U. DE SAINT-GERA
D'abord, vous êtes fière, mais l'orgueil vous sied si bien... et vous avez tant de dioit d’en avoir qu’on n’oserait vous en blâmer... ensuite...
LOUISE
Ah ! U y a un ensuite !..
H. DE SAINT-GERAS.
Oui, Madame... Vous pardonnez difficilement une offense.. . Je ne vous en fais pas un re| roche... car, moi aussi, je serais comme trous... Les torts de ceux que j'aime me troufWent peut être inflexible et implacable... mais ces torts, si je les connaissais ou si je les soupt onnais, je voudrais tranchement les leur déclarer... La Iranchise avant tout... et je trouve... c'est là mon reproche le plus grave... que parlois vous en manquez...
LOUISE, se levant.
Ab ! ne parlez pas ainsi... car à l'instant même je vous dirais...
M. DE SAlîfT-GERAIV.
Quoi doue?..
LOUISE
Ce que vingt fois... j'ai été tentée de vous avouer, et dans ce moment encore...
U. DE SAINT-GERAS.
Et bien! vous n’osez achever... Vous trjtrblez... je crois!
LOUISE
Non, Monsieur, non... mais vous n'avez amais su quelle noble affection je vous poi Lais ! Quand on me parla, à moi jeune fille de dix-huit ans, d’épouser un homme presque sans roitune, qui avait plus du double de mon âge... onc - ut que je refuserais, et j'acceptai , car c’était un homme de mérite et de rœur dont je savais depuis long-temps la vie entière... Oui, Monsieur, aussi bien et mieux que vous, j’aurais dit les combats auqucls vous aviez assisté, vos exploits, vos blessures... J’étais heureuse d’oflrir un riche héritage à celui qui m'apportait ce patrimoine de gloire... j’étais fière de vous, fière de porter votre nom... et, à mon âge, une pareille ezallaüoo aérait aisément devenue de l’amour. Vous tNicz peu à faire pour gagner ce cœur qui volait audevant du votre... vous ne l’avez pas voulu... J’ignore alors quelle barrière s'élevait entte nous...
U. DE SAIST-GERAIt, troublé.
Et jamais jusqu’ici le moindre reproche !..
LOUISE
Ah! Monsieur!., des plaintes!., des reproches, de la jalousie !.. Moi, à qui vous accordez quelque orgueil !.. j’ai gardé le silence... L’amour-propre, la fierté que vous me reprochiez tout à l'heure, m'ont donné la force de combattre et de vaincre... et quand pins tard vous êtes revenu à moi... un nouvel obstacle plus grand encore nous séparait... le souvenir du passé et mon indifférence... M’accuserez- vous encote de manquer de franchise ?...
H. de SAINT-GERA!*, avec franchise.
Non, Madame. Tout cela est vrai, et ce récit qui devrait m’flter l'espoir et le courage, ne me laisse qu’un désir... celui de i éparer mes torts, et par mes soins, par ma tendiessc, par un dévouement de tous les instans... de reconquérir... ce cœur que j'ai perdu... de le tenterdu moins. Vous ne pouvez m’en empêcher...
LOUISE
Non , sans doote.
M. DE SAIIVT-GERAIV.
Quoique votre mari , je puis comme un aune aspirer à vous plaire, j’y aurai plus de mérite... car c’estplns difficile.,. Par malheur, le temps et les occasions vont me manquer.., on me donne un nouveau commandement, etsous peu dej ouïs M me faudra appareiller pour les Antilles.
LOUISE, vivement.
Vous partez ?..
M. DE SAIXT-GERA*.
Ene belle occasion de faire connaissance avec vos propriétés de la Martinique... avec ce beau pays où depuis long-temps vous êtes attendue, et où le procès qu’on nous intente pour la succession de votre oncle nécessiterait peut être votre présence... Je ne vous parle pas du plaisir que j’aurais à vous avoir sur mon vaisseau, où vous commanderiez en souveraine... Pourentreprendre un pareil voyage, il faudrait aimer... et vous, Madame!..
LOUISE
Moi... je n'aime pas la mer... vous le savet !
M. DE SAINT-GERAIf.
Vous êtes bien bonne de ne pas dire mieux,,.
et Je vota en remercie... Mais dans votre désir de rester à Paris, n’y a-t-il pas quelque autre motif?
LOUISE, avec émotion.
Que voulez-vous dire?
M. DE SAINT-GERATt-
Partlon, à mon tour, de ma franchise... Ce désir de plaire et de briller dont vous ne vous défendez point, amène sur vos pas une fouie d'adorateurs dont vous souffrez les hommages. Je vous connais, Louise, et jamais un soupçon sérieux n'est entré dans mon âme... Mais voire jeunesse, mes fréquens voyages, votre position, vos succès dans le monde, ont pu éveiller l’envie ou froisser la vanité !.. il est si facile à nn fat de compromettre la plus honnête femme du monde!.. Déjà, et vous savez que je suis peu endurant... il m’a semblé que quelques allusious indirectes, quelques railleries de salon m’étaient adressées par deux ou trois vieilles douairières... c’est toujours par elles que cela commence... J’ai regardé alors autour de moi, et il m’a semblé...
LOUISE
Quoi donc?.. Monsieur.
M. DE SAfNT-GE&Aïf,
Vous êtes émue?..
LOUISE
Non pas émue , mais curieuse de savoir...
M. DE SAlMT-GERAIt.
Ce que je sais... Eh bien ! il me semble que Yolre jeune cousin... le vicomte de Langcac...
LOUISE , riant.
Lui!
M. DE SAIlXT-GEBAtV,
Ce fat moyen-âge... qui rougit de son siècle et dont son siècle rougit. .1 ce gentilhomme palefrenier qui court au Cbatnp-de-Mars ou au clocher après le ridicule.
LOUISE, riant
Et qui gagne toutes les courses.
M. DE SAINT-GERAff.
Vous ne pouvez nier qu'il ne vous suive partout et qu'il ne vous lasse hautement la cour la plus assidue... Hier encore...
LOUISE
C’est vrai!., je ne peux pas l’empêcher de m'aimer.
M. DE SAltfT-GERAIV.
Non , mais je peux l’empêcher de vous le dire... de l'avoir aussi publiquement, et s’il s’en avise encore!*
LOUISE
Que ferez-vous?
H. de SA1NT-GERAN, froidement. - Ce que je ferai ?.. je l’empêcherai de faire jamais la cour à personne.
LOUISE, froidement Allons donc !..
u. de saist-ceban, froidement.
Parole d’honneur!
LOUISE
Allons donc!
Al. DE SA1RT-GERAN.
C’est un sot!
Louise, riant.
Ce n'est pas one raison pour tuer les per»’., sons seriez toujours l’épée à la main !.. Et dans votre intérêt , Monsieur , je vous supplie...
M. DF. SAINT-GERAN.
Ce sera donc pour vous faire plaisir... et en revanche , je vous demanderai un service.
LOUISE, vivement.
Ah! de grand cœur! si c’est en mon pouvoir!