DE LA PESTE
A seule fin de nous prémunir contre les dangers d'un air pestilentiel, surtout en ces temps de chaleur que nous traversons, je m'en vais indiquer quelques brèves formules sur le régime à suivre et aussi quelques médicaments utiles.
C Dès l'instant que la maladie a fait son apparition, le remède par excellence est de ne pas venir dans son voisinage, de s'en éloigner et d'aller habiter un endroit où l'air n'est pas infecté. Que si pourtant il faut de toute nécessité traverser le pays contaminé, ou même y habiter, alors on observera les règles suivantes :
C Éviter un air très vif ou un air très lourd qui ne pour-
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le vre fie .lean Marinello en français, donne une grande extension et comme
îe v^éT^^'"^ ^"'• aux idées des anciens su Fh^stéHe
Hnnc f'^"^^^' sf 1 approprie sans scrupule, de sorte crue, dans les édi lions consécutives, .1 ny a plus que le nom de Liébaud. 11 dédie son livrô
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rait pas être renouveld suffisamment. Ne pas s'attarder ien un lieu où souffle le vent. Ne vivre en commun qu'avec un petit nombre do personnes. Eviter les réunions si possible, du moins celles qui se tiennent en des espaces confinés.
Prenez garde, en tout cas, que votre visage ne soit pas directement en face du visage de votre interlocuteur. Fuyez les agglomérations, les endroits où la foule afflue, comme les églises ou autres lieux semblables. Ne touchez pas, à moins de nécessité absolue, les vêtements de vos voisins*. Gardez-vous absolument de tout rapport avec les femmes, surtout avec les femmes publiques. Avant de quitter votre chambre à coucher, et ceci dans des temps aussi chauds que celui d'aujourd'hui, arrosez-la. Baignez votre figure, vos bras et vos mains dans une mixture faite d'eau de rose et de vinaigre, parties égaies. Évitez l'air chaud. Au contraire, le temps est-il froid, nébuleux, allumez dans votre chambre à coucher un feu de bois aromatique, tel que laurier, romarin, vigne ou autres semblables. Ou bien encore faites une fumigation en jetant sur des charbons ardents une partie de la pâte ci-dessous formulée :
ly. Encens, fleurs de buglosse, doronicon, vernix, an. S. 5. écorces de citron, boliar, an. 3. ij. ambre, bois d'aloès, an. gra. iiij. musc, gra. ij. Avec mucilage de citron et un peu de térébenthine, faire de tout cela une pâte.
En sortant de votre demeure, ayez soin de mettre en votre bouche un morceau de cédrat ou d'écorce de citron^.
1. La contagion de la peste est établie par toutes les relations qui en ont été faites par les médecins et historiens du moyen âge. Boccace, dans sa préface du Décaméron, dit : « Le fléau se communiquait comme le feu aux matières combustibles. On était atteint en touchant les malades ; il n était pas même nécessaire de les toucher. Le danger était le môme quand on se trouvait à la portée de leur parole ou encore quand on jetait les yeux sur eux .. - Les règlements édictés contre les pestiférés étaient sévères. Les personnes saines et malades d'une même famille atteinte de la peste étaient sans distinction incarcérées dans leur maison. Sur la porte était tracée une croix rouge avec cette inscription : « Dieu, ayez pitié de nous! .. Les malheureux ne pouvaient sortir de cette prison maudite; et sauf le médecin e es gardes-malades, nul n'y pouvait entrer sans en référer aux autorités. Et les portes étaient ainsi consignées jusqu'à ce que ces nouveaux emmurés eussent perdu la vie ou recouvré la santé. • ,, ^
2 A propos de ces précautions nous décrirons, d après Mauget cité par Dupouy, le costume d'un médecin, se rendant chez un pestiféré, au moyen
Toujours ayez le visage tourné du côté opposé à celui de votre interlocuteur. f[ Évitez de trop manger, surtout abstenez-vous d'aliments nuisibles, tels que les fruits. Rejetez de votre ordinaire une nourriture humide; des aliments lourds, de digestion difficile, ceux aussi qui commencent à se gâter étant humides, et ayant été déposés dans un endroit très chaud. Mais, si trop manger est chose mauvaise, alors même que la nourriture serait en elle-même fort recommandable, trop d'abstinence, un jeûne trop longtemps prolongé conduit au même effet en produisant l'inflammation. Il faut donc s'astreindre à ne manger que des aliments froids et secs, ou, tout au moins, ayant subi une préparation ad hoc; par exemple on y ajouterait de ce vinaigre de campagne fait avec des grenades ou une autre mixture semblable.
Comme boisson, pas de vins forts, épais, excitants et portant au cerveau, mais du vin coupé de suc vineux en quantité plus ou moins grande, suivant qu'il fait chaud ou froid et aussi selon la force du vin.
CJ'en arrive maintenant aux médicaments. Et, avant tout, celui qui devra passer en des lieux suspects devra recourir à une légère saignée de la veine commune Contre les humeurs peccantes, et pour favoriser leur expulsion, voici des pilules qui pourront être efficacement employées :
IV. Agaric blanc, 3. v; turbith choisi, 3. 5. mirabolan chebules, citrin et indien, an. l. ij. diagride préparé, 2. ij. 5. tormentille, been blanc et rouge, an. l. b. myrrhe, safran, an. 3. i. xylobalsame, carpobalsame, squinauthum, asarum, an. 3. 1. cannelle, macis,noix muscade, spica, an 3. 5. ambre, 3. i. bois d'aloès, os du cœur de cerf, an. 3 ii. aloès sucotrin, 3. iij. Faire des pilules avec un peu d'oseille ou d'absinthe! On en pourra prendre 3 iiij. par jour.
