TROISIÈME PARTIE
JEAN RENAUD
Lui rendre cette bourse qu’elle a laissée tomber.
LE SERGENT, la prenant.
Une bourse, pleine d’or... Et tu voulais la rendre? Ah çà mais, ça serait donc vrai que tu serais un honnête homme ?
JEAN RENAUD, avec énergie.
Oui ! un honnête homme.
LE SERGENT
Le fait est que le n° 29 n’est pas porté comme voleur mais comme assassin.
JEAN RENAUD
Assassin!... oui, c’est comme assassin que j’ai été condamné.
LE SERGENT
Et comment se fait-il que tu n’aies pas été pendu ?
JEAN RENAUD
«Pétais sergent comme vous.
LE SERGENT
Alors pourquoi ne t’a-t-on pas fusillé?
JEAN RENAUD
Ma peine a été commuée à cause d’une action d’éclat
LE SERGENT
Une action d’éclat ?
JEAN RENAUD
Un drapeau que j’avais enlevé à Fontenoy.
LE SERGENT, étonné.
Un drapeau !... En effet... ce n’est guère l’habitude des assassins de cueillir des drapeaux sur le champ de bataille.
Il remonte vers le fond, Jean Renaud retourne à sa place et retombe dans sa rêverie. Adrienne rentre par la droite,
YALENTINE, qui la suit.
Adrienne, je t’en conjure...
ADRIENNE, très agitée.
Non, une force irrésistible me ramène et me pousse vers cet homme ! il faut que je lui parle, que je l’entende, il le faut! Je veux m’assurer si ce sont bien les traiis qui m'apparaissent chaque nuit... si c’est bien la voix qui résonne si souvent à mon oreille... Je veux savoir, enfin, s’il les connaît, ces mystérieuses paroles qui retentissent jusqu’au fond de mon âme, qui bouleversent ma raison, qui me rendent folle !... Je le veux, entendstu, je le veux!...
Elle fait quelques pas vers Jean Renaud.
LE SERGENT
Mademoiselle cherche sa bourse, sans doute?
ADRIENNE, très troublée.
Ma... ma bourse?
LE SERGENT, désignant Jean Renaud.
C’est cet homme qui l’a trouvée. Il me l’a remise pour que je vous la rende, mademoiselle.
ADRIENNE, même jeu.
Ah ! c’est... c’est lui ?
LE SERGENT
Mademoiselle veut peut-être l’en récompenser?
ADRIENNE
Oui... je le voudrais... je voudrais causer un instant avec lui.
LE SERGENT
A votre aise, mademoiselle.
Il remonte et disparaît.
ADRIENNE, qui s’est approchée, peu à peu.
Monsieur... Tout à l’heure, vous avez refusé l’argent que nous vous offrions, ne me permettrez-vous pas de reconnaître le service que j’ai reçu de vous?