‹ Une cause célèbre; drame en six partiesChapitre 97 sur 102 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes, RAOUL.

LA CHANOINESSE, l’apercevant.

Raoul ! je m’étonnais de ne pas te trouver ici.

SIXIÈME PARTIE

RAOUL

Le devoir m’a forcé de m’éloigner. Mais je suis libre, je reviens auprès de vous, Adrienne, et cette fois, pour toujours.

ADRIENNE

Toujours ! Mais alors meme que je pourrais encore prononcer ce mot, alors mêmé que ma vie ne serait pas, comme je le sens, bien rapprochée de son terme, est-ce que de grands obstacles ne se dressent pas maintenant entre nous, Raoul?

RAOUL

Non.

ADRIENNE

Est-ce qu’il n’y a pas sur moi une honte dont vous devez préserver le noble habit que vous portez ?

RAOUL

Non.

ADRIENNE

Et le nom de vos aïeux et le glorieux avenir qui vous attend, tout cela ne doit-il pas vous séparer de moi ?

RAOUL

Non, mille fois non. Pour qu’ils entendent ce que j’ai à vous dire, Adrienne, je suis heureux de trouver réunis ceux que j’aime et que j’honore le plus au monde.

ADRIENNE

Ce que vous avez à me dire ?

RAOUL

L’amour que je vous ai voué n’est pas un amour banal et passager. C’est en vous que j’ai mis tout mon espoir, toutes mes joies, tout mon bonheur. Peu m’importe, sans vous, la fortune, la gloire et le nom de m§s ancêtres, Entre vous et le monde se dresse une barrière, avez-vous dit ; moi j’en élève une autre ! Reprenez, ma chère bienfaitrice, cette fortune que vous me donniez quand je devais être l’epoux de la fille d’une illustre familla

Reprenez, monsieur le duc, cette épée et ces épaulettes que je ne saurais porter tant que ne sera point accomplie la mission que je vais m’imposer. Et maintenant; Adrienne, plus rien ne nous sépare. Vous parlez de mourir ! moi je vous dis que vous vivrez ! oui*, vous vivrez, car ce fardeau de douleur et de honte immé» ritée qui vous écrase, parce qu’il pèse sur vous seul% désormais nous serons deux à le porter.

ADRIENNE

Raoul 5

RAOUL

Vous croyez à l'innocence de votre père, eh bien, j’y crois aussi, moi qui suis presque son fils, puisque je n’aurai jamais d’autre femme que vous. Mettez donc bravement votre main dans la mienne et relevez la tête, redevenez courageuse et forte, nous allons poursuivre à nous deux la réhabilitation de votre père 1

ADRIENNE, se soulevant avec effort, puis se redressant tout à fait.

A nous deux ! Oui, vous avez raison, Raoul, je me sens déjà moins brisée et la force va renaître en moi, en même temps que l’espérance... A nous deux!., je suis prête!

LA CHANOINESSE

A la bonne heure, donc !

. CHAMBORAN, très ému.

Monsieur Raoul, vous êtes un brave cœur !

ADRIENNE

* Mais, ai-je bien le droit d’accepter un pareil dévouement et lui-même peut-il bien me l’offrir ?

LA CHANOINESSE

Ah! je ne sais pas s'il a ce droit-là, ma fdle, mais s’il agissait autrement, je ne le reverrais de ma vie.

RAOUL

Et vous auriez raison, chère marraine.

SIXIÈME PARTIE

LA CH ANOINESSE.

Donne-moi ton bras et conduis-moi près de M. de Mor nas, c’est à moi d’agir maintenant.

M. de Mornas vient de sortir il y a un instant.

LA CHANOINESSE

Eh bien! tant mieux, j’aurai le temps de dresser mes batteries en attendant son retour, (a Raoul.) Allons, viens, à bientôt.

ADRIENNE

Du courage! oui, oui, j’en aurai maintenant, j’en au* rail

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