‹ Une chaine comédie en cinq actes et en prose par m. E. ScribeChapitre 1 sur 74 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

I , entrant par la porte du Tond ; EMMEi droite, assis devant ion piano, et U télé e sur sa main.

HECTOR, galmcnt.

loi... c'est un profane dans le temple

EMMERIC, levant la tête, ai Ballandard !

lérange? Tu étais là devant ton piano T, à chercher quelque mélodie?

EMMERIC.

Je ne faisais rien.

HECTOR

is ! Nous attendons de toi un second digne de ton début... A vingt-cinq ans ur notre première scène lyrique un i lait tourner toutes les têtes !.. C'est . c'est admirable!.. Et moi, Hector 1, avoué de première instance, je suis

fier de pouvoir dire au Palais : C’est Emmeric d’Albret, mon compatriote et mon ami d'enfance. Il est, comme moi, de Bordeaux; nous ne noos sommes iamais quittés. (Lui remettant une lettre sous enveloppe.) Voici encore une lettre qui est arrivée ce matin pour toi, sous enveloppe, à moD adresse.

emmeric, mettant la lettre dans sa poche.)

Je te remercie... Cela t’a dérangé...

HECTOR

Du tout ; je n'ai alfaire an Palais qu’à midi, à la quatrième chambre... J'ai le temps! (Touchant U poche où Emmeric a serré sa lettre.) C'est toujours pour ce procès dont lu dois me parler.

ËHMERIC.

Oui , mon ami.

Quand il te plaira, à tes ordres... Un client tel que toi donne du relief et du brillant à une étude !

EMMERIC.

La tienne n'en a pas besoin !.. C’est , dit-on ,

EMMERIC.

nnc de» meilleures de Paris, grâce à ton activité, àtestaleus.et surtout à ta réputation d'honnéte homme!

HECTOR

Que veut- tu? Cest à présent le seul moyen de se distinguer... Ils ont trouvé cela original pour un avoué... et ma dientelle a doublé !

EMMERIC.

Ainsi que tes bénéfices... car on prétend que tu gagnes par année une quarantaine de mille francs.

Un peu plus , un peu moins... Je végète dans la poussière d'une étude . au milieu des licitations et des saisies immobilières; ou, dans les grands jours , plaidant au Palais quelque référé ou quelque mur mitoyen qui ne trouve pas d’avocats! Du reste , et quoi que je fasse . obscur et inconnu, ignoré de tous, excepté du client qui demande mon adresse le jour du procès et qui l’oublie souvent le jour des honoraires!.. Tandis que toi, quelle différence! quelle brillante carrière ! Des bravos ! de la fortune et de la réputation ! line vie d'artiste est une vie de plaisirs. Tu passes tes matinées avec les plus jo lies actrices de Paris, et tes soirées dans la haute société, où l’art musical est tellement en honneur que l'on dit même (naissant la vols.) que des grandes dames que l’on ne m’a pas nommées, des duchesses, des marquises, courent après toi...

EMMERIC, vivement.

Comment?

HECTOR

Par amour pour la musique! Et, à propos de cela, j’ai un service à te demander... On donnera bientôt ton nouvel opéra.

EMMERIC.

On a mis le premier acte à l’étude, il n'y a que celui-là de terminé.

nECTOR.

Eh bien! fais-moi le plaisir de me mener à la répétition.

EMMERIC*

Qnand tu voudras...

Je te remercie! (Avec embarras.) Et, dis-moi donc, j’entrerai sur te jhéâtre... dans les coulisses... je pourrai parler à ces dames !

EMMERIC.

Certainement...

HECTOR

Je n’oserai pas!

EMMERIC, riant.

Allons donc!..

HECTOR

Et puis, encore un autre service!.. Si tu pouvais obtenir peur moi, dequelque duchesse du faubourg Saint-Germain, une imitation de bal ou de concert...

EMMERIC.

C'at dit.

HECTOR

Une invitation que Je puisse montrer, ou du moins laisser voir... Cela me sera très utile...

En quoi donc?

HECTOR

Je vais te le dire... (En confidence.) Je voudrais me marier.

EMMERIC , vivement.

Tu fais bien !.. surtout si c’est une inclination.

