‹ Une cause célèbre; drame en six partiesChapitre 58 sur 102 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

JEAN RENAUD, vivement.

Qui vous a enseigné cette prière, mademoiselle?

ADRIENNE

Je ne sais pas... je ne sais pas. Mais parlez, parlez encore.

JEAN RENAUD, hésitant et les yeux fixés sur Adrienne.

Oui, oui, mais que vous dirai-je? On a conduit ma fille au tribunal, on a fait parler la pauvre petite, on a forcé l’enfant de témoigner contre son père, et sur ce témoignage... j’ai été condamné.

ADRIENNE, haletante.

Et... quand on vous a séparé d’elle... quel adieu lui avez-vous adressé?

JEAN RENAUD

Quel adieu? attendez. Ma fille, lui ai-je dit, que mes dernières paroles restent gravées dans ta mémoire.

ADRIENNE, à elle-même.

Dans ta mémoire, oui...

JEAN RENAUD

Tu m’as perdu, pauvre enfant.

ADRIENNE, même jeu.

C’est cela. Tu m’as perdu!

Mais souviens-toi que je t’aime.

ADRIENNE, avec énergie.

Souviens-toi que je te pardonne.

JEAN RENAUD, avec force.

Ah ! vous avez connu mon enfant ! Ma fille seule a entendu ces paroles, ma fille seule a pu vous les redire.

ADRIENNE, haletante.

Non, personne ne me les a dites. Je me souviens, voilà tout... Je me souviens aussi de votre voix, je me souviens de votre visage, je me souviens de vos dernières paroles...

JEAN RENAUD, avec force.

Vous vous souvenez?... mais c’est impossible!

VALENTINE

Oui, impossible... Adriennj.

ADRIEN NE

Je ne sais plus, je ne comprends plus ! j’ai un père, j’ai une mère que j’aime, que j’adore, et, cependant, je le sais je m’en souviens, je l'affirme, c’est moi que vous embrassiez en pleurant, c’est à moi que vous adressiez ce déchirant adieu !

A vous! mais alors VOUS seriez... (Voyant entrer Chamboran.) Ah! Chamboran, Chamboran, c’est toi! Ici, près de...

^ CHAMBORAN, allant à lui et le regardant en face.

Jean Renaud!

JEAN RENAUD

Devant Dieu qui nous voit et qui nous entend, dis-moi ce qu’est devenue ma fille...

CHAMBORAN

Ta... ta fille...

JEAN RENAUD

Devant Dieu ! devant Dieu !

^ CHAMBORAN

Eh bien!... j’en ai fait l’enfant d’adoption de la du« chesse d’Aubeterre.

JEAN RENAUD, chancelant.

Ma fille... c’est...

VALENTINE

O ciel !

ADRIENNE

Mon père!... (Tombant à genoux et baignant de ses larmes les mains de son père.) C’est mon père ! mon père qui est inno cent et que moi, malheureuse, j’ai fait condamner.

Page 1