‹ Une cause célèbre; drame en six partiesChapitre 86 sur 102 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

Valentine... tu vois combien je suis faible et tu ne me tends môme pas la main pour me soutenir !

VALENTINE

Ma main.

Elle va à elle et la fait asseoir, puis s’éloigne un peu.

ADRIENNE

Pourquoi la retires-tu donc ? Pourquoi détournes-tu la tête ? Ah ! je comprends, ton père a prononcé contre le mien une suprême condamnation, et te voilà, comme tous les autres... et tu rougis de moi, de notre ancienne amitié !

VALENTINE

Moi!... Moi, grand Dieu !

ADRIENNE

Tu as peut-être raison. La fille d’un homme irréprochable ne peut être l’amie... de la fille d’un meurtrier.

VALENTINE

Ah! c’est là ce que [tu penses !... En sorte que... si tu étais à ma placé... et si j’étais moi, la fille, de ce... meurtrier*..

ADRIENNE

Ah ! je t’aimerais toujours, toujours !... Je mêlerais mes larmes aux tiennes ; je m’efforcerais de te consoler ; je te dirais que tu n’es pas responsable du crime d’un autre. Je te dirais aussi que les jugements des hommes sont sujets à l’erreur et qu’il n’est peut-être pas coupable ; oui, je te dirais cela, car moi-même, malgré toutes les preuves et l’accablante déclaration de M. de Mornas, une voix me crie là que mon père est innocent.

VALENTINE, avec énergie.

Et tu as raison, Adrienne, de te révolter contre l’arrêt qui le condamne. Non, Jean Renaud n’était pas coupable, non, ce n’est pas lui qui a commis cet horrible crime.

ADRIENNE

Ah ! tu le crois aussi !... Que tu es bonne, et comme je t'aime, Valentine, comme je t’aime.

Elle la prend dans ses bras et l’embrasse.

VALENTINE, d’une voix sourde s’arrachant de ses bras.

Laisse-moi... ne m’embrasse pas...

ADRIENNE, avec douleur.

Encore!...

VALENTINE, à part.

11 me semble que je sens ruisseler sur moi tout le sang de sa mère que mon père a versé!...

ADRIENNE

Ah ! tu vois bien, tu te faisais violence, pour ne pas me désespérer; et voilà que le souvenir de mon père se dresse de nouveau entre nous deux, et tu t’éloignes encore de moi.

VALENTINE

Non, non, ce n’est pas cela, je te le jure. Si ton père était là, Adrienne, je me mettrais à ses genoux comme je me mets aux tiens.

ADRIENNE

Valentine !

VALENTINE

Je lui dirais: ne désespérez plus, pauvre martyr, votre innocence éclatera peut-être bientôt et vous serez rendu à la tendresse de votre Adrienne !

ADRIENNE

De sa fille qui a causé sa perte !

VALENTINE

Tu n’étais qu’une enfant incapable de comprendre la portée de tes paroles. Et qui sait, alors même que ton esprit eut été mûri par l’àge, qui sait quel impérieux devoir ta conscience aurait pu te dicter ?

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