‹ Une chaire de médecine au 15e siècleChapitre 74 sur 126 · LXXXI. C POUR UNE NOBLE DAME ALLEMANDE, ATTEINTE · texte numérisé non relu

LXXXI. C POUR UNE NOBLE DAME ALLEMANDE, ATTEINTE

PÉRIODIQUEMENT DE DÉLIRE FURIEUX « CUM DESIDERIO COEUNDI » DANS LE TEMPS Qu'eLLE n'eST PAS ENCEINTE,

et chez qui pareil accident ne se produit pas dans l'etat de gestation!

^ Très savant docteur, je reçois la lettre dans laquelle vous me demandez une consultation sur un cas difficile ; d'autant plus difficile, que la malade dont vous parlez est dans un âge où les femmes peuvent avoir des enfants. Avec le progrès des années, en effet, l'alfection dont cette dame est atteinte est moins à craindre, ce qui me donne même à penser que chez elle la guérison pourrait survenir sans médicaments, et par la seule influence du temps. C Mais voici le cas. Une noble dame, jeune encore, de tempérament sanguin, forte, le visage coloré, le corps bien fait, a vécu long-

gillum). Terre de Lemnos : bol d'Arménie ou bol oriental. Ce dernier médicament était une argile ocreuse rouge (couleur due à de l'oxyde de fer), tonique et astringente.

temps de façon très chaste avec son mari. Or, depuis quelques années, il lui advient de temps à autre un trouble de l'esprit avec délire furieux, et cela, alors qu'elle n'est pas enceinte. Lorsque l'attaque apparaît, tout son corps est agité de tremblements ; chaque membre en particulier est animé de secousses, même si on l'immobilise, et cette attaque dure quelques jours. Au moment où elle va éclater, on perçoit un bruit qui sort du ventre de la malade ; il est si net que le mari couché près de sa femme l'entend très distinctement. C'est là le signal de l'agitation et aussi des désirs libidineux. Et comme le mari ne veut pas ou ne peut pas satisfaire à ces désirs immodérés, la malade reste éveillée, et puis commence à entrer en furie. Mais vient-elle à être enceinte? Les accidents disparaissent jusqu'après l'accouchement. Ils réapparaissent si une nouvelle grossesse n'intervient pas. C C'est un cas à peu près semblable que rapporte Azaravius en son chapitre de VEpilepsie, mais chez un homme. Il raconte avoir vu un épileptique qui, avant son attaque, était pendant quelque temps comme furieux, cherchant une femme « ad coïtum. Et cum egisset cum ea, post emissionem seminis, cessabat paroxysmus epilepsie et preservabatur a casu ». C La cause des accidents observés chez celte dame tient vraisemblablement à son tempérament sanguin. Il en résulte une production considérable de liquide séminal, et, comme d'autre part, et pour la môme raison, la matrice et les testicules * sont chauds, le liquide séminal lui aussi devient chaud, sec et piquant, provoque du prurit et incite à de grands désirs vénériens. Il convient d'ajouter, par ailleurs, que cette dame, dans sa jeunesse, eut avec son mari de très fréquents rapports; elle a donc du fait même de sa nature une grande quantité de liquide séminal à dépenser. Comme conséquence, son mari étant maintenant ou bien affaibli, ou bien plus réservé dans ses mœurs, cette matière séminale s'agglomère et stagne dans ses vaisseaux conducteurs produisant une sensation d'échauffement intense et même de brûlure. Cette chaleur portant alors ses effets sur la matière sanguine ou telle autre contenue dans la matrice, une certaine quantité de cette matière est transformée en ventosités. Accumulées d'abord dans la 1. Les testicules, c'est-à-dire les ovaires.

