LA VIE FNIVERSITAIRE A PAVIE ÉTUDIANTS
PROFESSÈURS
Si l'on compare les statuts des différentes Universités d'Europe au xv'' siècle, on constate que, sauf certains détails qu'expliquent la différence des mœurs et l'état de civilisation du pays, ces Universités se ressemblent beaucoup. A Montpellier, à Paris, à Padoue, à Bologne, à Pavie nous retrouvons les étudiants partagés en nationaux et étrangers, en étudiants libres et en étudiants de collège et jouissant de privilèges spéciaux. C'est la même vie corporative, les mêmes rapports entre professeurs et étudiants, le même enseignement, le même formalisme, si bien qu'après avoir esquissé à grands traits le tableau de la Faculté de médecine de Pavie au milieu du xv'' siècle nous aurons montré ce qu'étaient les autres Facultés de médecine à cette époque.
L'étude de la vie universitaire du moyen âge nous donnerait l'origine de bien des usages qui, sous des formules modifiées, subsistent encore aujourd'hui : examens, grades académiques, cours, facultés, corporations, autant de traditions qui relient les Universités &'à présent à celles d'autrefois. '
Les Universités du xv" siècle ont pour la plupart leur spécialité : les étudiants en théologie vont à Paris, les jurisconsultes à Bologne ; Pavie, Padoue, Montpellier sont renommées pour les études de médecine.
A Paris, le gouvernement de l'Université appartient aux professeurs ; à Aix, les statuts placent à la tête du Stiidium un chancelier à vie, qui est l'archevêque; l'unique recteur est nommé par le suffrage universel ; à Montpellier, par le suffrage restreint. A Bologne, les étudiants sont les vrais
maîtres de l'Uni versit.^; ils nomment icai. ...ofessev.-. \ Padoue, les recteurs sont nommés par les étudiants.
\ Pavie le duc de Milan, fondateur et protecteur de r Université, est le grand maître; il délègue l'évêque, avec le titre de chancelier, auprès des écoliers, qui élisent un recteur Celui-ci aidé de douze conseillers, administrera les affaires de l'Université qui comprend deux Facultés : celle des Légistes maîtres en droit civil et canon, et celle des Artistes avec les maîtres en rhétorique, logique, grammaire, astrologie, philosophie, morale, médecine et chirurgie.
Il est à remarquer que la prospérité de Pavie suivit de près sa fondation et plusieurs causes expliquent ce rapide développement. Pavie était vraiment une ville universitaire. Elle n'existait que par et pour son Université. Tandis que les étudiants parisiens se réunissaient autour du bénitier de Notre-Dame, les écoliers de Pavie avaient à leur disposition des bâtiments spacieux*; l'administration et la police de la ville se préoccupaient avant tout d'assurer la tranquillité et le bon ordre des études ^ Les Visconti et Sforza, pour maintenir leur renom d'amis des lettres et des arts, tenaient à honneur de protéger les étrangers nobles et riches qui faisaient à leur Université l'honneur de venir y étudier ; ils
1 L'ancienne Faculté de médecine de Paris, dit Corlieu, s'élevait entre la place Maubert et I HÔtel-Dieu. Au moi. de mars 1469, la Faculté arrêta qu elle Accepterait des Chartreux une vieille maison située en a rue de a Buchene, ce nui fut fait pour le prix de dix livres tournois de rente annuelle. En U12, on ietales premières fondations de la nouvelle Faculté : on était pauvre alor-^; il n'y avait cette année que quatre bacheliers. Les docteurs se cotisèrent ou abandonnèrent leurs émoluments. Le o mars 1481.. la Faculté ouvrit ses portes sous le décanat de Mathieu Dolet. Avant cette époque, la Vacuité de médecine ne possédait pas de lieu déterminé pour se réunir; les assemblées générales se tenaient soit au couvent des Mathurins, soit à Notre-Dame, autour du grand bénitier. Les exercices, les leçons, les examens se faisaient dans la maison du doj^en ou dans celle de l'Ancien.
