‹ Une chaire de médecine au 15e siècleChapitre 9 sur 126 · J/ES PROFESSEURS 1.1 LES COURS · texte numérisé non relu

J/ES PROFESSEURS 1.1 LES COURS

Les Universités au moyen âge occupaient dans l'enseignement une place bien plus importante que de nos jours, car elles n'avaient pas de concurrence. Le temps des études étant plus long, et les étudiants d'un âge plus avancé; leur rang, leurs fonctions, leurs dignités prêtaient aux Universités un éclat dont elles sont privées aujourd'hui. Et comme il entrait dans l'esprit du temps, de former des corporations presque indépendantes, lorsque les Universités on établirent de semblables, le gouvernement des villes n'en prit aucun ombrage. A l'origine ces Universités furent fondées par un homme qui, poussé par le zèle de l'enseignement, réunissait autour de lui quelques élèves studieux; les écoles fondées par des princes ne vinrent; que plus lard.

« En comparant les écoles du moyen âge aux écoles françaises d'aujourd'hui, dit Savigny, je remarque surtout une différence qui me paraît très importante, c'est qu'alors les professeurs ainsi que les élèves jouissaient (juant aux études d'une grande liberté. Les professeurs lorniaient eux-

mêmes le plan de leur enseignement, (î(. les éliuliants choisissaient les maîtres et les lettons dont ils espc^raient profiter le plus. »

Les professeurs composent le corps enseignant de TUniversité, ils sont choisis soit par les étudiants eux-mêmes comme à Bologne, soit par le prince comme à Pavie. d'après leur n^putation et leur mérite; leurs fonctions ont une rétribution et une durée fixées chaque année; on exige d'eux qu'ils se conforment aux statuts de l'Université, on leur demande la régularité dans les leçons et dans les cours. Pour le reste ils ont une entière liberté : ils sont comme des conférenciers engagés pour un certain nombre de lectures moyennant certains honoraires : ils peuvent, à la tin de leur cours, porter ailleurs leur enseignement, et beaucoup passent d'une Université à l'autre suivant leur bon plaisir et les offres qui leur sont faites.

A Pavie, le conseil de l'Université présentait au duc chaque année l'état des professeurs et les honoraires attribués à chaque chaire : l'approbation était faite pour une année. Le nombre des chaires à pourvoir dans la Faculté de médecine de Pavie était considérable au milieu du XV'- siècle, ainsi qu'on en jugera par l'énumération suivante :

Lectura Medicinœ ordinariaî de mane^

— — — denonis.

— — in festis.

— ultramontanorum -,

— Praclice extraordinaria;.

— Almansoris^.

— Metaphysicœ.

— Philosophiœ AristoteUs.

— — moralis.

— — naturalis.

— Artium et physicœ.

— Physicae de mane.

I. I.cs f'ours (lu malin éliiiont réservés h la médecine lliéoriqiio, ceux ilii soir à la médecine praiiciue.

'2. Des cours spéciaux étaient, faits aux ultrainont.aiiis.

:j. La cours d'AIrniuisor était l'eN|ili( iliou du trnité de médecine de Uuzùs. ilédié nu Sultan El Mansour.

Lectura Physicîc de nonis.

— Cirogiec.

— — in feslis.

— Parvorum naturalium.

— Artis pra Alamanis, diebus feslis.

— Sophistariaî.

— Astrologiœ'.

— Calculationis, id est arithmelica: in iestis.

— Auctorunn medicine qui gra>ce scripsorunt.

— Sinnplicium et eorum ostentionem.

Les cours n'étaient pas réunis dans le même édifice; les uns se tenaient dans des locaux loués par la commune ^ d'autres dans le Palazzo del Popolo situé Piazza del Lino « amplissimum palatium ubi et usque nunc manent ipsa* schola? ornatissimsp. ». Voici la description qu'en fait Gattus [Gymn. Ticin. Hist., p. 13G) :

Des écoles magnifiques furent construites par les Sfoiza, là où on les voit encore. Elles comprenaient deux grands bâtiments contigus ayant chacun une grande cour entourée de portiques avec de nombreuses salles de cours au rez-de-chaussée et au premier étage. Dans les écoles des artistes on faisait des cours sur les matières suivantes : deux cours de théorie ordinaire, le malin, deux de théorie extraordinaire, deux de philosophie ordinaire, deux de philosophie extraordinaire, le soir deux de logique, trois de pratique médicale ordinaire et deux de pratique extraordinaire, un sur les simples et un d'Almansor. Avant la construction de cet édifice les leçons se faisaient aussi dans les couvents de Saint- Thomas, de Saint-Michel, dans les casa Salerna,Torli, Chiaffnsali, au couvent des Dominicains, à Saint-Pierre in Ciel d'Oro.