âge. Après s'être oint d'huile il revêtait ce costume : « Il est de maroquin du Levant, le masque et les yeux de cristal, et un long nez rempli de parfums, à iv"n i^f r""" n'a véritablement que deu.x trous, un de chaque côté,
a l endroit des ouvertures du nez naturel; mais cela peut suffire pour la respiration, et c est pour porter avec l'air rpie l'on respire l'impression des drogues renfermées plus avant dans le bec. Sous le manteau, on porte ordinairement des bottines faites de maroquin de Levant, des culottes de peau nme qui s attachent auxdites bottines, et une chemisette aussi de peau unie dont on renferme c bas dans les culottes, le chapeau et les gants sont aussi ae même peau. .. (Dupouy, Le moyen âge médical, 1888, p. 63.) 1. La veine médiane.
Pour déterger et aussi allei mir les esprits, et en même temps empêcher la putréfaction par ces chaleurs torrides, on se trouvera bien d'une cuillerée de la poudre suivante qu'on prendra dans un peu de vin légèrement coupé d'eau de rose :
Endive, scarrole, bourrache, an 3.5. citron décortiqué, 3.1.5. spode, roses, oseille, an. 3. ij. marguerites blanches, terre scellée, bol d'Arménie, infusés d'abord dans l'eau de roses et de vinaigre, puis desséchés, an. 3. i. safran et camphre, an 3.5. Mêler, et de tout cela faire une poudre.
Si l'air est froid, il sera bien de prendre deux fois par semaine trois pilules contenant : myrrhe, aloès et safran, 3. 5. On pourrait ajouter, et dans ce cas le médicament serait pris sous forme d'électuaire, suc de roses et sirop de citron.
Nous croyons pouvoir arrêter ici cette consultation qui finit sur trois ou quatre formules oii entrent, pôîe-mêle, santal rouge, saphir, émeraude, citron, camphre, eau de rose, etc. La consultation suivante, XCVII, bi casu aeris pestiferi, n'est qu'une longue ordonnance sans grand intérêt*.
Voici quelques lignes qui montreront qu'à la fin du xvi" siècle les conseils hygiéniques du médecin n'avaient pas varié. Ils sont tirés d'un opuscule de Pierre Sordes de Figeac, qui fut atteint de la maladie, en 1587, à l'âge de 20 ans, et qui écrivit ensuite un Traité de. la peste. Il s'attache dans son traité à indiquer les moyens de parer à la peste.
« Éviter la fatigue, dit-il, la colère, l'intempérance, l'embrassement des femmes, d'autant que leur fréquentation énerve nos
1. Voici comme comparaison un électuaire que nous empruntons à Guy de Chauliac. (In : Lu Gr. chinirgie de Guy de Cliauiiac..., par Nicaise, p. 173) :
« ... En après, l'an soixante, et le huictiome du Pontificat du Pape Innocent slxiesme, en rétrogradant d'Allemagne, et des parties septentrionales, la mortalité revint à nous. Et commença vers la feste de Saint-Michel, avec bosses, fleures, carboncles, et anthrax, en s'augmentant petit à petit : et quelquefois se remettant, iusques au milieu de l'an soixante et uniesme. Puis elle dura si furieuse, iusques aux trois mois ensuivans, qu'elle ne laissa en plusieurs lieux la moitié des gens. Elle differoit de la précédente, de ce qu'en la première moururent plus de la populace, et en ceste cy plus des riches, et nobles, et infinis cnfans, et peu de femmes. Durant icelle je coUigcny et composay vn tel électuaire theriacal, des propos de maistre Arnaud de ViUeneufue, et des maistres, tant de Montpellier que de Paris :
PR. graines de geneure, deux drachmes et demie : girolles, macis, noix
forces et affaiblit nos esprits. Se vêtir de burat d'avergne et de camelot gros d'Escot, 'avec colet en maroquin de senteur, parfumer ses habits avec laurier, rosniarin, serpoulet, marjolaine, sauge, fenouil, bois de genébrier, myrrhe, encens, etc. ... désinfecter la chambre avec des fumigations de bon foin sec; ne pas sortir de bonne heure, sans avoir bu et déjeuné, et se boucher les oreilles d'un peu de coton qui sente le musc; tenir dans sa bouche un clou de girofle ou de racine d'angélique , munir ses mains d'une éponge imbue de bon vinaigre rosat qu'il faut flairer souventes fois, porter sur son estomach une avelane remplie d'argent vif et un petit bourset où il y ait de l'arsenic; enfin prendre deux fois par semaine une pilule composée d'aloès, de myrrhe et de safran. » Malgré ces précautions, Pierre Sordes fut atteint de la peste. 11 eut un bubon dans l'aine gauche et tout son corps fut couvert de morpilleset taches noires, « pronostics mortels, dit-il, à tous ceux qui s'en trouvaient marqués. 11 fallut enfin que la main du chirurgien, qui seul restait en vie, s'y porta pour, par cautère actuel, percer l'apostème. Dès lors, ma flebvre cessa peu à peu. J'eusse été parfaitement guéri dans huit jours après l'application dudil cautère, sans l'excès que je fis en lisant en une fenestre Bartas et son commentaire sur le traicté de la maladie; ce qui me revient à la fiebvre et me cuida emporter. C'est l'expérience que je fis à Figeac l'an 1597 que la peste emporta 2500 personnes ^ »