matrice, ces dernières se portent bientôt en diverses parties du corps pour y produire un engourdissement appréciable. D'autres vapeurs, arrivant aux méninges et au cerveau, y produisent de la sécberesse, excitent leur sensibilité et par là provoquent l'état de veille. De plus, mélangées aux esprits animaux dans les opérations discursives, elles troublent l'esprit. Il y a bouleversement des idées dans le cerveau, et conséquemment apparition d'images diverses, idoles et autres visions. De là aussi le trouble des mouvements, qui donne à la malade l'aspect d'une femme furieuse. Et comme aussi ces vapeurs proviennent de la matière spermatique, la malade est portée à désirer ardemment le coït. Peut-être aussi, dans le cas particulier, y a-t-il rétention des menstrues : la matrice alors est brûlée par des vapeurs qui l'excitent et provoquent des désirs vénériens. — 11 est évident qu'avec la grossesse, tout rentrant dans l'ordre naturel, il n'y a plus de vapeurs remontant jusqu'au cerveau, et par suite le sommeil réapparaît, tandis que disparaissent les aberrations de l'esprit. On ne constate pas davantage alors ce tremblement, ces secousses des membres observées précédemment, car les vapeurs et ventosités qui s'étaient glissées sous la peau et cherchaient inutilement à sortir, provoquant ainsi cette agitation du corps, ces vapeurs ont disparu. Et en voici assez sur l'affection dont souffre cette dame. C J en arrive aux remèdes. Deux indications principales doivent être établies d'abord : diète d'une part, médicaments d'autre part. C Diète. 11 faut éviter tout ce qui peut augmenter la quantité du sang ou du liquide séminal : s'abstenir des choses aigres, brûlantes, subtiles pouvant brûler la matière. |[ L'air de l'habitation devra être froid ou assez froid. Éviter une atmosphère étouffante ou échauffée par la combustion de parfums. C Pas de inouvements superflus du corps et de l'âme. Un état de veille trop prolongé est nuisible. Il faut se reposer et dormir ; et dormir sur un lit froid et dur. Il sera bien, surtout en été, de répandre sur les draps du lit de la poudre de rose, de violette, de nénufar et de jusquiame. Ne pas dormir sur le dos. Pas de colère, pas d'agitation, pas de pensées tristes. S'abstenir avec soin de porter son imagination sur les choses vénériennes.

Devant la malade on ne parlera pas decoïl; et elle ne frayera pas avec des femmes jeunes et luxurieuses et moins encore avec des hommes et des adolescents de formes é\é- «antes. Qu'elle dirige son esprit vers les sujets de morale. En résumé, cette dame devra craindre tout ce qui, par l'œil, l'oreille ou le tact pourrait l'inciter à l'acte vénérien. ^ Aliments et boissons. L'alimentation sera froide, peu nourrissante et à peu près styptique. Pas d'œufs à la coque, pas de viande, de quelque espèce qu'elle soit, ou alors en très petite quantité, bouillie et non rôtie. On ajoutera au bouillon une substance styptique, vinaigre, plantain, morceaux de citron, pomme des bois ; ou encore quelques grains de grenade, de berberis, de sumac, etc. Les aliments seront toujours pris par petits morceaux et non en grande quantité. Le pain sera fait non pas avec la pure farine de froment, mais on ajoutera à celle-ci un peu de farine de millet, de la fleur de farine et un peu de son; il ne sera pas trop fermenté, et, si cela était, il faudrait enlever la croûte. Si l'on mange de la viande, elle devra pendant quelque temps rester confite dans du suc de limon, du jus de citron, de berberis ou de grenade. Les viandes de choix sont : chair de chèvre, d'agneau, de veau encore allaité; on aura soin de prendre les parties musculeuses. Sont interdits : poules, pigeons, oiseaux des montagnes, perdrix, sternes et autres volatiles, de même aussi les chapons, car en général pareille nourriture est lourde et de digestion difficile. Parmi les viandes encore, on peut manger pieds de porc, chair de cerf et de bœuf. Gomme légumes, les lentilles surtout conviennent ; il faudra laisser de côté les purées de pois et de fèves, à moins d'y ajouter un peu de vinaigre. Conviennent également les décoctions de millet et de panis, le lait caillé dont on a extrait le beurre ; la laitue, le pourpier, la mauve, le plantain. On ajoutera à tous ces légumes un peu de verjus, mais on n'usera pas d'espèces aromatiques, telles surtout que poivre, cannelle et safran. Que si l'on veut toutefois assaisonner les mets, on mettra dans les plats une poudre ainsi faite : V. Roses, corail, coriandre, à peu près an. 5. 5. macisS |.ij. cubèbe, 3.i. safran,

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