Pour que l'attention des étudiants ne soit pas distraite, un décret ordonne : « nullus familiaris doctorurn seu scholariorum studii Papiensis non audeat stare super nec prope mercatum seu Plateam filii ubi sunt scholœ in quibus legunt

1 Le premier cours (rnslrolo^ric date. de l'.2:i. Le premier cours danatomie date de im sevdcmcnt; un trouve l'expression seclia cudavens pour la

première fois en 1609. ^

2. Schol.T D. Guf,'iielmi da Hexusio concedanlur .In.inni (.nspo pro cjii- \cclur!\Ay*!irotyi: Elt-nchus priiHler/ionim.) .

3. Coiicessio l'acta pcr Epis.-opiim Papiîe LectoiMlnis m.Mlici.M' cjusdcm, Sludii ie-endiin Eccicsia sancii lîenedicli, prope Eccicsiam saiidi ilioma'l«ratrum prcdicatorum. (PAnoni, l. c.].

Doctores pcr bracliia30 sub pœna soldoriim dccem papiensis el possil iluci ml carceres Papiin. »

La (Jurée d'un cours est d'une année. Le lendemain de la Saint-Luc (19 octobre), les professeurs commencent leur enseignement.

Les joui's de fête où les cours ne devaient pas avoir lieu étaient fixés d'avance. 11 y en avait environ quatre-vingt dix, y compris quinze jours de vacances à Pâques et onze jours à Noël. Si dans une semaine il ne se trouvait pas de jours de fête, les cours étaient suspendus le jeudi. Les vacances commençaient le 7 septembre (in vigilia B. Mariai de mensis septombris), la veille de la Nativité. Il était défendu de continuer ou de faire un cours pendant les vacances.

Les cours se faisaient les uns le matin, les autres l'aprèsmidi. Les cours du matin devaient commencer au plus tard, lorsqu'on sonnait l'angelus à la cathédrale, et finir à 9 heures du matin. Le professeur qui commençait sa leçon après l'heure fixée, l'étudiant qui, la leçon finie, restait dans la salle, devaient une amende. Les cours de l'après-midi commençaient, suivant leur objet et suivant les saisons, à la dix-neuvième, vingtième, vingt et unième ou vingt-deuxième heure et duraient une heure et demie ou deux heures. Pendant tout le temps fixé pour la leçon, l'enseignement devait être oral, c'est-à-dire qu'il était défendu de communiquer aux auditeurs les cahiers ou de les faire lire.

Les cours furent de bonne heure divisés en ordinaires et extraordinaires, mais on n'est pas d'accord, dit Savigny, sur le sens de ces expressions. Ainsi l'on a dit que les uns se faisaient dans des édifices publics, les autres dans des maisons privées, ou bien que les uns étaient gratuits, les autres salariés. Mais on trouve ces expressions au xui'= siècle, à une époque où les édifices publics n'existaient pas, et les statuts qui règlent l'usage de ces édifices distinguent les cours ordinaires et extraordinaires. La seconde opinion n'est pas plus fondée, car nous possédons des Rotuli où figurent des cours ordinaires salariés.

La vérité est que les cours ordinaires étaient faits sur les ouvrages formant la base de l'enseignement, sur les

livres ordinaires : les cours extraordinaires étaient moins importants. Les meilleures et les premières heures de travail étaient réservées aux cours ordinaires les plus fréquentés.

Les étudiants assistaient généralement à deux ou trois leçons du matin ou à deux ou trois leçons du soir. Les manuscrits étant fort chers et peu transportables, l'enseignement du professeur était indispensable.