') De même à Bologne, quatre taxateurs étaient nommés chaque année, deux par la ville et deux par les étudiants, pour régler le prix des logements. Il était défendu aux propriétaires, sous peine d'amende, d'exiger au delà de la taxe; aux étudiants et aux professeurs d'augmenter le prix du loyer Un étudiant ne pouvait être dépossédé par un autre, et il avait droit de rester trois ans dans la maison qu'il habitait. Le propriétaire qui refusait de se soumettre à la taxe voyait sa maison interdite. (Slat. Bon., lib. 2, p. 4.).)
3. Pateatuniversis et sin-ulis... tam subditis prelibati iUustrissimi dommi et Dacis Mediolani quam non subditis : quod studium hic in omnibus facullatibus ut infra incohabitur hac in civitate adproximum Sancti Luce festum. Pro
s'imposaient de grands sacrifices d'argent pour attirer les professeurs en renom. Ajoutez la beauté du climat, la vie facile, la situation de Pavie au nord de l'Italie, tout aidait à la prospérité d'un centre intellectuel qui, pendant le xiv' et le XV'' siècle, rivalisa avec la célèbre ville de Padoue.
(Test à la Saint-Luc, époque fixée pour la réouverture des cours, que les étudiants étrangers arrivent à Pavie. A la fin du XIV'' siècle, leur nombre est encore peu considérable : en 1391, l'Université comptait trois Portugais, un Allemand, un Polonais; en 1395, un Autricbien, un Allemand, un évêque portugais, Da Silva, qui fut reçu docteur en grande pompe; en 1397, deux Français, Aldobrand Doyon et Pierre Delafosse (Petrus de Lafolhoze).
Mais plus tard, au moment où Ferrari professe à Pavie, c'est-à-dire de 1432 à 4472, les étrangers se donnent en grand nombre rendez-vous dans cette ville,
Candidior fusis venit per colla capillis Germanus, Latise ductus amore togœ, Pannonius patriis e sedibus exulat acer, Gymnasium posilo qui colit urbe sago.
Festiuavit eques Gallus, venere Britanni Vii'gineamque Domine Phaebique Helicona fréquentant. Laus Ducis hsec sacri gloria rara tholi
La correspondance de Louis XI contient, à diverses dates, des lettres de recommandation au duc de Milan pour des étudiants français. Jacques et Louis deValpergue se rendent à Pavie avec une lettre de présentation au duc de Milan^ Guillaume Toustain 3 arrive à Pavie en janvier 1469, pour y
tantura ortamus vos quod publiée proclamari faciatis in quibuscumque partibus quod universi et singuli possint ut eis liceat undccumque venire ad ip«um studium papicnsem cum suis Pbris, rébus et bonis et stare pro libito suc libère et inipunè juxta bonas consuetudines hactenus observatas .-icut proclamatum fuit. {D. min. orig.del. crecienz.25 ag. i 4^2 IX, Brambilla XL) 1. Lancino Corte, p. i, Epiçir. .W-SI.
2 Statuimus continuo vobiscum adesse dominum Jacobum et Ludovicum primogenitum de Valpcrguc, protlionotarium vero et juniorcm, quos jam paler studiis dedico,verat, voliraus in dictione vestra l»apiœ perficiaut et ut nemo objiciat, vos immense precamur ut eisdem liberis et suis, lutum salvum conductum, pro tempore necessario, conccdatis. Louis, 31 décembre IKiO. {Corresp. de Louht XI, t. l".)
3. Guillaume Toustain était abbé de Saint-Etienne de Caen et frerc d Aloys Toustain, ambassadeur et secrétaire-maître des comptes du Roi.
achever ses éludes, avec une lettre de Louis XI, qui le recommande également'.
En 1459, les membres du Conseil fédéral suisse recommandent à François Sforza lodoco de Silinen qui lut depuis évoque de Sion et de Grenoble. Il se rendait à Pavie pour étudier, suivi d'un précepteur-.
