‹ Une chaire de médecine au 15e siècleChapitre 76 sur 126 · Artémise ou armoise. L'abrolanon en est une espèce · texte numérisé non relu

Artémise ou armoise. L'abrolanon en est une espèce

main, on prendra le sirop suivant : ^. Sirop de rose, J.i. sirop d'absinthe, 5-5. jus d'endives, vinaigre, buglosse, aii. 2.i.5. le tout mélangé. Je serais aussi d'avis, pour éviter la rétention des menstrues, qu'on fît tous les mois, et deux jours avant l'apparition des règles, et avant le repas, une lotion sur les jambes d'une durée de une heure avec la décoction ci-après : iV. Camomille, melilot, matricare, aii. tt\^.i. rue, abrotanon, an."],. 5. sauge, n^^.i. dans trois parties d'eau et une partie de vin blanc. Lotion, puis friction d'un quart d'heure. Si cette pratique n'a pas de résultats, et que le tlux mentruel ne se montre pas abondant, on aura recours une fois par jour à la poudre suivante : ly. Nard, semences d'ache, an.s. graines de millefeuilles, 3.5. safran, s.ij. Mêlez. Prendre dans s.iij de décoction de pois.

Et lorsque les règles sont terminées, après un jour de repos, il faut, « ut vir secum conjungatur ad sufficienter complendum actum, quoniam illud tempus est aptum ad pregnationem, et cum per illum actum mittitur materia spermatica mulieris cujus retentione causantur dicta accidentia ut fuit supra dictum : et sic preservatur ab eis ». Il sera bon aussi de refroidir la matrice après la période menstruelle, en usant de la préparation calmante que voici : W. Roses, myrtes, sumac, fleurs de nénufar et de jusquiame, an. n|. 5. camomille, J^l. i. semences de chanvre, S. i. Faire bouillir à plusieurs reprises dans deux bocaux d'eau et I. ij. de vinaigre de vin blanc. Prendre ensuite une éponge ou une compresse, la faire infuser dans cette décoction, l'exprimer et l'appliquer à quatres travers de doigt au-dessous de l'ombilic. Répéter cette pratique deux ou trois fois, puis en venir à l'emploi de la composition qui suit pour onction : b/. Huile rosat, huile de courge, an. S. i. huile de nénufar et d'absinthe, an. 1 5. On pourra également faire une onction en arrière dans la région rénale avec un onguent froid. Car en raison des rapports étroits qui existent entre la matrice et la région des reins, la sensibilité de ces organes pourrait se trouver atteinte. Dans ce cas, on aurait recours à l'onguent ci-après : W. Suc de laitue, de solanum, an. I. 5. huile rosat, 2.1. huile de myrte, 2. 5. mucillage de psyllium, 3. ij gallei mastic, acacia, hématite pulvérisé, an. 9. ij. un peu de

vinaigre et de cire. Composer «m onguent qui sera appliqué autour des reins tous les deux jours, en laissant quatre jours d'intervalle après le 15" jour, et lorsque la malade n'est pas enceinte. Dans la môme intention , je loue l'usage de la composition suivante : ly. Mirabolan de toutes les espèces, an. 5. i. benoîte, noix muscade, coriandre préparé, galles, an. s. 5. roses, 3. ij. avec sucre dissous dans de l'eau d'absinthe et de plantain en quantité suffisante. Faire une composition qu'on partagera en morceaux. On prendra un morceau de 5. iij. par fois, trois jours de suite dans le mois. Et voilà qui suffit dans l'intervalle des paroxysmes.

4[ Mais la femme est-elle en période d'attaque, dont le début, comme il a été dit plus haut, est annoncé par l'absence de sommeil les jours précédents, et par ce bruit sortant du ventre? Une indication s'impose, qui est de forcer les vapeurs à descendre vers les régions inférieures, et de fortifier la tête, afin qu'elle ne soit pas fâcheusement influencée par les mauvaises vapeurs. D'abord il faut prendre un lavement fait avec i. de cassia fistula, et 3. ij. de benoîte en décoction avec un peu de sel commun. Après quoi, lotion des jambes, comme il a été dit ci-dessus, et friction du bas des cuisses avec une étoffe rouge. « Et matrona docta alligata petia ad digitum et infuso digito cum petia in oleo de lilio in quo fit dissoluta rayrrha cum modico galiemusca, imponat digitum in vulvam et faciat ibi titillationem ut excitatur natura ad deorsum expellendum materiam ne retineatur. Et etiam hoc tempore maxime juvat ut coeat cum proprio viro. Et si non potest in totum satisfacere desiderio ejus, formetur instrumcntum ligneum et vestiatur intestino uno unius animalis, ut capreti vel alterius, sibi convenienter adhérente ; supra quod fiat inunctio cum oleo de lilio ut supra cum dictis pulveribus, postea supponatur agitando per collum matricis, ita ut inducatur ad spermaticationem. »

