LXXXV. C POUR LE FILS DU COMTE FUAN'CH[N[, EN RÉ
PONSE A CETTE question: UN BOSSU PELT-IL ENGENDRER?
« Voici le cas : un jeune homme de grande valeur, en même temps que chevalier distingué, le seigneur Pierre Ruscha, fils du magnifique comte Franchini, celui-ci marié à la très pudique et très noble fille du magnifique comte Borromé, est quelque peu difforme; il aune bosse par derrière, et, en avant, des écrouelles ; mais, malgré cette infirmité, les autres organes sont en bon état, et il peut, sans fatigue, se livrer aux exercices qui exigent le plus de force et d'endurance. 11 demande une consultation, à seule fin de savoir si cette infirmité lui interdit de prendre épouse, de remplir des devoirs matrimoniaux et de devenir père. « Et si proptcr usum matrimoniali thori, probabiliter non posset ad multos annos super vivere. »
Matheus répond d'abord à la première question. « Les
2. Pcyrilhe, llist. de la Chir.; Paris, 1780, in-i, t. 11, p. 39.
cîiuses d'impuissance sont de plusieurs sortes,: il faut les chercher dans le liquide spermatique, dans les organes générateurs, dans une maladie des organes principaux, cœur, cerveau, foie, ou dans un mau vaisétatdes organes intermédiaires. Il est évident que si le liquide spei'matique est retenu trop longtemps dans le corps avant son émission, il sera froid et par conséquent de nulle puissance. Il se peut très bien faire aussi que la stérilité soit imputable au mari et à la femme, c'est-à-dire au liquide spermatique de l'un et l'autre conjoint, sans qu'il soit besoin d'invoquer d'autres causes; il en est d'eux alors comme de certains arbres qui ne produisent pas de fruits. Les organes de la génération, de leur côté, peuvent être incriminés. C'est la verge qui n'existe pas, qui est trop courte ou trop longue, qui est agitée de spasmes et alors ne lance pas le liquide spermatique dans la bonne direction ad modiun sagitle, etc. On pourrait citer encore bien des causes d'impuissance imputables aux organes générateurs, cela serait curieux, mais inutile pour le cas particulier. ~ Un trouble apporté au fonctionnement des organes principaux peut également créer l'impuissance; Avicenne rapporte d'après Hippocrate que l'incision des veines derrière l'oreille rend stérile. Certaines passions, la tristesse, la peur, etc., ont même effet. Quant aux organes intermédiaires, ils peuvent être obstrués, de sorte que le liquide spermatique, aussi bien dans sa partie matérielle que dans sa partie spirituelle, ne peut arriver aux organes de la génération. Le mauvais état des reins, des veines émulgentes peut également vicier le liquide séminal. — Chez la femme, se peuvent aussi rencontrer les mêmes causes de stérilité, mais en parler serait s'éloigner de la question... >>
Matheus examine l'état de Pierre Ruscha. « Et d'abord on ne peut pas chez lui chercher l'impuissance du côté des organes générateurs, car ils sont normaux comme composition, longueur et forme; non plus que du côté des organes contenus dans la poitrine. Le fait d'être bossu n'implique pas le mauvais état des organes principaux, cœur, cerveau et foie ; et ceux-ci dans le cas particulier sont parfaitement sains puisqu'ilsaccomplissent au mieuxleurs fonctions respectives.
