‹ Une cause célèbre; drame en six partiesChapitre 72 sur 102 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les Mêmes, LAZARE.

LAZARE

Vous m’excuserez, monsieur le duc, de me présenter sans avoir l’honneur d’être connu de vous, lorsque vous saurez les motifs puissants qui m’amènent.

LE DUC

Vous êtes bien M. le comte de Mornas?

LAZARE

Oui, monsieur le duc.

LE DUC

Vous êtes originaire de la Provence?

LAZARE

Et l’unique rejeton de cette famille infortunée que les rigoureuses persécutions de l’ancien règne avaient forcé de s’expatrier.

ADRIENNE, bas, à la duchesse.

C’est lui !

LAZARE

La sentence qui fut rendue contre nous ayant éîfc reportée par Sa Majesté Louis XV, j’aurai plus tard à £>’a-

dresser à vous, monsieur le duc, afin qu’en votre qualité de gouverneur général de cette province vous me fassiez réintégrer dans tous les droits, titres et domaines de ma famille.

LE DUC

Nous recevrons ici, demain, l’un des ministres du roi, M. de Ghoiseul qui se rend à Toulon; nous lui présenterons votre juste requête.

LAZARE

A merveille... mais ce ne sont là, monsieur le duc, que de simples intérêts de fortune, et un motif plus cher, plus sacré me conduit en ce moment auprès de vous.

LE DUC

. De quoi s’agit-il donc, monsieur?

LAZARE

Lorsque je fus contraint, il y a douze ans, de quitter subitement la France, j’avais un enfant, une petite fille de cinq ans à peine. -

TOUS

Un enfant !

LAZARE

Je redoutais pour elle, ce lointain exil, les dangers d’un trop long voyage, et je confiai ma fille à madame la chanoinesse directrice du pensionnat d’Hyères.

ADRIENNE, vivement.

Valentine! ! Elle se nomme Yalentine, n’est-il pas vrai, monsieur?

LAZARE, la regardant attentivement.

En effet... A peine débarqué ! j’ai écrit au collège pour qu’on me l’amenât aussitôt. Ma fille, m’a-t-on répondu, avait été conduite au château d’Aubeterrel... (Prenant

Adrienne par la main.) SeriCZ-VOUS?,..

ADRIENNE

Moi, monsieur*... je suis...

Page 1