Outre cette pratique, il sera excellent de faire une légère saignée de la veine du pied droit, saignée de deux ou trois onces, après ligature des cuisses, que l'on comprimera jusqu'à l'apparition de la douleur.

C. Pour fortifier la tête et empêcher l'action nocive des vapeurs, on fera usage de parfums froids et légèrement stypti-

ques, par exemple de la décoction ci-après : ly. Roses, "l- iviolettes, fleurs de nénufar, an. H. 5. santal, citron, corail rouge, spode, berberis, an. 5. ij. Faire bouillir dans de l'eau en quantité suffisante. Prendre |. vi de cette décoction, ajouter vin de citoine(?), 3. ij. vinaigre, ^ i. etlotionner le visage de la malade. On pourrait encore avec avantage, et dans le même but, jeter du vinaigre sur des pierres rougies au feu. II sera convenable également de couper les cheveux de la malade et de lui lotionner la partie antérieure de la tôte avec la décoction ainsi formulée ; ^ . Mauves laitues violettes, roses, aii. "l. i. plantain, m. 5. camomille, m. ij.' Faire une décoction dans de l'eau, et en asperger la partie supérieure de la tête, puis tremper dans trois parties d'huile rosat et une partie de vinaigre une compresse qu'on appliquera sur la partie antérieure de la tête, et ce, pendant deux jours consécutifs, matin et soir. Si malgré tout, l'esprit venait à se troubler, à la décoction calmante sus-mentionnée on ajouterait de la camomille, de l'aneth et du fenugrec, et l'on lotionnerait de nouveau la tête de la malade. De même, on ajouterait à l'huile rosat trois parties d'huile de camomille, quatre d'huile d'aneth, et un peu de camphre. Ensuite on poserait sur la tête le poumon d'un bélier nouvellement décapité, ou un petit chien de trois mois coupé par le milieu du corps et encore tout chaud. On continuerait ce traitement deux ou trois jours, jusqu'à la disparition des troubles cérébraux. Et de tout cela je suis satisfait.

Nous croyons intéressant de compléter en quelques lignes la consultation qu on vient de lire. La malade pour qui elle fut écrite était évidemment hystérique, et l'on voit Ferrari placer dans utérus le siège de l'affection. C'était là une opinion commune à tous les médecins du moyen âge. Mais deux théories prétendaient ex^hquer les phénomènes observés, celle d'Hippocrate et celle de

Hippocrate avait sur la matrice à peu près les mêmes idées que Platon qui la considérait comme un animal désirant ardemment engendrer des enfants. Il appelait en effet l'hystérie suffoca- Hon de la matnce, et prétendait que l'utérus se porte à la (ê e au cœur au foie dans les lombes, dans les flancs, produisant al'ors une série d'accidents graves. Ainsi, pour Hippocrate, la matr":

se dt^pîace et de ce déplacement, parfois considérable, résulte tout le mal.

Pour Galion, le siège de l'hystérie est bien dans la matrice, mais la cause de l'attaque est une rétention des menstrues, une sorte d'empoisonnement consécutif aux affections de l'utérus. On voit que Malheus partage cette opinion. Mais il faut lire le chapitre De prefocatione matricis, dans sa Praclica, pour y trouver le développement de ses idées sur l'hystérie. 11 y combat Texplicalion des médecins pour qui la suffocation de l'utérus provient de l'ascension de cet organe jusqu'au diaphragme, lequel se trouvant comprimé agit à son tour sur les poumons et sur le cœur, d'où syncope, abolition de la sensibilité et du mouvement. Pour réfuter cette interprétation, il s'appuie sur l'anatomie de l'utérus : a L'utérus retenu en place par des ligaments ne peut se déplacer que légèrement; il lui est impossible surtout de remonter jusqu'à l'estomac et jusqu'au diaphragme. »

