AUX LUMIÈRES DES HALLUCINATIONS DE LA VUE
(( Voici le cas : apparition devant les yeux de choses colorées ayant une forme et une certaine physionomie, et ce, à la lumière des chandelles et non pas à la lumière du soleil.
— Ces apparitivuis sont quotidiennes, mais variables en leur durée. Elles persistent quelquefois longtemps, quelquefois au contraire elles disparaissent vite. Elles incommodent le malade depuis plus d'une année. A ceci, il faut ajouter que souvent, dans la nuit, des pensées, des images diverses viennent interrompre le sommeil, et que, de plus, une humidité visqueuse s'agglomère autour des yeux provoquant l'agglutination des paupières. Enfin, à mentionner encore de la faiblesse dans la faculté digestive de l'estomac, cause de douleur pour cet organe. »
Gomme on le voit, il y a ici quatre points à traiter pour b médecin. Un seul est intéressant, c'est celui qui a rapport aux hallucinations colorées de la vue. Comment notre auteur les explique-t-il? Il rejette l'idée de certains confrères qui veulent y voir une coloration spéciale des humeurs de l'œil, on une altération d'une de ses membranes, lacoraée surtout, consécutive à la variole ou à une ulcération quelconque. « Dans ce cas, dit-il, l'apparition serait toujours identique, à elle-même, et ça n'est pas le cas chez le malade. » Il fait donc intervenir une plus ou moins grande quantité d'humidité, qui, mélangée à l'humeur albuginée {humeur aqueuse), fait varier sa transparence d'un instant à l'autre, provoquant ainsi des alternatives d'ombre et de clarté, et des ditférences plus ou moins grandes dans la coloration de l'humeur. Mais, ajoute-t-il, il se peut aussi que ces apparitions proviennent de certaines vapeurs humides venues de l'estomac. Pour lui, ce sont là les deux principales causes des troubles observés par son malade. — Mais comment se fait-il que ces apparitions ne se montrent qu'à la lumière des chandelles, et non pas à celle dujour? Cest, dit Matheus, que l'humeur albugmée, même mélangée à l'humidité dont U a été parlé, conserve encore sous les rayons puissants dtT soleil une grande transparence, laquelle disparaît lorsqu'on allume les chandelles dont la lumière n'est plus alors comparable à celle du jour.
XXVll. C AU TRÈS ILLUSTRE PRINCE MVHQUIS DE MAN-
TOUE, POUR DOULEURS d'oREILLE CONSÉCUTIVES A LN ABCÈS ULCÉRÉ.
L'abcès et les douleurs intermittenles ont pris naissance, d'après Matheus, à la suite d'un refroidissement. Le mal est grave, dit-il, et d'autant plus à craindre qu'il siège dans le voisinage d'un organe principal, le cerveau. Cet abcès doit être, en effet, assez important, et faire craindre la propagation, car la consultation se termine sur cette phrase : « Tous ces remèdes pourront également servir en cas d'ulcère du maxillaire, ce qu'à Dieu ne plaise. » S'agit-il d'un cancer? Un diagnostic rétrospectif est difficile à établir, car le siège exact de l'abcès n'est pas indiqué, non plus que son mode de début et son aspect extérieur.
Le chapitre thérapeutique est traité longuement. Le régime à lui seul prend une place considérable. La partie médicale est consacrée beaucoup plus à l'atténuation des douleurs qu'au traitement de l'abcès lui-même. « Lorsque le paroxysme douloureux éclate, il faut, avec précaution, instiller dans l'oreille quelque médicament froid et humide. Le malade retirera, par exemple, un grand soulagement de l'emploi de lait nouvellement tiré d'un sein de jeune femme, ou d'une décoction de semences de mauve et de lin. Mais si la douleur ne diminue pas, il faut recourir à l'huile rosat dans laquelle on ajoutera du vinaigre préalablement bouilli et réduit par cette ébullition; on pourrait encore, avec avantage, jeter dans cette huile des vers de terre ou dos scarabées, faire bouillir le tout et instiller ce Uniment tiède dans l'oreille. Si ces divers remèdes n'ont pas d'effet, et si les douleurs sont arrivées à ce degré d'acuité qu'une syncope est à craindre, il convient alors de recourir aux narcotiques et aux stupéfiants, mais avec une extrême prudence. On commencera par du suc de feuilles de pavot qu'on fera tiédir avant de l'instiller dans l'oreille... » « Si l'abcès vient à s'ouvrir et que du pus sorte par l'oreille, le malade devra dormir couché sur le côté où siège le mal, et il faudra nettoyer l'abcès avec de l'eau de miel ou de vin mélangé
fie miel. On pourra employer, pour ce lavage, cet instrument appelé seringue av' ec lequel les enfants se lancent de l'eau.. »
XXIX ET XXX. C AU s. BÉNÉDICT SALVAGJO DE GÊNES,