Encouragés par la bonne organisation de l'Université, assurés de la bienveillance des ducs de Milan, les étudiants étrangers sont nombreux à Pavie pendant le xv« siècle. Aux termes des statuts, ils procèdent, par Faculté, à l'élection d'un recteur. A la différence de certaines Universités où le recteur doit être un docteur élu par le collège des docteurs, à Pavie c'est un étudiant nommé par le suffrage universel : il doit être célibataire, âgé de 25 ans, être de bonnes vie et mœurs, et de naissance honorable, il ne sera choisi parmi les clercs q«*'à défaut de tout candidat séculier.
Un acte existant dans les Archives de Pavie nous donne la liste de 324 étudiants qui votèrent en 1481, sous la présidence de l'évêque chancelier et du podestat, dans l'église cathédrale lors de l'élection d'un recteur. Deux ultramontains' furent proposés, André de France qui obtint 112 voix, Guilhem de Flandre qui en recueillit 108.
En 4460, Franciscus de Pyrrho, chanoine de Pavie et vice-chancelier écrit au duc de Milan :
Aujourd'hui, 4 juillet, en conformité des Statuts de l'Univer-
1. Qualc intendendo ultimare el studio .suo se lia electo ad questo effecto de fare ia stantia sua per un tempo in la r.itta vostra de Pavia [l. c. 18 janvier 1469).
'2. Nos igitiir omnibus vestris c.ouunodis et profectiii aspirantes, transmittimus ad Y" M" amicos nostros lodocum de Sylinen nobilem et ingcnnum virum ima cum suo pedagogo rectore et magistro laudabilium morum et honestatuni votustate prepollent.es profecturos almam vcstram univcrsitatem Papiensem. Quos cupimus accurate penites et obnixius llagilantes babcri proniolos et eis esse commende et commissioni diligentissinie erga V"" M", vestros officiâtes, nliosque vobis in gymnasio pnpiensi subjectos ut ipsis cxinde fnictus et emolumonlum signatuiu nobis vero grata actio famam vestre Celsitudinis gloriosam anipliandi relinquantur. {Boll.slor. délia Svizzera ital., 188.'). Studeuti Svizzeri à Pavia.)
3. A Bologne les citramontains comprenaient 17 nations et les ullramontains 18 (Savigny, Univ. ital., ch. xxi, § 72). i.es seuls membres jouissant de toultjs les prérogatives élairut les étudiants étrangers. Les étudiants nés à Bologne n'avaient pas voix déliberative dans les assemblées et ne pouvaient exercer aucune des fonctions de l'Université.
— If) —
sité nous nous sommes réunis poui' procéder à, l'élection d'un nouveau recteur. Après avoir l'ait connaître votre intention de réserver cette année le rectorat aux ultramontains' nous avons fait l'appel des électeurs. Ils se sont trouvés tant Allemands que Français au nombre de 20ti. D'acclamation Jean de Luxembourg a été nommé et les étudiants se sont retirés. Les Siciliens sont restés et ont protesté disant qu'ils devaient compter au nombre des ultramontains etils ont nommé François de Sicile par 134 voix, 4 voix allèrent à Jean de Luxembourg et 6 à Philibert le Bourguignon^.
D'un autre document de la môme époque, il résulte que le vice-chancelier de l'Université de Pavie estimait à 300 le nombre des étudiants en médecine et à GOO celui des élèves suivant les cours.
Dans la liste des recteurs^ nous trouvons les noms suivants : llermann, Allemand, 1433; Léonard Vase, Bourguignon, 1443; Pierre Cheravalle, 1460; Bernard Laboquet, 1480; André de Franco, 1482; Jean Trodon, Français, 1487; Jean Cavenage, Dauphinois ^
Le rôle du recteur est de représenter les étudiants auprès de l'administration universitaire, de régler les différends des étudiants entre eux et de faire observer les statuts et règlements. 11 est nommé par chaque Faculté pour un an et reçoit un traitement de 30 à 50 florins". Deux fois par semaine, pendant la leçon du matin il rend la justice sur le siège du bedeau général, chargé de veiller à l'exécution des règlements et d'assurer la régularité des lectures et des exa-
1. ...U^i pi-imum in publicum perlectis 111, D. vestris litteris ejus tenore scilicet ( juod instans anniis iiltramontanorum esset.