‹ Une chaire de médecine au 15e siècleChapitre 10 sur 126 · Professeur d'Astrologie de manc · texte numérisé non relu

Professeur d'Astrologie de manc

FEnilARl A l'université DE PAVIE.

SA COHRESPONDANCE

Nous disions qu'à la différence du Collège des docleurs, corporation essentiellement conservatrice et fixe, le corps des professeurs était très changeant et composé d'éléments divers.

C'est un des traits particuliers de la vie scientifique de Ferrari qu'elle se passa tout entière à Pavie. Nommé lecteur de logique en 1432, il éditait sa Prnctica en 1471 en faisant suivre son nom de « titulaire de la première chaire de médecine à l'Université de Pavie ». Le cas est rare : tous les professeurs en renom passaient d'une Université à l'autre sur la promesse d'un meilleur traitement. Plus leur réputation était grande et plus ils étaient sollicités par les Universités rivales, qui leur offraient des avantages pécuniaires, des titres, des honneurs. Jason del Maino fut professeur à Sienne en 1457, l'année suivante à Bologne, en 1461 à Milan, en 1464 à Pavie, puis à Padoue, puis à Rome.

On allait jusqu'à employer la force. Pour donner plus d'éclat à l'enseignement, pour attirer les étudiants nationaux et étrangers, tous les moyens étaient bons. Les Florentins firent emprisonner Bartholomé Soccini qui, voulant quitter l'Université de Pise et passer à Padoue avec une situation plus avantageuse, avait fait déjà empaqueter ses livres et était parti nuitamment de Pise, se dirigeant sur Sienne : il ne fut remis en liberté, qu'après s'être engagé à rester à Pise. Le différend entre Venise et le roi Louis XII, à propos de Filippe Decio que la République voulait conserver à Padoue et que le roi appelait à Pavie, faillit devenir un casus belli.

Ferrari fut, comme ses collègues, l'objet de sollicitations semblables; nous avons retrouvé dans sa correspondance la trace des propositions qui lui furent faites en 1451.

Il était alors professeur de médecine à Pavie, membre titulaire du Collège desdocteurs, etmédecin duducde Milan. Sa réputation comme professeur était déjà assez établie pour que des étudiants étrangers se plaignissent au duc de Milan de n'avoir pas pu suivre les cours de Ferrari alors absent,

en service auprès de la maison du prince; l'Université de Sienne songea à l'attirer auprès d'elle, on chargea un ami de Ferrari d'entrer en pourparlers avec lui et la correspondance suivante s'engagea.

Au Trcs Illustre^ M" Jehan- Mathieu à Pavie proche l'église Sainte-Marie-dea-Carméliles.

De Kerrare, 8 mai 1451,

L'occasion s'étant présentée de vous offrir une bonne situation dans notre célèbre Université de Sienne, je vous ai écrit sans larder, voulant ainsi vous donner une marque de l'intérêt que je vous porte. Mais comme il se peut, cher confrère, que ma lettre ne vous soit pas parvenue, je vous adresse celle-ci, et j'espère qu'il vous plaira d'accepter ma proposition avec un bon et honnête traitement. Répondez-moi sans tarder par une double lettre et failesmoi connaître vos intentions, que vous refusiez ou que vous acceptiez, ce que j'espère, car notre ville est importante et agréable à habiter pour un homme honorable et savant. Votre mérite et vos talents y seront grandement appréciés. Si vous pensez comme moi, fixez vous-même votre traitement et je ferai (le mon mieux pour le faire accepter. Que si, au contraire, cette proposition ne vous convient pas, écrivez-moi et tenez secrète ma démarche. Portez-vOus bien, vous et les vôtres. Nous sommes tous en bonne santé, grâce à Dieu. Lodrisius.

Réponse de Ferrari.

10 juin 1451.

J'ai reçu votre lettre, très cher confrère, le dernier jour de mai. J'étais à ma campagne de Cassina-Blanca où je me suis fixé avec les miens par crainte de la peste. Je vais à Pavie aujourd'hui pour remettre ma réponse à un messager fidèle. Votre démarche m'est une preuve, non pas inattendue, mais très grande, de votre bienveillance et de votre affection. Ces jours derniers une démarche a été faite auprès de moi par le vénérable Père Dominicain Catelano au nom du gouverneur de Bologne pour me proposer une chaire avec un traitement convenable. J'allai à Milan pour solliciter l'autorisation du duc; mais, après explications, Andréa Biraghi

1. C'est au milieu du xiv" siècle que l'usage se répandit de distribuer au médecins et professeurs les épithèles de « profundissimus, faniosissimus, excellentissinius, peritissimus, illuslrissimus, » etc.

m'engagea' à renoncer à ce projet et promit de me faire donner l'an prochain une meilleure situation. Tout cela a été lait en paroles, mais n'a pas encore eu d'effet. Je suis donc libre, mais j'avoue qu'un si long voyage me paraît bien pénible, étant donnqe ma mauvaise santé. Cependant si je trouvais à vivre honnêtement à Sienne avec ma famille, j'accepterais peut-être. Je demande une chaire ordinaire et un traitement de 400 ducats. Portez-vous bien ainsi que vos honorables père, mère et iils. Si vous voyez le P. Catelano dites-lui, je vous en conjure, que mon affaire de Bologne n'est pas abandonnée et faites-lui comprendre que j'attends ses propositions.'

Jean-Mat.*.'

A M° J.-M. Ferrari da Grado.

De. Fcrrare, 14 juin 14iil.

Mon très cher confrère,

M" Stéphane des Fr. Augustins m'a remis votre lettre à laquelle je répondrai brièvement en raison de la douleur cruelle que j'éprouve de la mort de mon père. Je pense que vous obtiendriez des Siennois le traitement que vous demandez avec une chaire ordinaire. Mais je ne sais pas comment on pourra régler cette affaire sans être assuré de vos intentions. Répondez-moi sans ambiguïté si vous acceptez, alors j'agirai. Nous obtiendrons la somme, n'en doutez pas. J'ajoute que le petit nombre de médecins pratiquants vous permettra d'augmenter beaucoup votre situation. Sienne est une ville de premier ordre, très agréable comme séjour. Que la difficulté du voyage ne vous effraye pas. De Pavie, un bateau vous conduira très confortablement et très sûrement jusqu'à Bologne, il ne vous restera plus que trois jours de route que vous ferez à votre aise, et peut-être, ferai-je route avec vous^ N'allez à Bologne que si vous êtes résolu à travailler pour rien. On vous y promettra un excellent traitement, mais vous ne serez jamais payé. Écrivez-moi sans faute une lettre en double expédition. Portez-vous bien, ainsi que tous les vôtres. Je vais bien ; la mort de mon père m'est un grand chagrin, mais la grâce et la miséricorde divine me consolent et me, soutiennent.

LODRISIUS.

1. Nous publions lo; far-similc de cette lettre en tète de l'ouvrage.

Page 1