‹ Une chaire de médecine au 15e siècleChapitre 36 sur 126 · Voir Consul/. LVll · texte numérisé non relu

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royales. On peut s'étonner de cette désinvolture du médecin soignant à distance et par lettre ses malades. Mais ceci est courant dans la seconde moitié du moyen âge. Ne pas voir le patient, établir diagnostic et traitement d'après des rapports plus ou moins exacts sont choses qui n'embarrassent pas le médecin, et sa consultation n'en sera pas moins fournie en doctes et longues formules. Les symptômes de l'affection sont-ils par trop vaguement indiqués par le malade ou par l'intermédiaire? Ferrari se plaint de l'obscurité des renseignements. <( Il ne m'est pas permis, dit-il dans telle de ses consultations, de donner un avis tout à fait précis. Les symptômes de l'afïection ne me sont pas exposés au complet. Le malade a-t-il encore en ce moment de la fièvre? Le pouls est-il petit ou ample? Comment sont les urines? Y a-t-il un dépôt? Une foule de détails très importants ne me sont pas envoyés, et je suis dans l'embarras pour répondre en vraie connaissance de cause. Galien ne dit-il pas?... ».

Il répond cependant en plusieurs colonnes chargées de médicaments*. C'était d'ailleurs une habitude assez répandue chez les riches d'alors d'envoyer quelqu'un de leur maison consulter pour eux le médecin et demander une ordonnance. Le malade, entre autres renseignements, faisait porter par son messager un récipient contenant son urine.

1. Voici ce que dit Henri de Muiulcvillc sur ces consullations à distance : « On nous demande fort souvent conseil, à nous chirurgiens, sur le traitement dos malades que nous n'avons pas vus, ni ne pouvons voir, à cause de l'absence et de l'éloignement des malades qui ne peuvent ôtre transportés, tandis que nous ne pouvons non plus nous rendre auprès d'eux. Dans ces conditions, il n'est ni bien ni conforme aux préceptes de l'art et d'une bonne conscience de formuler une prescription de traitement curatif, pour des malades difficiles à .nuérir, comme en cas de cancer, de fistules, etc. 11 est permis toutefois, après s'être légèrement excusé, de prescrire un traitement palliatif. Dans les maladies faciles à guérir, dans les petites plaies récentes, par exemple, dans les furoncles, apostômes, légères contusions, etc., on peut donner une prescription curative à des personnes absentes... On rirait bien des cbirurgiens, si pour la moindre maladie, comme pour une grande, il fallait que le patient comparût personncUèment devant eux... Enfin, peut-être les envoyés de gens gravement malades nous diront qu'ils connaissent aussi bien que le patient lui-même toutes les particularités de la maladie, mais ce n'est pas possible, car personne ne saurait tirer du malade des renseignements aussi appropriés et aussi utiles du cas particulier que le chirurgien traitant. Le patient ne serait p;is attentif aux questions, si elles ne lui étaient pas faites par le chirurgien. De plus, si les messagers rendaient compte exactement de l'état du malade, tel qu'il était la veille, ce (pii même n'est pas possible, ils ignoreraient complètement ou en partie l'état présent, car il a déj;i rliaiiLrc dans l'intervalle. »

MESSAGEHS VENANT CONSL-LTElt LE MÉDECIN A LA SOUTIE DE SON C. O U B S D'aPKÈS MONTAONAN a. (est. de la «IBL. NAT.)

La univure ci-contre représente deux messagers pénétrant dans le local môme où se font les cours de médecine. Ils apportent au physicien entouré de confrères des bocaux d'urine. Et ceci n'est pas spécial à l'Italie. . Il y avait, dit Nicaise, des médecins, physiciens, clercs, chanoines, comme étaient pour la plupart les maîtres-régents de la Faculté de Paris que leur dignité empêchait de visiter les malades et qui donnaient leurs consultations en interrogeant le messager du malade et analysant les urines de celui-ci. Cette coutume disparut peu à peu après la réforme du cardinal d'Estouteville en 1432, qui obligea les nouveaux docteurs-régents, qui ne recevaient plus de prébendes de l'Église, à s'occuper activement de clientèle. C'est de là que date la lutte de la Faculté contre les chirurgiens'. »

Les Consilia étaient au xV^ siècle une forme d'ouvrage que les médecins-professeurs employaient volontiers. Consilia de Cermison, de Montagnana, de Baverius de Baveriis,

d'Ugo Benlius.

Daremberg, qui le premier en France compulsa avec soin les ouvragés italiens du xv« siècle, dit que, tout en étant aussi diffus que les recueils à' observations du xvi« siècle, ces Consilia du xV offrent parfois plus d'intérêt, car ils nous fournissent une foule de détails sur les mœurs, les pratiques et la littérature médicales qui font trop souvent défaut dans ceux du xvi^ C'est au savant professeur que nous demanderons un avis motivé sur les Consilia de Ferrari :

Sprengel, dit-il — à propos des Consilia de Baverius et de ceux de Matheus Ferrarius de Gradibus, — déclare que ces recueils ne contiennent rien d'intéressant, rien qui mérite louange ou attention. Voilà qui est bientôt dit; plus tôt dit en elfet que de lire des milliers de pages in-folio à deux colonnes en petit texte gothique! Comment! en tant de page^,, pas une consultation, pas une ligne, pas un mot sur quoi on puisse appeler l'attention de ses auditeurs ou de ses lecteurs? Il n'est donc pas intéressant de dire que les Consilia de Matheus Ferrarius ont été rédigés de façon qu'ils soient autant de commentaires des chapitres correspondants d'Avicenne? 11 n'est donc pas intéressant non plus de nous

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