QUATRIÈME PARTIE
LAZARE
Que signifie? En quoi le nom que je porte peut-il vous toucher si vivement, mademoiselle?
ADRIENNE
^ous allez le savoir, monsieur.
LE DUC
Monsieur de Mornas, lorsqu’il ^ a douze ans vous quittiez la France, après avoir fait conduire par un serviteur fidèle votre fille' auprès de madame la directrice du pensionnat d’Hyères, ne vous êtes-vous pas dirigé vers la Flandre?
LAZARE
Oui... en effet, monsieur le duc... j’ai traversé en proscrit ces malheureuses contrées alors ravagées par la guerre.
ADRIENNE
Un soir, sur une grande route, vous avez été grièvement blessé.
LAZARE, étonné.
Grièvement blessé... Oui... oui... cela est vrai, (a part.) Où veut-on en venir?
Attiré par vos cris, un soldat est accouru et vous a prodigué des secours.
LAZARE, hésitant.
Un... soldat!...
ADRIENNE, très émuo.
Oh! souvenez-vous, monsieur, souvenez-vous bien... vous vous sentiez mourir... Et, alors, vous lui avez confié votre or, vos bijoux et vos papiers de famille.
LAZARE, à part
Ah !.. , je comprends...
ADRIENN E.
Eh bien, monsieur... Eh bien?...
LAZARE
J’ignore, mademoiselle, quel intérêt vous porte vous et M. le duc, à m’adresser toutes ces questions... J& vais cependant y répondre de la façon la plus claire et la plus complète...
ADRIENNE
Oh! parlez, parlez, monsieur.
VALENTINE. *
Parlez, mon père.
Un soir, sur une des grandes routes de Flandres, j’ai en effet été blessé par une balle ennemie, Un soldat est accouru à mon secours, et croyant que j’allais mourir, je lui ai confié le nom de ma famille et le lieu d’exil de mon père, afin qu’il l’informât de ma mort.
ADRIEN NE
Et vous lui avez remis vos bijoux, vos titres de famille?
LAZARE
Oh ! non, mademoiselle, non.
ADRIEN N E
Gomment?
LAZARE
J’étais proscrit, je voyageais sous un déguisement et je me serais bien gardé de porter sur moi ces papiers et ces titres qui m’auraient fait connaître.
ADRIEN NE
Mon Dieu !
VALENTINE
Quoi, mon père... Vous êtes bien certain?
LAZARE
De ne les avoir confiés à personne ?... Mais, sans doute, puisqu’ils sont tous encore entre mes mains; puisque je