à l’aîné de la maison et, comme celui que j’aimais n’était qu’un cadet de famille, on le maria à une autre plus riche afin de redorer son blason et je fus condamnée au célibat : voilà comment je suis devenue ta pauvre marraine, mon Raoul, au lieu d’être ton heureuse mère.
RAOUL, lai baisant les mains.
Je vous aime comme si vous étiez à la fois l’une et l’autre.
LA CHANOINESSE, soupirant.
Je sais bien, mais j’aurais mieux aimé être l’autre. J’avais été sacrifiée à ce droit injuste et cruel qu’on nomme droit d’aînesse.
LE DUC
Injuste et cruel, permettez!
LA CHANOINESSL.
Je ne permets rien du tout : injuste et cruel, je le maintiens.