A côté du personnel enseignant, nomade et pour la plupart étranger, — de 1378 à 1402, l'Université de Pavie compta, dit Magenta, 42 professeurs de médecine, dont 14 étaient de Pavie même, — nous trouvons le Collège des docteurs, composé de nationaux qui président à la colla lion des grades. Les membres du collège peuvent être professeurs, mais il n'existe aucune corrélation nécessaire entre ces deux fonctions. Les doctores legentes, par opposition aux doctores non legenles appelés aussi doctorelli cumulent les honoraires de professeurs payés par l'Etat avec les bénéfices provenant des droits acquittés par les candidats aux grades médicaux,

La corporation des membres du Collège des médecins est, avant tout, une corporation fermée, très jalouse de ses privilèges et ne permettant pas qu'on y porte atteinte. Elle comprend à Pavie ' quatorze membres titulaires qui se partagent tous les bénéfices résultant des examens et de la collation des grades. Ces titulaires ou nwnerarii s'adjoignent des surnuméraires et des membres honoraires.

Pour faire partie du Collège', il fallait être noble ou bourgeois de Pavie, n'avoir jamais exercé le métier de pédicure, de chirurgien ou de pharmacien ^ L'esprit d'égoïsme et de particularisme se trouve dans toutes les Universités du moyen âge. Les docteurs du Collège de médecins de Pavie veulent établir l'usage qu'ils sont — comme à Bologne — seuls membres de la Faculté de promotion, et nous en trouvons un exemple dans leurs démêlés avec Ferrari.

1. Ne quis ctiam in piiblico gyninasio exaniiiuilus approbalus cl. docloraliis in coliegiuni Medicorum admittatuv cl iT( ipi;iliir \\W\ prins ilonnn .ih ipsius coUeffii medici examinatus.

2. \j'Arcliivio deW VniversUa possède mu; hollu roi)ic sur iiiurlifniiii des .staluLs du Collège : ils onl été publiés en mV) à Pavie : ^/alula doclontm CoUe(/u ac Gymnasii Vapiensis, édita anno ■I.i95.

a. Antiqua nobilitato laïUuni orlos lioniincs in medii-oruni coUegiuni . ssc adniillondos hosquc solos in urbc nicdicinani laccrc possc.

Nous avons dit que celui-ci était entré à la Faculté de médecine .de Pavie comme professeur de logique en 4432; en 4440, il était nommé professeur extraordinarix practica* et faisait partie du Collège des médecins comme membre surnuméraire quand, par le décès d'un des docteurs titulaires, il fut appelé à revendiquer la place vacante. Le prieur du Collège refusa de faire droit à cette demande, le différend fut porté devant un arbitre qui décida que Ferrari avait qualité pour réclamer les titre, privilèges et bénéfices de membre titulaire du Collège des docteurs; mais il semble que le Collègé ait admis d'assez mauvaise grâce un collègue qui s'était fait recevoir malgré eux, car, en 1457, le duc de Milan fut obligé d'intervenir en faveur de Ferrari.

Au vice-chancelier et au prieur des médecins. Le Duc de Milan, comte de Pavie et d'Anghiera, seigneur de Crémone;

Très chers amis, nous venons de recevoir une lellre de l'excellent docteur maître J.-M.= Ferrari da Grado, professeur dans notre célèbre Université : il nous expose que maître Jean de Parme S Guido de Crema - et Jean Marliano reçoivent un florin par examen de médecine, et que lui ne touche que quatorze gros. Maître Jean-Mathieu, d'un caractère très modeste, support^ cependant avec peine que lesdits docteurs reçoivent un florin entier alors que lui se trouve dans une condition moins favorisée. 11 nous donne plusieurs bonnes raisons que nous omettons pour être bref. Il nous paraît juste de décider qu'il doit être admis au même traitement que les autres professeurs du Collège, en raison de son savoir dont nous profilons. En conséquence, nous vous prions de veiller à ce que ledit Jean-Mathieu reçoive intégralement son florin. Suivant la proposition qui nous a été faite, le meilleur moyen pour arriver à ce résultat serait de prendre la ^omme sur le traitement des absents. Nous vous engageons à veiller à ce qu'il reçoive satisfaction, car sa requête nous semble Juste. Nous espérons que vous aurez toujours attention et considération aux mérites et au caractère dudit Maître Jean-Mathieu. Nous sommes assuré que vous veillerez à l'exécution de notre désir que nous confirmons par les présentes.

Ûonné à Milan, le k août 1457.

Page 1