‹ Une chaire de médecine au 15e siècleChapitre 34 sur 126 · Forestié. (Bévue scienlifirjue, 10 juillet · texte numérisé non relu

Forestié. (Bévue scienlifirjue, 10 juillet

En regard de ces prix du xv siècle, notons qu'un exemplaire de l'édition de la Practica de 1471 comprenant les deux parties était oll'crt en janvier 1800, dans le catalogue de Rosenthai, de Municti, au prix de f)00 francs.

gent et autres cautions qu'il nous a baillés en sûreté, de ne le faire rendre, ainsi que, selon les statuts de nostre Faculté faire se doit, lesquels nous avons tous jurés aux Saints Évangiles de Dieu, garder et observer, ne autrement ne le pourrions avoir pour nos propres affaires. Priant Dieu, Sire, etc. Ce 29 novembre U71. [Histona Universilatis parisiensis, Du Boulay, t. V, p. 883.)

La composition d'une bibliothèque médicale au xv" siècle est donc fort simple : les Grecs n'y figurent guère que pour mémoire ; les Arabes et leurs commentateurs, imitateurs ou disciples serviles, y abondent; les Salernitains n'y sont admis que pour les ouvrages de recettes, — Les ouvrages qui ont été le plus souvent imprimés avant l'an 1500 étaient aussi le plus copiés de 1400 à 1470; ce sont ceux-là encore qu'on a continué à multiplier en manuscrits alors môme que des exemplaires imprimés étaient entrés dans la circulation. Les manuscrits du xv'" siècle contiennent des ouvrages de médecins salernitains, de chirurgiens italiens, des compilations sur l'hygiène tirées des Arabes, des Herbiers, des recettes, et de mauvais vers. Des 90 manuscrits composant la bibliothèque de Ferrari, presque tous ont été imprimés comme on l'a vu. Au début, l'imprimé n'a été qu'une contrefaçon du manuscrit destinée à rendre la copie plus facile et moins coûteuse.

S'il est intéressant de pénétrer dans la bibliothèque d'un médecin du xv" siècle pour voir ce qui s'y trouve, il n'est pas moins instructif de constater les lacunes qu'on y remarque au premier coup d'œil.

« Parmi les Grecs, dit Daremberg, un médecin du xv° siècle ne connaît ni Arétée', ni Oribase ^ ni Paul

•1. Arétée, considéré comme un des grands médecins de l'antiquité, vivait au temps de' Domitien; il fut inconnu du moyen âge, et sa renommée fut ensevelie jusqu'à la renaissance des lettres. 11 écrivait en dialecte ionien. Le seul de ses ouvrages qui nous soif parvenu parut d'abord dans la traduction latine de Crassus, professeur à Padoue : Aretœi libri seplem nunr primum e tenehris eruti el in laiinum sennonem convei-si (Venet., 1552). Boerhaeve a publié une édition d'Ârétée (Leyde, 1731).

2 Oribase, médecin de Pergame ou de Sardes, vivait dans la première moitié du v 'siècle de notre ère. 11 fut médecin de l'empereur Julien. Simon de Colines a publié pour la première fois en 1533 ses Commenlaria in uphorismos Wvpocratis qui furent imprimés la même année à Bâie par Cratandre (vovez Ph Uenouard, Bibl. de Simon de Golines, p. 217). En 1851, Daremberg et Bussmaker ont publié une édition de cet auteur avec la traduction française.

d'ÉginC, qu'on avait cependant plusieurs fois traduit dans la première période du moyen Age; sans les Gloses de Jacques des Parts, il ne saurait rien d'Alexandre de Traites-. Il ignore complMement les productions de la médecine néo-latine; on ne les copie plus, on ne les imprime pas davantage. Gariopontus ^ si célèbre autrefois, ne revoit le jour que dans les premières années du xvi" siècle. Les vieux Salernitains restent complètement dans l'ombre; toutefois, le moine Constantin ^ n'a pas succombé sous sa réputation de plagiaire ; on continue à le copier, en attendant qu'on l'imprime. »

Cet inventaire de la littérature médicale au xv« siècle n'est pas ime œuvre de fantaisie, puisqu'il résulte du dépouillement des bibliographies spéciales et des catalogues de manuscrits. Consultez le catalogue de la Bibliothèque d'un médecin du xiv° ou du xv^ siècle, qu'il exerce à Paris, à Dijon, à Padoue ou à Pavie, c'est toujours les mêmes auteurs qui sont consultés et commentés.