HECTOR

Oni, mon ami, une inclination... et une affaire !.. une jolie temme et une jolie dot... qui achèverait de payer ma charge.. . Le père donne deux cent mille francs d'abord, sans compter la suite... C’est un riche marchand de Bercy... Et sa fille , H"* Victoria Giraut, me plaît beaucoup... Elle est charmante et a reçu une éducation très distinguée... aussi elle se nommait Victoire , et elle ti»nt à ce qu’on l'appelle Victoria... EUe a étudié la peinture et la musique.

EMMERIC.

Ah 1 elle a de la voix?

nECTOR.

Non, grâce au ciel ! Elle est comme moi , elle chante faux... et de ce côté là , du moins , il y a de l'harmonie dat s le méôage !.. Mais voilà où nous cessons de nousacrorder!..Elleade l’imaginaiion.de la poésie; elle rêvait un mari idéal, vaporeux; enfin, il lui faut une grande passion... et je suis un avoué... qui n’ai jamais fait la cour à personne... Je n'en ai pas le temps !.. toute la semaine à mon étude. Autrefois seulement, avant d'avoir acheté ma charge , j’étais amoureux le dimanche... Et encore qu’est-ce que c'était, des grisettes!

EMMERIC.

U jr en a de charmantes.

nECTOR , d’an air dédaigneux.

Oui , c'est jeune... c’est genti', c’est gracieux, si on veut... Mais rien de distingué !.. des piquenique , des parties d’ânes à Montmorency . des dîners sur l’herbe, où l’on rit comme des fous!,. C'est bien ennuyeux!

EMMERIC.

Cest délicieux!

HECTOR

Ça ne mèneà rien... Tandis que si j'étais lancé comme toi, un homme à la mode... un homme à aventures, M"' Victoria Giraut m'adorerait.. Avant-hier, déjà, je lui ai dit que ta étais mon ami... Tune m’en veux pas?., mon ami intime... cela a produit le meilleur effet!.. Si elle sait que je vais dans les coulisse; et surtout chez les duchesses, cela me relèvera à ses yeux.

EMMERIC.

Je comprends.

nECTon.

Parce que les duchesses , vois-tu bien, cela a été le rêve de toute ma vie... quelquefois même, quand j'étais mall e clerc, j'allais le soir après mon étude les voir monter en voiture , à la sortie de l’Opéra ou dos Italiens... Et en contemplant leurs toilettes élégantes, leur air fier et distingué , les armoiries et les livrées qui chamarraient leurs carrosses , je me disais : Est il possible qu'il y ait des gens asset heureux , pour se faire aimer d’elles! Aimé d'une marquise, d’une comtesse, même d'une baronne, faute de mieux.

oit être délirant. Je rentrais alors à pied, boussés par el.es... Et, pensant à toi, je me ilais : Mon camarade Emmeric est-il beui !.. C'est la seule fois que je t’aie porté en-

EMMER1C.

it tu avais bien tort! Te rappelie-tu la fable ;are.

HECTOR

Certainement! Je ne suis pas encore assei...

iué pour avoir oublié ma mythologie!.. Mais, ice au ciel, tu n'en es pas là ! tu ne tombes s , au contraire !

EMMERIC.

Ma foi, je n’en suis pas loin!.. Le tourlion de ces hautes régions vers lesque .les j’ai >ulu m’élever m’empêche de me créer, comme >i, une position solide, honorable et indépenanle !.. Ce inonde élégant et futile où je n’avais ien pour réussir, et où, malgré moi, je suis lané , nie prend tous les instans que je devrais tonner à l’étude... Les plaisirs vous accablent l'affairés et de soi is étrangers à vos travaux... Dans ce moment, encore, ce billet que tu viens de me remettre...

(Le tirant de sa poche.)

HECTOR

N’est-ce pas poor un procès? emmeric , souriant avec Ironie en ouvrant 1a lettre.

Eh! oni, un prorès... gagné depuis longtemps. Mais pour détourner les soupçons... pour que mon nom ne frappe pas continuellement ses gensqui me connaissent, on adresse les lettres àtoi que l’on ne connaît pas; maître Ballandard... un avoué... ça a Pair d’une lettre d’affaire.

HECTOR

Et c’est une lettre d’amour de quelque marquise?

EMMERIC.

Elle me rappelle qu’il y a demain, à l’Opéra, une représentation extraordinaire, représentation à bénéfice, où je dois l’accompaguer.

nECTOR, vivement.