S'il en' est ainsi, il s'»^nsiiit que le liquide spermutiqiie, tlann sa composition tant matérielle que spirituelle, est capable d'engendrer, d'autant que les testicules sont sains, et aussi les vésicules séminales. Il ne semble pas davantage cfue les organes intermédiaires puissent ôtre incriminés, et l'on ne trouve pas dé lésions apparentes du côté des reins ou des organes voisins des membres générateurs... » « Pour conclure, dilMatheus,je répondrai à la première question. Le seigneur Pierre Ruscha n'est pas impuissant bien qu'il soit bossu et qu'il ait des écrouelles; non certes que j'aille jusqu'à prétendre qu'il aura des enfants parc^ qu'il remplira bien ses devoirs matrimoniaux : en effet, il peut y avoir impuissance chez les deux conjoints, comme je l'ai dit plus haut : ou bien tous deux peuvent être puissants et pourtant ils n'engendreront pas l'un avec l'autre, et cela du fait du sperme ; et s'ils viennent à se séparer, chacun d'eux pourra avoir des enfants. »
Pour la seconde question, à savoir s'il n'y a pas d'inconvénient pour la santé et l'existence de Pierre Ruscha à se marier, Matheus répond que « l'acte de la copulation n'est pas toujours nuisible; certains individus même qui avaient des vapeurs à l'intérieur du corps ont été améliorés par le mariage. Au contraire, il arrive que chez des hommes qui s'abstiennent d'accomplir cet acte naturel, par suite de l'abondance du liquide spermatique, par suite du froid produit par la rétention, il se forme des vapeurs qui se dispersent vers le cœur et le cerveau, comme on l'observe chez les femmeè à la suite de la rétention du liquide séminal dans la matrice. Je conclurai donc sur ce dernier point, et je dirai que puisqu'il est entendu que le seigneur Pierre Ruscha peut engendrer, il peut également user du lit matrimonial sans qu'il ait lieu de craindre maladie ou déchéance. Au contraire, il ne s'en portera que mieux. Que si l'on me demande de^ conseils de modo, tempore et numéro usus ejus,\(i répondrai qu'il n'y a pas de règles fixes. Cela dépend des sujets; mais voici une règle générale : user de ces plaisirs de telle façon qu'on n'éprouve pas de faiblesse de Ja vue, qu'on se sente plus alerte et que le sommeil soit meilleur. »
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C. C POUR UN MAGNIFIQUE ET ILLUSTRE SEIGNEUR ALLE- MAND PRÉDISPOSÉ A LA LÈPRE.
Cette consultation, une des plus longues des Comilia, est surtout une leçon sur la lèpre. Nous en donnerons seulement un résumé.
Pour les médecins du moyen âge, la lèpre ou ladrerie était une afîection produite par l'humeur mélancolique répandue par tout le corps. Le résultat ultime de cette accumulation d'atrabile, était une sorte de gangrène des membres, de telle sorte que, disaient les médecins du temps, la lèpre avait de grandes analogies avec le cancer. Pourtant, la mélancolie seule n'est pas en cause. Toutes les humeurs peuvent donner naissance à la lèpre par suite de leur combustion et transformation en mélancolie. « Aussi, dit Ferrari, les auteurs distinguent-ils quatre espèces de lèpre. Car l'une est appelée alopécie et est engendrée par le sang transformé en mélancolie ; une autre est engendrée par du flegme brûlé ou mélancolie flegmatique, elle est dite lyria ou serpentine, à cause des squames et excoriations qui apparaissent en cette forme. La troisième vient de la cholère brûlée, elle est dite léonine, à cause que les accidents en sont invincibles. La quatrième est appelée éléphantie et vient de la mélancolie naturelle. Toutefois le plus souvent elles sont mêlées. »
L'humeur mélancolique peut se répandre par tout le corps ou dans une partie seulement. Elle peut alors se putréfier ou non. Si elle se putréfie, c'est à l'intérieur des veines ou bien extérieurement. Lorsque la putréfaction est interne, il y a la plupart du temps fièvre continue. Lorsqu'elle est externe, la fièvre est intermittente. L'humeur putréfiée se répand dans tout le corps ou dans une partie du corps. Dans ce dernier cas, elle est dans la profondeur ou à la superficie. Dans la profondeur, sa matière étant épaissie, il en résulte des duretés et verrues; est-elle au contraire subtile et corrodante? il se forme un esthiomène. Est-elle neutre enfin? il se forme un cancer. Si l'humeur mélancolique s'arrête à la superficie du membre, alors il y a morphée, serpige, scabies. Lorsqu'en dernier lieu [la mélancolie se répand par tout le corps, alors la lèpre est définitivement établie.
Les causer de cctlc maladie sont l'horédité, la corruption de Tair, les attouchements, les viandes mauvaises, une coraplexion froide et sèche, la rétention de certaines superlluités mélancoliques, menstrues, flux hémorroïdal, La chaleur du foie est prédisposante comme aussi la fièvre quarte.