Voici, pour terminer, le relevé des auteurs cités par Ferrari dans sa Practica, avec le nombre des citations :

Avicenne, 3 100. — Rhazès, 1 280.

— Galien, 1160. — Mesué, 540. — Gentilis, 330. — Sérapion, 340. — Avenzoar, 180. — Azaravius ou Albucasis, 160. — Gérard de Crémone, 160. — Alexandre de Tralles, 160. — Nicolas de Florence, 150.

— Hippocrate,140. — Rabi-Moyses, 80. — Simon de Gênes, 80. — Le Conciliator, 72. — Haly-Abbas, 52.

— Gordon, 30. — Paul d'Égine, 25.

— Gilbert l'Anglais, 30. — Aggre-

galor, 24. — Aristote, 20. — Commentator ou Averrhoes, 40. — Oribase, 20. — Dioscoride, 20. — Roger, 15. — Albert, 15.

Sont cités plusieurs fois :

Platon. — Rufus d'Éphèse. — Apollonius. — Isaac. — Ameck. — Constantin. — Daraascenus. — Thadée. — Théodoric. — Lanfranc.

— Mundini. — Barzizius. — Guillaume de Brescia. — Jean d'Arcoli.

— Benedict de Nursia.

1. Pai L d'Eoine, médecin du vn= siècle, étudia à Alexandrie. IJ a écrit sept livres ; c'est un compilateur précieux qui donne un abrégé et des fragments de ses prédécesseurs. Son ouvrage est le dernier de la médecine grecque classique. Il a été traduit en arabe au ix' siècle, et de l'arabe en latin. Une traduction de Paul a été faite en 18.55.

'2. Alexandre de Tralles, médecin grec du vi' siècle, exerça à Rome; il fut traduit avant le ix» siècle (Daremberg). La Bibliothèque Nationale possède un manuscrit de cette date. Alexandre a écrit De Arte medica libri XII et Practica iatros.

3. Gariopontus florissait vers l'an 1040, il a écrit le Passinnnarium , qui est surtout un recueil de thérapeutique : il nous fait connaître ce qu'était la médecine néo-latine à l'école de Salerne avant l'introduction des livres arabes.

4. Constantin l'Africain fut le premier qui fit quelques traductions de

LA TtOr.TRlNF MÉDlCALi;. — LHL'MOlUSME

La doch-inc de Ferrari, celle qu'il enseignait à ses él^.ve.s d« Pavie, celle qu'on rencontre dans ses ouvrages, est basée sur deux théories : l'une est dite des quatre éléments, l'autre des quatre humeurs. Toutes deux, à l'époque où professait et pratiquait Matheus n'étaient pas précisément nouvelles, car la première eut pour auteurs Pythagore et Empédocle,et la seconde Hippocrate. Quant à la doctrine elle-même, elle est de Galien. Il n'est pas de médecins qui n'aient entendu parler du galénisme, de la doctrine humorale, de l'école dogmatique et pourtant il n'est pas téméraire de prétendre que beaucoup seraient disposés à renvoyer à Molière pour plus de renseignements. Or, pour comprendre les ouvrages du moyen âge, il est nécessaire de connaître tout au moins dans ses grandes lignes une doctrine qui eut quelques siècles de célébrité.

