LA DUCHESSE, VALENT1NE
LA DUCHESSE, regardant Valentine.
Vous êtes tout agitée, (Lui prenant la main.) toute tremblante, mon enfant.
VALENTINE
En effet, madame... Il se passe, depuis hier, de si terribles événements... qu’en vérité... je... je ne sais plus... je crois que ma tête se perd.
LA DUCHESSE
Votre douleur, Valentine, n’est pas plus poignante que la mienne ! On vous a dit l’état désespéré d’Adrienne !
VALENTINE
On me l’a dit, madame !
LA DUCHESSE
Et il faut que vous et moi nous paraissions, l’une et l’autre, à cette réception, à cette fête!... moi le désespoir dans le cœur.
VALENTINE, d’une voix sourde.
Et moi l’ame remplie des plus sombres terreurs.
LA DUCHESSE
C’est pour elle que vous tremblez.
VALENTINE, très agitée.
Pour elle!... Oui, madame, oui !
LA DUCHESSE
Et vous ne savez pas cependant tout ce que son désespoir me fait redouter. Brûlée par la fièvre et se soutenant à peine, elle s’est arrachée de son lit, elle veut partir, partir à l’instant... Adrienne a pour vous une tendresse sans bornes, mon enfant, et j’ai voulu vous demander de venir, avec moi, auprès d’elle, de joindre vos prières aux miennes afin que nous la décidions ensemble. «
VAf^NTINE, avec amertume.
Mon père... me défend de la voir, madame!
LA DUCHESSE
Comment !...
VALENTINE
Il me l’a dit là, tout à l’heure. Il ne veut pas que mademoiselle de Mornas soit plus longtemps l’amie... de la fille d’un assassin!...
LA DUCHESSE
Ah ! pauvre Adrienne !
VALENTINE
Car... cela est très avéré, maintenant, son père a bien réellement commis ce crime, n’est-ce pas, madame?
LA DUCHESSE
Quand toutes les preuves ne se seraient pas autrefois élevées contre lui, quand le témoignage même de son enfant n’aurait pas convaincu ses juges, la déclaration faite par M. de Mornas suffirait aie condamner.
VALENTINE
Oui, oui, tout ce que ce malheureux inventait pour sa défense...
LA DUCHESSE
N’est, hélas! que mensonge!