Les symptômes sont au début la raucité de la voix, la difficulté de la respiration qui devient courte, la rougeur sombre de la face, l'obscurité du blanc des yeux, la fétidité, de l'haleine, la transpiration. Puis apparaissent d'autres signes. Le malade est inquiet, il craint d'être lépreux et rarement il le devient à son insu. Les songes terribles de la mélancolie se multiplient. Il sent sur lui pendant son sommeil un poids énorme^ il souffre de l'incube. Apparaissent alors des morphées sur tout le corps, taches difTuses, rouges, obscures ou de différentes sortes. L'urine est subtile avec dépôt de substance sablonneuse en raison de la combustion de la matière. La peau des mains est onctueuse, de sorte qu'une goutte d'eau ne peut y séjourner. La maladie arrivant à la période d'état, les sourcils commencent à tomber. Les narines sont immobiles. Les parties postérieures des jambes, près des talons, deviennent insensibles, et les nodosités se multiplient. La face du patient est tuméfiée et horrible à voir. Lorsque l'affection est tout à fait confirmée, tous les signes précédents ont acquis leur maximum d'intensité. Les cheveux tombent, la plupart des membres sont ulcérés, principalement les cartilages du nez. L'haleine est horriblement fétide, les lèvres sont épaissies et noirâtres. D'ailleurs la coloration du corps est extrêmement sombre. Le pouls est très débile et lent. A la fin il devient rare. « Au reste certains signes peuvent se rencontrer dans la lèpre que l'on trouve également dans d'autres maladies, ce qui doit engager les médecins à être prudents. »
Quelques signes permettent de distinguer la nature de la lèpre. Est-elle bilieuse? la couleur de la peau est citrine, sombre; il y a du prurit de la face et des paupières. Rapidement surviennent des crevasses, et des aspérités sur les pieds et les mains. L'urine est très citrine et il est indiqué d'instituer un régime identique à celui des bilieux.
Est-elle sanguine? la face est rouge. La moindre cause
protluil un écouleiiient de sang parles jjaiiiu's, Lcti veines situées autour de l'œil sont gonflées de sang. Les lèvres et les gencives sont rouges, souvent elles saignent. Sur l'o corps apparaissent en grande quantité des taches rouges. Est-elle flegmatique? la peau est blanche et un peu sombre. Des écailles, des squames tombent des extrémités des membres, les pieds sont tuméfiés. L'urine est épaisse avec dépôt. Les yeux larmoient presque continuellement, etc.
Est-elle mélancolique enfin? la peau est sombre; l'urine est très subtile, à peu près normale; la voix est débile, la respiration faible. C'est dans ce cas surtout qu'on rencontre des nodosités. Le sang, évacué des veines, est de mauvais aspect, terreux, etc.
C'est après ces généralités que Ferrari examine le cas de son malade qui est simplement prédisposé. Il a présenté les symptômes précurseurs de la lèpre. « D'abord à l'inspection de la face, on remarquait une couleur subcitrine, parfois tirant sur le rouge. Ceci était surtout évident pour les yeux. Certaines taches morphéiques avaient fait leur apparition sur la face, le cou et d'autres parties. Des nodosités de notable grosseur s'étaient montrées sur les jambes, quelques-unes même sur le visage du malade. La voix fut rauque; l'urine très subtile avec dépôt sablonneux. Le sommeil était mauvais avec sensation terrible de pesanteur sur la poitrine pendant la nuit. Les mains étaient grasses. Tous ces symptômes indiquent assez clairement que le patient a eu un commencement de lèpre. Et pourtant il est guéri pour l'instant. Le sommeil est revenu, l'urine a bon aspect; l'appétit est bon, la digestion excellente, l'intelligence saine' la voix normale; la face et les yeux ne présentent rien de particulier; les mains sont assez âpres au toucher elles n'ont plus l'onctuosité de jadis. Les nodosités des jambes et de la face n'existent plus. 11 est donc certain que la lèpre a disparu. Mais il faut prendre des précautions. »
Nous laisserons de côté le traitement, et nous nous contenterons seulement de mentionner les fameux plats de vipères qui eurent tant de succès au moyen âge. (V. sur cette consultation p. 2o8, n° 11.)
PRAGTIGA
RUBREQUE OU TABLE DES TRAITÉS ET CHAPITRES DE LA PREMIÈRE PARTIE DU COMMENTAIRE TEXTUEL DU NEUVIÈME LIVRE A ALMANSOK CONTENANT DEUX TRAITÉS SPÉCIAUX.
1° Traité sur les maladies de la tète et des nerfs contenant quarante-huit chapitres.
I. De la céphalalgie, mi- IV. De l'apoplexie, graine et soda. V. Du subeth.