Pythagore et Empédocle avaient, on le sait, distingué quatre éléments : le feu, l'air, Veau et la terre, dont les quatre qualités sont respectivement, le chaud, le froid, l'humide et le sec. Les corps sont constitués par les quatre éléments, et leurs qualités dépendent des qualités de ces (i\tments mêmes. Et suivant que ceux-ci sont ou non mélangés dans des proportions harmonieuses, les qualités des corps subissent ou non des variations. La qualité d'un corps n'est pas unique, puisqu'elle participe de la qualité de chacun des éléments constitutifs entre certains desquels il y a opposition qualitative. Ainsi :

L'eau est froide et humide. — La terre est froide et sèche. — L'air est chaud et humide. — Le feu est chaud et sec.

Appliquant ces données primordiales de la théorie des

éléments à la théorie hippocratique des humeurs qui sont :

le sang, la pituite ou flegme, la bile jaune, la bile noire on

mélancolie, Galien créa cette fameuse doctrine qui a régenté

Varabe en latin : Ï0i:i-108". Ses ouvrages ont servi par suite de l'ignorance du grec et la pénurie des traductions latines. Leclerc cite parmi ses ouvrages i^Fantegni, traduction du Maleki d'Ali Abas, le Viatique, traduction d Lbu Eddjezzar, et le Traité des urines et des fièvres, d'Fsaac.

la science médicale jusqu'à une époque encore assez rapprochée de nous.

Comme les solides, les quatre humeurs sunl formées par un mélange de quatre éléments avec leurs qualités, sécheresse, humidité, chaleur, froideur, à des degrés divers selon l'accord ou l'opposition des éléments. Et c'est du juste équilibre des qualités humorales, de leur harmonie, que résulte l'état de santé. Au contraire que l'une quelconque des humeurs vienne à prédominer d'une façon exagérée ou à subir certaines modifications, et l'état de maladie sera constitué.

Chaque humeur est naturelle ou non naturelle. Naturelle, lorsqu'elle est ce qu'elle doit être pour l'état de santé parfaite et l'entretien du corps ; non naturelle, dans les conditions inverses. Deux exemples : la mélancolie, bile noire ou atrabile est de deux sortes : naturelle, non naturelle. La mélancolie naturelle peut varier dans certaines limites. Ainsi, une humeur mélancolique peut être plus ou moins froide ou sèche sans cesser d'être naturelle; mais, au delà d'une certaine limite de sécheresse ou d'humidité, par suite du mélange de quelque autre humeur ou de quelque manière que ce soit, elle deviendra non naturelle. De même le sang est de deux sortes : naturel et non naturel. Le premier est une humeur rouge, claire, très douce, dépourvue de toute mauvaise odeur et saveur, mais qui peut changer, se modifier dans certaines circonstances. Le sang qui n'est plus naturel est formé de cinq manières :

1" Il est trop faiblement cuit par rapport à la cuisson nécessaire pour fournir du sang naturel ; aussi est-il moins rouge et moins chaud;

2° Il est plus cuit qu'il ne faut ;

30 11 est trop épais ou trop grossier ;

i'' Il est trop liquide ou trop subtil;

S'* Il se môle au sang naturel quelque autre humeur qui le transforme.

Mais comment se fait la génération des humeurs?

L'aliment mâché est attiré par la vertu attractive de l'œsophage et chassé dans l'estomac par la vertu expulsive du même organe. Dans l'estomac, l'aliment est digéré une première fois, et la partie pure et utile est convertie en

chyle, loqucl pénelre dans l'iiitoslin grôle où il est sucé et alliré par les veines mésaraïques qui le conduisent à la veine porte. Celle-ci à son lour conduit le chyle dans le foie qui jouit d'une chaleur et d'une vertu spéciales, et là il est houilii, cuit et digéré pour la seconde fois. Or le chyle, par ébullition, donne les quatre humeurs que nons savons, i.a première est une écume blanche qui surnage et qui est le flegme; la seconde est une substance subtile, brune ou jaune, qui se forme par l'excédent de la chaleur de la digestion, c'est la bile. La troisième humeur est celle qu'engendre la chaleur tempérée de la digestion ; elle est plus pure que les autres, de couleur rouge, c'est le sang. Enfin la quatrième est le résidu ou le dépôt de toute la masse et s'appelle la mélancolie, atrabile ou bile noire.

