A LIRE
Mais, mon père...
CLÉRAMBEAU.
Je ne dis pas cela pour toi , qui soignes les écritures, et la correspondance...
ALINE
Et te ménage...
CLÉRAMBEAU.
C’est vrai! et si j'ai le désagrément de m'entendre dire tous les jours:» Votre fille chante comme M** Malibran... «Ce n’est pas ma faute, mais celle de mon neven... Et, à présent, impossible de la corriger... car cela date tle loin. Dans leur enlance, et pendant que j’étais à faire ma caisse ou mes bordereaux, j'entendais dans ma maison, la maison de commerce Clérambeau junior, un tapage infernal... des morceaux d'ensemble que Monsieur composait déjà et qu'il exécutait seul avec sa cousine... des linals , des quintettes et des duos... toujours le mémcJfJe •t’aimerai... Tu m’aimeras toute la vie.» EislJ’avais été le maître!., mais on ne l'est pas quand on n'a qu'un enlant... une fille unique que l'on craint toujours de perdre... et il faut bien alors déroger malgré soi à ses principes... Mais si la Chambre, qui a déjà supprimé la propriété littéraire,
Hector, Clérambeau, Aline, Emmeric.
si la Chambre, qui est en voie d’économie et de progrès, supprimait un jour les arts et les trustes, je crierais bravo !.. Il y a là un monsieur dont je ne me rappelle pas le nom , mais qui est ' toujours sûr de mon vote tant que je serai électeur ! nu monsieur qui voudrait briser les harpes et les pianos en acajou pour en faire des métiers à la Jacquart!.. Voilà un homme qui entend l’industrie et les intérêts de tous !
HECTOR
Excepté ceux d’fcrard et de PleyeL
CLÉRAMBEAU.
Qu'est-ce que ça me fait à moi ?
ALINE
Si, mon père, cela vous fait quelque chose...'
Et quand vous avex vu l’opéra de mon cousin...
(a Emmeric.) car il a été joué dernièrement à Bordeaux... notre ville natale. Et un succès!., un enthousiasme !.. Ah ! que j'étais heureuse et fière... Et pendant les bravos, je me surprenais à être modeste, à baisser les yeux et à rougir de votre gloire, comme si c’était un peu la mienne; c’est tout naturel... c’était de la lainillc... Et mon père lui même , au second acte , après le duo... vous savez bien? ceduod’amotir qui est si beau.
Ils applaudissaient tous , ils demandaient l’auteur, leur compatriote, qui n'était pas là... et alors, et par un mouvement spontané, ils se sont tous retournés vers notre loge... nous saluant de leurs acclamations, nous honorant de sa gloire, nous, ses amis, ses paréos... Ah! cela vous a fait quelque chose.
CLÉBAMBEAU.
Non... non...
ALINE
Si, mon père... je l’ai vu... des larmes roulaient dans vos yeux!., vous étiez ému eltrem cilant...
CLÉRAMBEAU.
Je le crois bien... j'avais une peur... ma fille qui se trouvait mal!..
EMMEB1C.
Est-il possible ?..
CLÉRAMBEAU.
La musique lui lait toujours cet effel-tà, la musique de tout le monde... la première venue... et quand ma fille se trouve mal... j’oublierais tout... je donnerais tout,
ALINE
Je le sais bien !.. et cependant je n’en abuse
pas.
CLÉRAMBEAU.
Non, tu es revenue tout de suite
ALINE
Et je ne vous ai rien demandé!
CLÉRAMBEAU.
C’est vrai! mais que cela ne t’arrive plus...
ALINE
Ah! c’est que celte partition est si belle!..
Ils disaient tous : Il ne fera jamais mieux... et moi, je disais que si... N’est-cc pas, mon cousin, votre second ouvrage sera encore plus beau ?.. Vous me le promenez?..
EMMERIC.
Oui, ma cousine.
