SCÈNE VI
EMMERIC, HECTOR, M . DE SAINT-GERAN , sortant de l’appartement à gauche le tenant à la main des papiers qu’ilva porter sur la table a gauche.
M. DF. SAINT-GERAN.
Eh ! mais. Messieurs, qu’y a-l-ildonc?
HECTOR
Je m'en rapporte à Monsieur le Comte.
EMMERIC , a pari, avec effroi.
O ciel !
U. DE 8AINT-GERAN.
Je vous apportais les pièces de notre procès. nECTon.
Et moi, j'en ai un autre à vous soumettre...
EMMERIC.
Hector, je t’en supplie!,..
HECTOR
Ah! dame... si tu ne te laisses pas conduire par lions.,. Il faut cependant que les gens qui ont de la raison dirigent cens qui n'en ont pas.
Al. DE SAINT-GERAN.
C’est juste. De quoi est-il question ?
EMMERIC.
Non , tu ne parleras pas !
HECTOR
Je suis avoué... je parlerai! j'expliquerai les faits de la cause, (Montrant H. de Salnt-Geran. ) et le tribunal jugera. ( Montrant Eut me rie. ) Il arrive de l'autre bout de Paris; il vient de chez elle... il nous l'avait promis.
M. DE SAINT-GERAN.
Ab! vous y êtes retourné ?.. A merveille !
UECTOB.
Oui , à merveille... Mais, attendez, ila rompu.
C’est très bien !
UECTOn.
Sans doute, mais voilà qui ne l'est pas... Par un événement, par une circonstance inattendue.
H. DE SAINT-GERAN.
Qu'est-ce que je vous disais ? Il y en a toujours qui surviennent au moment où l'on croyait tout fini.
UECTOB.
Une futilité... une loge pour demain à l'Opéra.
eMuerjc.
Hector, au nom du ciel!
HECTOR
Tu te fâcheras situ veux.
EMMEB1C, s'emportant.
Eh ! oui , sans douie !..
M. DE SAINT-CERAN , passant entre eux deux.
Voyons , mes amis , voyons s'il n’y aurait pas moyen d’arranger cettégravc affaire... Et si je puis vous seconder...
HECTOn.
C'est tout ce que je demande, parce que, si vous vous en mêlez... rels va s'arranger.
EMMERIC . a part.
Ah ! c'en est fait de nnus !
IIECTOn.
On lai a donc dit ; Si vous ne venez pas demain soir dans ma loge... tout est fini cutrc nous...
EMMERIC , avec colère.
Hector!..
< HECTOR
Scs propres paroles... je les tiens de toi, et loutsc trouvait rompu... Mais voilà qu’un rival, un fat. défend à Emmcric de s’y rendre. El lui , qui ne voulait pas , qui était décidé à ne pas y aller, me répond maintenant..
M. DE SAINT-GEBAN.
Qu'il ira?.. ,
UECTOB.
fc’est absurde ! n’est-il pas vrai ?
U. DE SAIN r-CERAN.
Non, c'est lont naturel !..
emmeric, vivement.
N'est ce pas. Monsieur ?
Al. DE SAlNT-GERAÏf,
Oui, sans doute, et j’en lerais autant..
Dector, stupéfait et laissant tomber ses bras.
Alors, nous n'v sommes plus.
Si , vraiment ! nous y sommes... el si vous ronicz vous en rapporter à moi...
nECTOn Cl EM U ERIC.
Oui , certainement!
M. DE 8AINT-GERAN , gravement.
Puisque Emmeric est décidé à rompre avec celle femme, il ne doit plus la revoir.
OECTOB.
Bravo!
M. DE SAINT-GÏRAN.
Ni paraître dans sa loge.
HECTOR
Bien jugé!..
H. DE SAINT-GERAN.
Il viendra dans la mienne. „ Nous en avons une...
EHMERIC , stupéfait.
Monsieur!..
Avec son beau-père et Aline sa future, que j'inviterai...
EMMERIC.
Permettez !..
M. DE SAINT-GERAN.
Aux yeux et à la face de celui qui vous a défié !.. Vous me le montrerez, et dans l’cntr’acte vous me donnerez le bras... Nous trouverons moyen de nous en approcher, et alors je dirai devant lui et devant ceux qui l'entoureront, que je vous ai offert dans ma loge ainsi qu'à votre prétendue , une place que vous refusiez d’abord... et si nous voyons en ses traits le moindre sourire de doute ou d'incrédulité , je vous permets de lui en demander raison... Je serai là, je serai votre témoin...
HECTOR
O ciel!
H. DE SAINT-GERAN.
Ah! il ne faut pas croire... qu’une rupture n'amène pas quelques coups d'épée ou quelque chose de ce genre-là...
EHMERIC.
Je le sais, Monsieur; et je m'y attends, je le désire, même.. J'irai dans votre loge... j'irai...
HECTOR
A la bonne heure ! Et en retournant chez ton oncle qui t'attend etqui s'impatiente peut-être... tu peux lui transmettre l'invitation de Monsieur le Comte, pour demain...
H. DE SAINT-GERAN.
Oui, sans doute. Allefviie, pendantque nous, nous allons parler procès.
(Emmeric quitte la droite, remonte le théâtre , le
traverse et va prendre sur la table son chapeau
qu’il y a placé. *
HECTOR
A vos ordres.
H. DE SAINT-CERAN.
Et si demain Monsieur Ballandard vent accompagner ses amis... avec nous à l’Opéra...
HECTOR
Qnoil vraiment? Monsieur le Comte, vous seriez assez bon... (Bu, a Emmeric qui est prés de lui.) O Victoria!., si eliepouvaily aller ! (Haut.) Mais je crainsd’éire indiscret, je crains de vousgéner...
"Emmeric, Hector, H. de SamlGeran.
U. DE SAINT-CERAN, souriant.
Du tout!., une loge immense... anx premières, numéro 10... entre les colonnes.
emxieric et HECTOR, stupéfaits et à part.
O ciel!..
(Emmeric, qui avait pris son chapeau et qui allait partir, s'arrête.)
U. DE SAINT-CERAN.
Ma femme l'a obtenue d’une de scs amies qui vieut de la lui céder non saos peine , car on se les arrache : tout Paris y sera!.. (Se retournant vers Emmeric qui se disposait à sortir , mais qui s'est arrêté pour faire des signes a Hector.) Eb bien?., qu'avei-vous donc?..
EHMERIC.
Rien... Monsieur... Le trouble... l'émotion... suite toute naturelle. ..
U. DE SAINT-GERAN.
Du sujet que nous venons de traiter... Courez près d'Aline... votre prétendue... Sa vue seule vous remettra... Adieu, mon ami, adieu et à bientôt !
(Emmeric sort tout troublé.)