Chacune de ces humeurs étant formée par les quatre éléments est dite de la nature de l'élément prépondérant dans sa composition. Ainsi :

Dans le sang l'air est surabondant ; le sang est donc chaud et humide comme l'air. Il nourrit principalement les parties musculaires; il est distribué par les veines et donne la chaleur à tout le corps.

Dans la bile jaune, le feu est surabondant ; la bile est chaude et sèche. Elle excite la vertu expulsive des intestins et nourrit les parties qui approchent le plus de sa qualité.

Dans la mélancolie, la terre prédomine ; la mélancolie est froide et sèche. Elle excite l'appétit et nourrit la rate et toute , autre partie qui lui est semblable en température, les os, par exemple.

Dans le flegme ou pituite, l'eau est surabondante ; la pituite est froide et humide ; elle nourrit le cerveau et toutes les parties froides et humides, tempère le sang et facilite le jeu des articulations.

Lorsqu'elles ont subi la seconde digestion, les humeurs sont séparées de telle sorte que chacune d'elles, excepté le flegme, a un réservoir spécial, où elle est conservée pure et sans mélange. Ainsi la mélancolie pure qui est la lie déposée par toute la masse humorale, est attirée par une faculté divine du foie dans la rate. La bile jaune, séparée des autres humeurs, est attirée de la môme façon dans la vésicule du

fiel; le sang est attiré de môme clans les veines. Ce sang d'ailleurs n'est pas tout à fait pur, il renferme un peu de chacune des humeurs, mais dans une proportion harmonique convenant à la santé. Par exemple, un membre flegmatique sera nourri par un sang flegmatique ; un membre bilieux par un sang bilieux et ainsi pour les autres. Le flegme, avons-nous dit, n'a pas de réservoir propre ; la plus grande partie en est conservée dans les articulations, dans le cerveau et dans les poumons, à seule fin de réhumecter ces organes desséchés par un mouvement continuel, et aussi dans les veines avec le sang. Au surplus, le flegme n'est qu'un sang imparfait que la chaleur naturelle du corps peui transformer en sang pur. C'est la raison pourquoi la nature n'a destiné aucun lieu spécial pour le séparer du sang comme elle a fait pour la bile et l'atrabile.

La santé dépend, répétons-le, de l'harmonie des quatre humeurs. Alors, elles se tempèrent les unes les autres ; il y a équilibre parfait entre les éléments et leurs qualités. Mais, en réalité, cette harmonie complète est rare. Les mélanges humoraux sont le plus souvent imparfaits, et constituent les lempéramenls.

Il y a quatre tempéraments simples, sanguin, flegmatique, bilieux, mélancolique, et quatre tempéraments composés suivant la prédominance de l'une ou de l'autre des qualités élémentaires, le froid, le chaud, etc.

En outre des tempéraments généraux, il y a des tempéraments particuliers pour les organes; le cerveau, pour ne citer qu'un exemple, est chaud ou froid, sec ou humide.

En somme, par tempérament ou complexion, il faut entendre un mélange ou plutôt un accord des quatre qualités élémentaires, chaleur, froideur, humidité, siccité, lesquelles sont entre elles directement contraires. C'est cet accord que les Grecs nommaient cmse, euchémie. Le corps qui renferme en lui-même pareil mélange est dit tempéré ; il jouit d'un tempérament tempéré. Si l'harmonie qualitative vient à cesser, le tempérament devient intempéré.

La prédominance de telle humeur varie selon l'âge, la saison, le climat, etc. Le sang est plus abondant au printemps et dans l'adolescence ; la bile en été et chez les adultes.

