QUATRIÈME PARTIE
séparions jamais. Lorsque Chamboran t’a amenée auprès de moi, pauvre petit être affaibli et mourant, lorsque je t’ai reçue de ses bras, pour réchauffer dans les miens tes membres glacés par les privations et la fièvre, lorsque j’ai veillé près de ton chevet pendant cette longue et douloureuse maladie, est-ce que je n’ai pas ressenti toutes les angoisses d’une mère ? Est-ce que ton premiers sourire n’a pas été pour moi? Est-c§„ que le premier mot sorti de ta bouche n’a pas été ce mot si doux, maman, que Dieu lui-même t’avait inspiré? Estce que je ne t’arpas chérie enfin, comme je chérissais le pauvre petit être dont tu venais de prendre la place ? Et tu dis que je ne suis pas ta mère !... Eh bien, voyons, interroge ton cœur, depuis qu’on t’a révélé ce fatal secret, est-ce que tu ne m’aimes plus, toi ?
A BRI EN NE
Oh! toujours, toujours.
LA DUCHESSE
Est-ce que mes larmes te laissent insensible ?
ADRIENNE
Non, non.
DUCHESSE
Est-ce que mes cris de désespoir à l’idée de te perdre n’ont pas un écho dans ton âme, et si je mourais enfin ?...
ADRIENNE
Oh!... j’en mourrais de douleur.
LA DUCHESSE
Ahl tu vois bien que tu es toujours ma fille.
Ma mère est morte hélas, et son âme est jalouse peutêtre de l’amour de son enfant.
LA DUCHESSE
Ne dis pas cela, elle est heureuse au contraire de ma tendresse pour toi. Celle que tu pleures, Adrinnne, me bénit, moi qui l’ai remplacée auprès de sa fille.
ADRIEN NE, avec fermeté»
Et mon père, qui est vivant?...
LA DUCHESSE, agitée.
Ton père !
ADRIENNE, même jeu.
Je lui dois ma vie tout entière ! J’ai un grand devoir de réparation à remplir envers lui !
LA DUCHESSE
Il existe !
ADRIENNE
C’est pour cela ma m... (se reprenant.) madame...
LA D U C H E S S E, avec douleur.
Madame !...
C’est pour cela qu’il faut que je me sépare de vous.
LA DUCHESSE
Nous séparer !... Jamais !,..(La prenant dans ses bras.) Je 110 le veux pas, entends-tu ?... Je ne le veux pas !...