A l'époque où Ferrari professait, Hippocrate avait de très nombreux partisans. Au xvi« siècle encore, on voit Fernel (1486-1558) reprocher à Galien d'avoir avancé que la matrice ne se déplace pas dans l'attaque hystérique. «Dans plusieurs cas, il a senti sous la main remonter l'utérus jusque dans l'estomac'. »

Dans la Practica les phénomènes sont nettement expliqués. Après avoir parlé de la production dans l'utérus de vapeurs malfaisantes, Ferrari les montre « s'élevant par les artères et nerfs jusqu'aux organes principaux, cœur, pie-mère et cerveau. Par suite de leur contact et de leur action nocive, il y aura contraction cardiaque, contraction du cerveau et consécutivement perte de connaissance et attaque ressemblant à l'attaque épileptique ».

Ailleurs il parle de « ceux qui ne veulent pas croire qu'une minime quantité de matière renfermée en quelque endroit puisse ' être la cause d'un aussi grand mal. A ceux-là il faut citer ce que

disait Galien ; qu'ils ne se souviennent sans doute pas des gens qui sont piqués ou par une araignée ou par un scorpion. La piqûre est légère, le poison en très minime quantité aussi, et pourtant, chez beaucoup, les accidents sont extrêmement graves et même mortels »...

Certains sujets sont prédisposés à la suffocation de la matrice. « ...Ces accidents, on les voit survenir le plus souvent, ils sont à craindre surtout chez des femmes vigoureuses potentibus eimagni-

l Fernel De morbo paHium quse sub diapraffinate sunt. Cap. xvi ■ y*^^'^ :symplomnta.-VoiT aussi, G. kmncos&ovY, L'hi/sléne aux xyW el xyiW siècles , Steinhcil, 1897.

ficis, qui, par vertu ou pudeur, veulent vivre avec chasteté; les nonnes, par exemple, et surtout celles qui autrefois furent mariées, comme aussi les veuves. Une vie molle et matérielle prédispose également à cette affection... »

Ces accidents qu'on observe ordinairement chez les femmes se peuvent aussi rencontrer chez les hommes. « Similiter solet evenire homini cum invasis suis seminalibus aggregetur sperma plurimum et componatur, id est inspissetur et infrigidetur et convertatur ad qualitatem venenosara, et accidit ei viro quod accidit mulieri de prefocatione... »

Quels sont maintenant les symptômes de l'attaque hystérique? Dans sa consultation, Matheus décrit la symptomatologie d'un cas particulier. Dans la /*rac<ica, nous trouvons une symptomatologie générale. « L'attaque n'éclate pas subitement. Le premier symptôme précurseur est une difficulté de la respiration avec palpitations, vertiges, ralentissement et petitesse du pouls, lourdeur et quelquefois même douleur de tête, somnolence, altération du visage. Puis, la femme, c'est du moins ce qui arrive le plus souvent, s'imagine que Quelque chose s'élève de l'intérieur de sa poitrine; involontairement, elle commence à jeter de-ci, de-là, avec violence ses membres supérieurs, puis elle perd l'usage de la parole et toute intelligence, comme certaines malades me l'ont raconté, et cela parce que les vapeurs sont parvenues au cerveau et se sont mélangées aux esprits animaux... Lorsque le paroxysme est très rapproché, il arrive souvent que la femme dit avoir quelque chose de glanduleux dans la gorge qui la suffoque; c'est, prétend-elle, la matrice qui est remontée jusqu'à la gorge. A ce moment le diaphragme, recevant à son tour l'atteinte des vapeurs, refuse de se dilater et la suffocation commence... » Voici maintenant la description du paroxysme : « ...Chute subite comme dans l'épilepsie et la syncope, perte de tout sentiment et sensibilité abolition presque complète de la respiration. La femme, au' moment où elle tombe et après sa chute, comprime la région abdominale avec ses deux mains; les jambes se convulsent!. » Mais il y a plusieurs formes de suffocation. « Les symptômes chez certaines femmes sont d'une grande intensité, elles ressemblent a des epileptiques ; d'autres par contre restent comme mortes, sans soultle, sans pouls, insensibles, immobiles ^ elles ont perdu la