ALINE
He lüt-re que pour les confondre... Et puis, te soir, vous nous en jouerez quelque chose...
EliUEUC.
Certainement!
BECTOn, a Aline, d'un air de satisfaction.
J’irai à la répétition...
ALINE
Vous, M. Ballandard ?
UECTOB.
H me l'a promis!..
ALINE
Et nous aussi, n’est-il pas vrai?.. Vous nous y conduirez...
EHMEIIIC,
Trop heureux de vous donner le bras!
CLÉBAUBEAU.
Allons... voyons... il ne faut pas empêcher ton cousin de travailler !.. Dis-lui adieu et descendons.
{Il prend Aline par la main et remonte arec elle le
théâtre, pendant qu’Emmerlc traverse et va se
placer S gauche, près d’Hector. *
ALINE
Va instant encore... C’est amusant d’être ainsi chez un garçon... avec son père, s’entend... et puis, mon cousin est très bien logé... un piano superbe... C’est donc là que vous travaillez... que vous trouvez des mélodies si gracieuses... et (Prenant uu cshier' qui est sur la table, près du piano.) ce gros cahier... c’est votre poème.. .Ab! voyons...
CLÉBAMBKAC.
Mais, tu n’y penses pas... c’est d’une indiscrétion...
BHUEBIC.
£n quoi donc?..
BECTON.
On opéra, c’est fait pour être vu.
ALINE
Et celui-là, tout le monde le verra... Je l’espère; je puis bien commencer... (Redescendant le théâtre en lisant le cahier.) Et voici d’abord de» verique je trouve très bien !..
• ' (Lisant sur le manuscrit.)
En toi sculecst mon 9me, et ma vie, et mon être t
'Acquitter, c’est mourir!., terevolr, c'est renaître.
CLÉBAUBEAU, ramassant un papier qui vient de
tomber.
Oui!., c’est du joli... Et ceux-ci :« Que cette ssoiiée de demaip, à l'Opéra, me rend heureu- «se, mon ami... »
ALINE, avec émotion,
Mon ami...
CLÉfHMOEAB, â Emmeric, et s’interrompant.
Pardon !.. mon neveu. (Se retournant vers Anne.) Ma fille... qu’as tu donc?..
ALINE, s’efforçant de se remettre.
Moi!., rien!., llcndcz celle lettre à mon cousin.
‘Hector, Emmerle, Clérambca» , Aline.
KtfMEBlC, avec embarras.
Du tout... ma cousme, elle ne m'appartient pas.
ALINE
Et à qui donr?
EMU EB1C, hésitant.
A Ballandard.
tlf.CTOR.
A moi!..
CtÉBAMBESÜ, riant Si tu peux nous prouver cela...
EMMERiC. passant prés de la lableâ droite.
Très-aisémet.L.. voici l’adresse qui l'accompagnait... elle est de la même écriture... et vous voyez: • A Mousieur Ballandard, avoué, rue »de Caillou. »
(Il repasseprèsde Ballandard et reprend sa première pla'ee.)
aune, avec joie.
Est-il possible?..
IiEC'i on, bas, à Emmeric,
Mais, mon ami!..
EUUEBtc, de même.
Tais-toi donc !
CLÉBAUBEAU, stupéfait, et examinant l'enveloppe avec sa fille.
C’est, ma foi, vrai!.. Un cachet avec des armes... c’est une grande dame !.. Qui aurait jamais rru cela ?. . ilerlor Batlandard, que je regardais comme le plus pur et le plus chaste de tous les avoués... de première instance.
BECTOB, toujours retenu par Eœmerte,
Ça n'empéche (-as...
CLÉBAUBEAU.
Alors, et d’après cela... jugez des autres... Fi! Monsieur...
Il ECTOfl, passant entre Clérambcau et Aline.
Si vous vouliez m’écouler !
EMMERIC.
Il venait me consulter sur une loge d’Opéra... et sur tes moyens de se la procurer...