M. DE SA1NT-GERAN
Moi!., je suis resté , et voici ce que j'ai répondu :• M. Clérambean... vous rappelez-vous ce jour où vous aviez eu en mer trois bâtimens marchands capturés par les Anglais... ce jour où la maison Olérambeau junior de Bordeauv allait faire faillite et déposer son bilan... ce jour enfin où. renlermé dans son cabinet, un négociant honorable... voulait ne pas survivre à sa bonté et allait se laire sauter la cervelle... quand on frappa à sa porte en lui criant que ses trois bâtimens étaient en rade, ramenés par le capitaine Saint-Ceran... Je le vois encore... descendre son escalier... se jeter dans mes bras en me disant : « Monsieur, tout ce que je possède... tous »meg biens s nt à vous...» «Je refusai al ors, j’accepte aujourd’hui... et de tous vos biens... je vous demande le plus précieux... votre fille ! Me la refuserez-vous?.. »
EHHERIC et HECTOB.
Eh bien?..
M. DE SAIIÏT-CERIN.
Eh bien?., c’était une lettre de change que je lui présentais!., un effet à longue échéance... qui arrivait enfin à remboursement... et quelque durs qu’ils soient , ces vieux négociansont tellement l'habitude de faire honneur à leur signature, qu’il ma jeté sa fille en me disant : » La Voilà ! payez-vous. •
EMMEUIC.
Ab! Monsieur... ah ! mon sauveur!..
M. DE SAIRT-GERAH.
A deux conditions pourtant... Ne vous effrayez pas... La première, car les négocians ont aussi d’autre ambition que celle de l'argent., la première en que son gendre... n’ayant pas de fortune, ait au moins quelque titre.. . quelque distinction.. .(Vivement) lly ad-oit autant et plus qu'un autre , et cela nous regarde. Quant à la seconde condition , elle est plus facile encore...
EUUERIC Ct HECTOR.
Quelle est-elle ?
H. DE SAINT-GERAR.
» Quoique ami des mœurs, m’a-t-il dit , je ne
• suis pas d’un rigorisme assez ridicule pour •exiger que mon gendre ait été jusqu’ici un
• modèle de raison et de sagesse... je pardonnerais même quelques-unes de ces folies de •jeunesse... erreurs éphémères qui n’ont point •de lendemain et passent sans retour...
HECTOR
L’excellent père !
H. DE SAINT-CERAN.
» Mais ne voulant exposer à aucune chance le •bonheur de ma fille, je ne veux pas d’attache- ■ ment réel et sérieux qui survive au présent et •compromette l'avenir... «
EUUERic, à part.
O ciel !..
H. DE SAINT-GERAR.
• Donnez-moi , a-t-il ajouté, votre parole et la •sienne qu’aucun danger pareil n'existe... et •je consens à l'instant...
EIIMEB1C.
Monsieur!..
u. de sairt-gerar , souriant.
Je lui ai juré que je ne tous connaissais aucun attachement de ce genre... et vous-méme... Eh bien! vous vous troublez!..
EUHEB1C , troublé.
C'est que...
U. DE SAINT-GERAR.
Eh bien ?..
HECTOR
C'est que, justement., il est engagé depuis long-temps dans des liens...
EM u eric , vivement, A M. de SAinl-Gtran.
Que je romprai, ic vous le jure. Dès aujourd'hui, tout sera Gui entre nous, et sans i elour...
HECTOR
A la bonne heure!., c’est bien facile...
M. DE SAINT-GERAR , secouar.t la tète.
Non. non. jeunes gens, pas tant que vous croyez..
EMMEUIC , avec force.
Quand ou y est déridé.
Hector , de même.
Quand on le veut bien.
M. DE SAINT-GERAR.
Ce n’est pas une raison !.. des ménageinens à garder... l’honneur d'une famille ou d’un mari... le désespoir d’une pauvre femme... son amour , ses larmes , votre propre faiblesse , mille circonstances que l’on ne peut prévoir, rattachent et renouent à chaque instant les anneaux de cette chaîne d’or, qui est de plomb quand on la porte, et de fer quand ou veut la rompre... Moi, qui vous parle , j’étais comme vous... j’avais un amour dans le cœur... lorsque des amis imprudens, pour m’arracher à cette passion insensée, me proposèrent un riche et illustre mariage... des biens immenses dans nos colonies, la liile d'un marquis, et mieux encore, une lemme jeune et belle qu’en tout autre moment j’aurais adorée... Mais, alors . ramené malgré moi sous le joug que je voulais itiff .. et long-temps encore luttant contre un ascendant fatal , j'étais insensible anx douceurs d'un nouvel hymen. Je négligeais, je délaissais ma femme, qui jamais, grâce auciel ! n’a connu le secret de ma iroideur et de mon indifférence... Mais enfin cela pouvait arriver... et pour la sé* curilé et le repos de votre ménage, vous voyes que malheureusement votre beau-père a raison.
EUUERIC.
Non , Monsieur... et vous pouvez lui dire que je suis libre... aujourd’hui, aujourd'hui même j’espère .parla douceur et la raison, faire comprendre à une autre personne... ct l’amener d’elle-méme...
HECTOR , a U. de Saint-Gerau , qui secoue la Ut avec incrédulilé. *
Je suis sa caution... et à nous deux...
U. DG S1INT-GEBAN.
A noos trois !..
emmebiC, s« retournant.
Qu'y a-t-il ?