Dans sa voiture?., dans sa loge?..

EMMERIC , s'asseyant devant la table.

Oui , sans doute... Mais celte loge , il n’y en avait plus, elles étaient toutes retenues ; il a donc fallu, et n'importe comment, en trouver une... (Montrant un coupon qu’il tire du tiroir de la table.) numéro 10, prem ères de lace à droite, entre les colounes... Et sais-tu ce que cela me coûte ?

HEcron.

A 25 ou 30 francs la place, cela doit te faire au moins...

EMMERIC, avec Impatience.

Je ne te parle pas de cela... (Il jette sur la table l’enveloppe et radie dans les leulll.ts d un manuscrit la lettre qu’il tenait a la main, puis il met sous «ne autre enveloppe le coupon de loge qu'il a pris dans le tiroir de la table, cachèle la lettre, la met data sa poche et se lève pendant les phrases suivîmes.) mais des démarches, des courses et du ternis que cela m’a pris... toute la journée d’hier à la recherche et à la conquête d’une loge, au lieude rester là, devant mon piano, à taire ce

quintette que je venais de trouver et dont Pal perdu le motif... ce quintette que mes acteurs attendaient... Voilà comment je ne travaille pas, comment je ne fais rien, et ponrquoi mon opéra ne sera jamais fini !

HECTOR

Tant pis!., car je connais des gens qui se faisaient uue grande fête d'assister à la première représentation.

EMMERIC.

Eh! qui dbnc?

HECTOR

Ta famille, M. Clérambean ton oncle, et sa fille la charmante Aline.

EMMERIC.

Ma cousine?..

HECTOR

Je crois même que c’est pour ça qu’elle est venue à Paris ; elle le désirait depuis bien longtemps.

EMMERIC.

En vérité !..

Et grâce à cette maladie de langucnr qu’elle a eue...

EMMERIC.

Oui... Pauvre Aline ! je l'ai vue si souffrante I

HECTOR

Il n’y paraît plus ! fralrbe et Jolie comme les amours... Mais elle a persuadé à son père que l’air de la capitale lui ferait du bien... et quand on est un des premiers négocions de Bordeaux, et qu’on u’a qu'une tille...

EMMERIC.

Et quand viennent-ils? w *

HECTOR

Eb! mais... ils devraient déjà être arrivés.

EMMERIC.

Comment le sais-tu?

UECTOR.

Ne suis-je pas l’homme d'affaires de M. Clérambeau?.. As-tu oublié ce prorès si embrouillé que je lui ai gagné, et pour lequel j’ai fait vieux vovages, l’année dernière, à Bordeaux... Il m’avait donné ses pleins pouvoirs pour lui retenir un appariement.

EMMERIC.

Eh bien?

nECTOR.

Eh bien? j’ai pensé qu’au coin de la rne de Richelieu et uu boulcvart des Italiens. .. il y avait uu hôtel très confortable... l’hOiel de Castille.

EMMERIC.

Celui-ci !

HECTOR

J'ai retenu l'appartement du premier, 2,000 .

francs par mois... Ton oncle est riche , et puis l’avantage de loger dans la même maison qup r son neveu...

EMMERIC , lui sautant au cou.

Ah! mon ami, quelle bonne idée!., quelle joie de revoir ma famille!.. Aline, ma sœur, ma compagne et mou éiève! Nous faisions de la musique ensemble,

HECTOR

Nous serons ses chevaliers.

EMMERIC.

Tu donneras le bras à mon oncle.

HECTOR

Nous les conduirons partout.. Au palais de Justice.

EMMERIC.

A la première représentation de mon opérai

11 n’est pas achevé !..

emmeric, vivement.

11 le sera!., je veut qu'elle soit témoin d’un triomphe... car elle s’y connaît... t ue voit charmante! et ufi goût... je me remets à l'ouvrage... (Courant au piano.) J'ai retrouvé mon quintette, j’ai le motif, écoute plutôt..

HECTOR, prenant une chaise.

Quel plaisir! (S'arrêtant.) Tais-toi donc!

EMMERIC , s'arrêtant.

Comment?..

il KCTOR , écoutant aussi.

On monte l’escalier... N’entcnds-tu pas?

emueric , de meme.

Eb! oui!., cette voix!..

(ta porte s'ouvre.)

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