TROISIÈME PARTIE
VALENTINE
Adrienne!...
JEAN RENAUD
C’est mon enfant!... c’est ma fille!... si belle! si adorable !... c’est ma f...
Il ouvre ses bras.
ADRIENNE, à son cou.
Oh! mon père... mon père!
JEAN RENAUD
Ah! quel bonheur! quelle joie!... Est-ce que j’ai souffert? est-ce que j’ai pleuré pendant ces longues années écoulées loin de toi? Je ne sais plus, je ne me souviens plus!... J’ai ma fille!... j’ai ma fille !...
ADRIENNE
Mon père!... mon père!...
JEAN RENAUD, s’éloignant doucement.
Mais je ne dois pas te presser dans mes bras...
ADRIENNE
Pourquoi?
JEAN RENAUD
J’ai peur de souiller ta pureté au contact de ces chaînes honteuses, de cette livrée d’infamie !
ADRIENNE
Mais c’est moi, misérable, qui ai chargé vos mains de ces horribles chaînes, c’est moi qui vous ai revêtu de cet habit infâme... et je ne suis pas digne d’être pressée dans vos bras !
Elle pleure.
/ CHAMBORAN, la regardant.
Pauvre enfant !... je l’avais faite si heureuse !
* JEAN RENAUD
Je œ comprends... j’aurais dû souffrir jusqu’à la fin... j’aurais dû ne pas la reconnaître! mais je ne pouvais pas imposer silence à mon cœur!
ADRIEN NE, d’une voix grave.
Mon père, s’il existe encore un moyen de prouver votre innocence, s’il existe au monde une trace que puisse suivre le dévouement le plus ferme et le plus saint, un indice que puisse découvrir une volonté indomptable, dites-le moi, mon père... je chercherai.
VALENTINE
Nous chercherons ensemble, ma sœur!
JEAN RENAUD
Une preuve existait, en effet... une preuve irrécusable. Avec les titres et l’argent de M. de Mornas, avait aussi disparu le seul bijou qu’ait possédé ma femme... Elle le tenait de sa sœur de lait, la duchesse d’Aubeterre.
VALENTINE
Elle!...
JEAN RENAUD
C’était un riche collier que portait madame la duchesse et qu’elle passa au cou de ma pauvre Madeleine le jour de notre mariage. Ii était fait d’émeraudes, de saphirs et de rubis. A son fermoir pendait un médaillon orné de trois diamants. L’assassin, leur disais-je, a emporté ce collier avec tous les autres joyaux. Mais on m’a répondu que je l’avais fait disparaître pour égarer la justice.
ADRIENNE
Mon pauvre père!...
JEAN RENAUD
Peut-être M. de Mornas a-t-il survécu ; lal seul, alors, aurait pu me sauver; mais, enfermé, je ne pouvais rien, hélas! rien! pendant douze années de désespoir et de larmes.
ADRIENNE
Eh bien! si M. de Mornas existe, nous le trouverons, mon père !