Voici d'ailleurs un polit tableau qui aidera à comprendre les applications de la théorie dogmatique :

1" Quand l'air est prédominant, les qualités dominantes sont l'humide et le chaud ; c'est ce que l'on observe dans les climats tempérés, le printemps, le sang, l'enfant, le tempérament sanguin, les maladies sanguines.

2° Avec la prédominance du feu, c'est le chaud et le sec qui dominenl comme dans les climats chauds et secs, l'été, la bile, la jeunesse, le tempérament bilieux, les maladies bilieuses.

3« Avec la terre, c'est le sec et le froid, comme dans les climats secs et froids, l'automne, l'atrabile, l'âge viril, le tempérament mélancolique, les maladies cachectiques.

4" Avec l'eau, c'est le froid et l'humide, comme dans les climats froids et humides, l'hiver, la pituite, la vieillesse, le tempérament pituiteux, les maladies catarrhales '.

« Il n'est pas difficile, écrit Dechambre dans son Dictionnaire, de reconnaître la trace de ces vues dans ce qui se dit encore aujourd'hui sur les constitutions médicales, les maladies saisonnières et les maladies climatériques ; sur le tempérament bilieux des hommes du Sud et le tempérament lymphatique des hommes du Nord ; sur les affections bilieuses de l'été et des climats chauds, sur les affections catarrhales de l'hiver et des climats froids. »

La théorie dogmatique s'inquiète beaucoup de toutes les conditions qui régissent le corps de l'homme; ces conditions sont comprises dans les choses dites naturelles, non naturelles et leurs annexes, et dans les choses contre nature.

Par choses naturelles, il faut entendre celles qui composent la nature môme de l'individu. Elles sont au nombre de sept : les éléments, les tempéraments, les humeurs, les membres ou parties, les vertus ou facultés, les opérations ou fonctions, et les esprits. Ces choses naturelles représentent l'anatomie et la physiologie.

Les choses non naturelles, qui constituent l'hygiène, sont celles qui, bien ordonnées, conservent la santé et qui la détruisent lorsqu'elles ne sont pas prises avec ordre. Il y en

1. liEAuonAND et IIaxn, in Traité dlémenlaire d'hi/gièiie de Uccquerel.

a six : l'air, le boire el le manger, le mouvement et le repos, If dormir et le veiller, l'cxcrélion et la rétention, les passions ou aiïections de l'àme.

Les choses annexes aux non naturelles sont au nombre de cinq : le temps ou la saison de l'année, la région, le coït, l'état ou la condition des personnes, c'est-à-dire la profession, le bain et la coutume ou habitudes.

Par les choses contre nature, qui constituent proprement la pathologie, il faut entendre celles qui détruisent la disposition naturelle des corps. Elles sont trois : les maladies, les causes et les signes.

Le manquement aux choses non naturelles, à l'hygiène, expose aux maladies. Celles-ci se manifestent par le défaut d'harmonie des qualités élémentaires, par des iniempéries tantôt simples, chaudes, sèches, etc.; tantôt composées deux à deux, chaudes et humides, etc. Quant aux humeurs, elles sont altérées par excès, par diminution ou bien dans leur composition. Ces altérations sont aussi des intempéries. L'excès constitue la pléthore. Elle est sanguine, bilieuse, flegmatique, mélancolique. La vraie pléthore est la sanguine qui n'altère pas la qualité des autres humeurs, tandis que les pléthores bilieuse, flegmatique ou mélancolique infectent tous les liquides y compris môme le sang, et peuvent alors provoquer la cacochymie générale.

Les humeurs, à l'exception du sang, peuvent être altérées dans leur composition, dans leur crase. Elles ont alors trop de feu, trop d'humidité. Elles deviennent plus chaudes, salées, acides, acres, fermentent et corrompent le sang. Ces altérations humorales prennent le nom de putridités. L'inflammation est due à l'introduction du sang dans des parties qui normalement en sont dépourvues. Elle est phlegmoneuse si le sang s'introduit seul; pneumatique, œdémateuse, érysipélateuse, squirrheuse si l'air, le flegme, la bile où l'atrabile viennent s'y joindre.

