SCÈNE III
Les Mêmes, ADRIENNE.
ADRIENNE, se tenant sur le souil.
Oh! vous... vous, madame 1
LA CHANOINESSE
Oui, moi qui me suis hâtée de revenir dès que j’ai su que tu étais souffrante. (Lui ouvrant les bras.) Adrienne,mon enfant !
ADRIENNE, pleurant.
Vous me tendez encore vos bras?... Vous, si nohV,
SIXIÈME PARTIE
si respectée ! Vous me tendez les bras î Mais vous ne savez donc pas, madame, de qui je suis la fille ?
LA CHANOINESSE
Je sais que tu es l’enfant pur et vertueux dont j’ai formé le cœur. (Montrant la duchesse.) Je sais qu’elle et moi, nous t’avons servi de mère pendant dix années, je sais que, de toutes mes filles, tu étais la plus aimée. Tu l’es toujours, Adrienne, es-tu surprise encore que mes bras te soient ouverts ?
ADRIENNE, se jetant à son cou.
Ah! madame ! ma mère ! que je vous aime ! (se tournant vers la duchesse.) Et toi ? (Elle lui baise les mains.) Mais
qu’ai-je donc fait pour mériter toute cette tendresse, toute cette généreuse pitié ?
LE DUC
Demandez plutôt, Adrienne, en quoi vous auriez pu démériter de nous.
Monsieur le duc.
LE DUC, lui tendant la main qu’elle hésite à prendre.
Eh bien... Adrienne ?
ADRIENNE
Pardonnez-moi, monsieur le duc, de ne toucher qu’en tremblant cette main qui a signé l’arrêt de mon père, que je ne reverrai jamais, puisqu’il est enchaîné, là-bas, et que je n’ai plus assez de force pour me traîner jusqu’à
lui.
LE DUC
Vous vous trompez, Adrienne, vous le reverrez bientôt.
ADRIENNE
Jele reverrai !... mais où donc et comment cela pourrat-il se faire?
LA DUCHESSE
Tu l’as si souvent appelé dans le délire de la fièvre,
pauvre enfant, que la pensée nous est venue de le faire amener ici.
ADRIENNE
Il viendra !
LE DUC
J’ai envoyé des ordres par Chamboran.
ADRIENNE, à Chamboran.
Et tu F as vu ? Et tu lui as parlé ?
^ CHAMBORAN
Il ne m’a pas été permis d’arriver jusqu’à lui ; je n’ai pu voir que l’officier qui commande au bagne et qui a répondu que les ordres de M. le gouverneur seraient exécutés.
ADRIENNE
Ah! monsieur le duc, que de reconnaissance !.. Quand je l’aurai revu, (Serrant la main de la chanoinesse et à voix basse.) que la volonté du ciel s’accomplisse, je serai prête !
LE DUC, à Chamboran.
Va guetter son arrivée et préviens mous.
-, CHAMBORAN
Oui, monsieur le duc !
Il remonte et se rencontre avec Raoul qui entre. RAOUL, l’arrêtant.
Eh bien ?
CHAMBORAN
Hélas! toujours aussi faible.
Raoul s’avance, Chamboran sort.