TROISIÈME PARTIE
JEAN RENAUD, étonné.
SI
Fin service ?
ADRIENNE
Cette bourse que vous m’avez rendue, oh ! cette fois, ne me refusez pas... je vous en prie.
JEAN RENAUD
Que me servirait l’argent, à moi ? le pain que j’achèterais serait moins noir que celui qu’on nous donne: mais arrosé de larmes, le pain est toujours amer.
ADRIENNE, bas, à Valentioe.
La voix... c’est la voix!
VALENTINE
Se peut-il ?
JEAN RENAUD
De vous, cependant, de vous dont le regard est si bon, dont la compassion est si touchante. .. j’accepterai un souvenir.
ADRIENNE, avec joie lui tendant la bourse.
Ah!
JEAN RENAUD
Oh! non, pas tout cela... je vous l’ai dit, rien qu’un
souvenir de VOUS... (il prend une pièce dans la bourse ouverte.)
Gardez, gardez tout le-reste. L’argent qu’on me donne ne me porte pas bonheur, à moi !
VALENTINE
Pour... quelle faute avez-vous été condamné ?
JEAN RENAUD, avec amertume.
Pour quelle faute !... A quoi bon me demander cela ? (Montrant les autres forçats.) Interrogez ces hommes, ils vous répondront tous : je suis innocent !
ADRIENNE, avec conviction.
Si vous me le disiez, vous, je le croirais.
JEAN RENAUD, avec énergie.
Eh bien... je vous jure que je ne suis pas coupable.
ADRIENNE
Je vous jure que je vous crois.
® JEAN RENAUD
Que le ciel vous récompense, mademoiselle, * vous venez de donner à mon cœur sa première joie depuis douze ans i
Il s’incline et s’éloigne.
ADRIENNE, vivement.
Un mot encore... je veux savoir de... quel crime vous avez été faussement accusé.
JEAN RENAUD
Faussement accusé, oui. Ils ont dit que j’avais commis un crime épouvantable ! Ils ont dit que j’avais assassiné ma femme... plus que cela... la mère de mon enfant !
Oh ! c’est horrible.
ADRIENNE
Oui, oui, bien horrible!...
JEAN RENAUD
Courbé pendant douze ans sur une rame, -cloué sur un banc, au milieu des assassins et des voleurs... Ah! c’est bien long, allez... et, cependant, le travail sans relâche, sous un soleil brûlant, le carcan et les chaînes, et le fouet des gardiens, tout cela n’est rien, non, rien auprès des tortures de mon âme ! auprès de cette incessante pensée qui m’obsède depuis que je suis au bagne : Qu’est devenu mon enfant, ma fille ? Abandonnée, sans appui, sans secours, elle est peut-être morte de souffrance et de faim! Et pefct-être qu’au lieu d’une tombe, il y en a deux, où personne ne va prier, ni verser une larme.
VALENTINE
Quelles preuves s’élevaient donc contre vous?
JEAN RENAUD
Vous voulez le savoir?