vJn'.f "a P^rïp'' mésaventure restée liistorique de

\ ésale. Ambro.se Paré l'a rapportée en ces tennes : « Un grand anatom ste % lis grand et célèbre, duquel les livres réparent aujourd'huy les estudes djs hommes doctes, lequel estant pour lors résidant en Espagne, fut mandé^pom-

faculté de parler comme dans l'apoplexie et l'épilepsie, et cet état peut durer un ou deux jours. D'autres encore présentent des accidents peu graves et se remettent rapidement. Enfin on voit des cas intermédiaires aux cas extr^^mes. Les femmes, alors, ont une grande oppression, mais le paroxysme dure peu, et lorsqu'elles reprennent connaissance elles se souviennent de ce qui a été dit par les assistants; elles racontent certaines particularités de leur étal. Les premières, celles dont il a été parlé d'abord, ne se souviennent pas de ce qui a été dit et fait autour d'elles. »

A propos du diagnostic, la sulîocation utérine est surtout distinguée de l'épilepsie, qui ne présente pas le signe de la boule et qui s'accompagne de contractions du visage et de sortie d'écume par la bouche.

Le traitement consiste entre autres choses à repousser les vapeurs hors du cerveau en faisant respirer de Tassa fœtida et parfums du même genre, dans une hygiène bien établie et dans le mariage.

Voici pour terminer, et comme pièces de comparaison, deux descriptions de l'hystérie. L'une est écrite au xvi" siècle, et par un chirurgien célèbre; l'autre est du xvii% et d'un médecin de Paris^

Ambroise Paré (1509-1590) s'exprime ainsi sur la suffocation de la matrice :

« Suffocation de matrice est ablation de libre respiration et expiration qui vient, ou parce que l'utérus gonfle et s'enfle et parce qu'il est ravi et emporté en haut par un mouvement forcé et comme convulsif à cause de la plénitude de ses vaisseaux. L'utérus se gonfle et enfle parce que quelque substance, pourrie et corrompue en lui, se résout en vapeurs et ventosités de la rétention des menstrues ou delà corruption de la semence, ou d'une aposthème faite en la matrice ou fleurs blanches ou autres mauvaises humeurs qui se putréfient en elle ou de ventosités ; ce qui se peut connoitre parce que la femme aura grands soupirs, vertigines,

ouvrir une femme de maison qu'on estimoit estre morte par une suffocation de matrice. Le deuxiesme coup de rasoir qu'il luy donna, commença la dite femme à se mouvoir et démonstrer par autres signes qu'elle vivait encore, dont tous les assistants furent grandement cstonnés; je laisse à penser au lecteur comme ce bon seigneur faisant cet œuvre fut en perplexité, et comme on cria toile après luy, tellement que tout ce qu'il peut faire fut de s'absenter du pays; car ceux qui ledcvoycnt excuser, c'estoycnt ceux qui luy couroyent sus : et estant exilé tost après mourut de desplaisir : qui n'a esté sans une grande perte pour la République. » [Œuvres d'A. Paré; Paris, ItiOl, liv. XXIV, ch. Lix, p. 97().)

scotomies, douleurs de lôte, nausées, rots et grands bruits aux intestins. »

Le passage qui suit est de Jean Liébaud, comme nous l'avons dit, médecin à Paris au xvii^ siècle ' :

« La matrice, encore qu'elle soit si étroitement attachée, qu'elle ne puisse changer de lieu, si est-ce que le plus souvent elle change de place, fait des mouvements assez pétulants et étranges au corps do la femme, à savoir, ascente, descente, convulsion, vagabonds, procidence. Elle monte au foie, rate, diaphragme, estomac, poitrine, cœur, poumon et tête. Elle descend vers la vessie, boyau droit, hanches, aines, elle incline par convulsions vers les côtés droit, gauche, derrière, devant, elle vagabonde de toute part. »

Ailleurs, le même auteur dit de la matrice qu' « elle s'indigne comme un animal et voltige de-çà, de-là, etc.», etpuis, «quand elle est desséchée, elle monte au foie et autres parties supérieures pour en sucer l'humidité afin d'être humectée ».

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