‹ Une chaise pour deux: vaudeville en un acteChapitre 3 sur 19 · ANNIBAL, LEDUC · texte numérisé non relu

ANNIBAL, LEDUC

ANNIBAL, en tr' ouvrant sa porte. Merci, estimable concierge... Donne!

Il prend les souliers.

LEDUC, contre la porte. Vous n'allez donc pas à votre magasin de nouveautés?

ANNIBAL. Fermé de ce matin !

LEDUC. Fermé?

ANNIBAL. Pour moi!... je suis exporté... envoyé aux relations extérieures î... Ah! ah! ahî... Couvre-toi donc !

Il lui prend sa casquette, qu'il met sur sa tête.

LEDUC, cherchant à la reprendre. Pardon, monsieur Annibal ; je m'enrhume.

ANNIBAL. Et moi, donc... qui suis en négligé... N'importe!... Écoute bien, Leduc, et tiens-toi tranquille... Voici...

NoTX Prendre pour l'ordre des personnages et les indications de droite et de gauche, la gauche du spectateur,

MACxASIN THÉÂTRAL.

LEDUC. Ma casquette?

ANNiBAL, la lui donnant. Non. . . une lettre 3i porter.

lEDUC. 31ais, pour qu'on vous renvoie, vous avez donc fait de vilains tours?

ANNIBAL. Au contraire, de charmants tours,., de valse! de polka! de mazurka !... tra, la, la, la!... (Il sautille, et jette en Vair la casquette de Leduc.) Oh! si je n'étais pas en négligé!...

LEDUC, la ramassant, et revenant près de la porte. Ainsi, c'estla danse!... Vous dansez?

ANNIBAL. Et toi, Leduc?

LEDUC. 31on épouse me l'interdit.

ANNIBAL. La mienne aussi. . . Voilà pourquoi je ne manque pas un bal de Mabille... Tra, la, la, la!...

II sautille.

LEDUC, étonné. Mabille?...

ANNIBAL. Oui, tel que tu me vois, l'été dernier, j'étais le beau danseur, le Brididi de la Chaumière... et c'est dans ce lieu pastoral que je fis la rencontre de M"''' Annibal, alors simple jeune fille, folâtre et légère...

LEDUC . Hein ?

ANNIBAL, vivement. De cou-de-pied, seulement!... 31ais la dot, de part et d'autre, étant toute dans le physique, nous nous fîmes serment mutuel de dire adieu au bal et de verser, chacun de notre côté, le fruit de nos économies dans une tirelire qui est là, au fond de ce placard.

LEDUC, s'éloignant pour regarder. C'est une caisse d'épargne...

ANNIBAL. Oui... (y^ part.) Je l'épargne toujours... {Haut.) Par malheur, cette vie de ménage ne convenait pas à ma santé... et, ma foi, un beau jour, sans rien dire à Rédova...

LEDUC. Vous manquâtes à votre serment ?

ANNIBAL, avec aplomb. Je n'ai point ce reproche à me faire. . . Je n'allai point à la Chaumière... je fus à Mabille!.., Mais assez causé. . . je suis en négligé. . . Porte ma lettre h son adresse, et vivement! ici près, rue des Orties. . .

LEDUC, s'indignant. Chez une danseuse?

ANNIBAL. Non... chez mon bailleur de fonds , qui me prête de l'argent à trente-cinq du cent, et que j'invite à déjeuner pour né gocier un renouvellement.

LEDUC, avec étonnement gradué. Vous avez des dettes?,..

ANNIBAL. Je voudrais n'en pas avoir, mais j'en ai... C'est l'accompagnement obligé du plaisir !

LEDUC. Je tombe de ma hauteur!...

ANNIBAL, riant. Ce n'est pas dangereux...

Ainsi, c'est convenu. . . déjeuner pour deux. . . je te charge du menu !

Il ferme sa porte.

LEDUC, la rouvrant. Comment! vous me chargez?...

ANNIBAL. Tu l'ajouteras sur ma note du mois dernier...

Il referme.

LEDUC, rouvrant. Qui n'est pas payée...

permettez...

ANNIBAL, appwjant. Surtout, pas un mot de tout ceci à Rédova quand elle rentrera, ou je te retire mon estime !

Il ferme.

LEDUC. Mais, permettez, monsieur Annibal. ANNIBAL, rouvrant. Je ne te reconduis pas... je suis en caleçon!...

Il ferme et disparaît.

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