Les indications de la thérapeutique étaient en rapport avec ces doctrines. On se proposait d'agir sur les humeurs pour les atténuer, délayer, épaissir, rafraîchir, échauiîer, purifier, repousser, évacuer. Deux médications principales étaient en présence : purifier les humeurs pour les ramener

— iOi —

à leur crase; dvacuer les humeurs viciées ou surahondanles. Le précepte londamontal est de combattre la maladie par ses contraires, d'aider la nature en dirigeant ses ell'orts utiles ou en les imitant. Le médecin, ayant déterminé la nature de la maladie, et pour corriger les intempéries chaudes, froides, sèches, humides, ordonne des médicaments opposés qui dans son esprit doivent abattre l'excitation, rafraîchir, calmer, tempérer.

Les médicaments sont de deux sortes. Un médicament est tempéré quand, étant mis en rapport avec le corps, il n(^ change pas ses qualités complexionnelles. Les médicaments tempérés ont peu d'action; ils servent d'excipients.

Le médicament est intempéré lorsqu'il change les qualités du corps et lui communique quelque qualité qui domine en lui et pour laquelle on l'appelle chaud ou froid, sec ou humide. Ces médicaments intempérés sont les médicaments actifs. Ils sont classés d'après leurs qualités élémentaires, d'après la quantité dont l'une ou plusieurs de ces qualités dépassent l'état de tempérie ou d'harmonie parfaite entre les qualités complexionnelles. Us échauffent, refroidissent, humectent, dessèchent, mais non pas tous également, et l'on admet quatre degrés dans les qualités des médicaments selon leur intensité, mais il faut qu'ils dépassent nettement la tempérie, le tempérament du corps. Dans le premier degré, la qualité dominante du médicament se fait sentir modérément; dans le second, manifestement; dans le troisième, grandement; dans le quatrième, elle détruit. Par exemple, la chicorée est froide au premier degré; le poivre est chaud en puissance et au quatrième degré; la ciguë, froide en puissance; le feu, chaud actuellement; les caustiques chauds en puissance.

Les effets des remèdes sont primitifs ou consécutifs. Les effets primitifs se montrent avec une rapidité variable. Le feu échauffe sur-le-champ, le castoreum après un certain temps. Ces effets leur sont naturels ou accidentels, suivant qu'ils tiennent à leur essence ou à une circonstance particulière; l'eau est froide naturellement, chaude par accident.

Les effets consécutifs succèdent aux précédents et sont très divers. Par eux les pores sont ouverts ou resserrés, les

tissus tendus et durcis ou bien rclàchds et assouplis; les humeurs modifiées, les coctions, les maturations, les crises préparées, les évacuations et les éruptions critiques aidées ou opérées. Enfin il y a des remèdes suppuratifs expectorants, sédatifs, etc.

Telle est résumée cette doctrine humorale qu'adoptèrent les médecins et chirurgiens occidentaux du moyen âge. C'est elle qu'on rencontre dans tous les ouvrages du xv*^ siècle qui pour la plupart furent écrits par des Italiens, car l'Italie était alors à la tête du mouvement scientifique en Europe. Elle est le fondement des commentaires, pratiques, consultalions, expositions, clarifications, régimes de sanlé, etc., qu'ils aient été écrits par Guaineri, Gatinaria, J. de Goncorregio, Guillaume de Brescia, Christophorus de Barzizis, Hugo de Bentius, Savonarole, Montagnana, Sillanus, Ferrari daGrado, Baverius de Baveriis, Herculanus, etc. Toute cette littérature si abondante est construite sur une base commune, le galénisme mitigé d'arabisme.

Page 1