‹ Une chaine comédie en cinq actes et en prose par m. E. ScribeChapitre 17 sur 74 · II. DE SAUtT-GERAK · texte numérisé non relu

II. DE SAUtT-GERAK

Ce qui veut dire que vous n'avez pas remarqué... Eh bienl c'est, je crois, depuis que vous êtes devenue coquette! Cela vous étonne?

Non, vraiment!., car, grâce au ciel, cela produit presque toujours cet eflet-là... Pendant les trois premières années de mon mariage, quand je vivais dans mon bétel, seule et retirée... ne voyant personne, attendant mon mari qui ne venait pas... et pensant à lui qui ne pensait guère à moi, séduit comme il l'était par des charmes plus puissaos...

H. DE SAIItT-UERAN.

Comment, Madame?..

LOUISE, avec Ironie.

Les charmes de la gloire ! Alors, pauvre femme négligée et oubliée, ensevelie vivante à vingt ans, nul ne troublait le silence et le calme du mausolée... je veux dire de mon ménage... et vous-méme, faisant comme tout le monde, ne seinbliez pas vous douter de mon existence..» Mais aujourd’hui qn’il parait prouvé que j'existe, aujourd'hui que .tout le monde me recherche, ue les hommages m’entourent et que j'ai voulu evenirà la mode, non par goût, mais par lassitude de ne rien être 1 ; aujourd'hui. Monsieur, le bruit qui se faisait autour de vous vous a réveillé... Vous avez, par impatience ou par curiosité, levé les veut vers celle que chacun regardait... et il s’est trouvé que c’était votre femme... Rencontre inattendue... enchantement de votre part et surtout de la mienne... à moi qui ne pouvais manquer d'élre bien sensible à un elfet aussi tendre du hasard !

U. DE SAINT-GERAN.

Très bien! égayez-vous à mes dépens!., vous avez raison... Mais que voulez-vous? occupé autrefois d'idées qui m’absorbaieut tout entier... des idées d’ambition... de renommée, de fortune...

LOUISE

. D’autres encore...

M. DE SAINT-RERAN.

C’est possible !.r mais le temps, la réflexion, celles que j’ai faites... il v a deux ans, à la süto de celte blessure dont j'ai pensé mourir... Je le croyais du moins comme tout le monde, car les journaux même l’avaient imprimé d'avance...

LOUISE

C’est vrai !

M. DESAINT-0ERAI».

Et dès-lors... je me suis promis... Tenez, Ma* dame, il faudra que je fasse preuve de lianchise et que ie vous avoue tous mes torts... tous mes défauts... un jour... où...

Louise, souriant.

Où noos auroos beaucoup de temps devant nous!..

M. DE 8A1NT-GERAN, souriant.

Oui. sans doute... pour que nous puissions aussi parier des vôtres!

"LOUISE

J’en ai donc?

M. de saint-ceran, secouant la tC’.c.

Eh ! mais...

LOUISE, vivement.

Lesquels? Pariez... (Voyant qu’il hésite.) Un seul!

U. DE SAIST-GERAU.

Vous me mettez dans un grand embarras...

LOUISE, triomphante.

Vous voyez bien!..

M. DE SA1NT-GERAM, souriant.

L'embarras du choix...

LOUISE

Commeot, Monsieur!..

Page 1