VUE CH4TELA.INE
compte de l'intervalle ; une petite brise d'un vent chaud et parfumé, m'apportait en fai-^ ble écho le retentissement de voix joyeuses; toute la contrée célébrait mon hymen! Il me semblait voir l'autel où je venais d'être épousée, brillant d'azur et d'or à la clarté de mille cierges. Le chapelain et moi étions restés seulets, comme en advint il fait trente ans, sus j'ai dit au fantôme, qui vrai me paraissait : si vous en savez, dont le cœur soit en détresse, envoyez-les moi sans demeure : il m'est facile de trouver dans le mien des consolations pour eux. Si vous en savez dont lesmaux provenant d'indigence et dénùment ne se dissipent par des accens emmiellés, mais par des secours positifs et soutenus^ tôt faites-les venir, ma main généreusement prodigue épuisera mes trésors : en ce jour d'allégresse ne se doit répandre que des larmes de joie.
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— Hé ! baronne , réserve* au moins un cadeau à votre bru qui vient de mettre à lumière un biau gars, m'a dit en riant fort le baron de Jngny, qui m'avait écoutée on silence.
— iMe suis virée toute honteuse, et comme sortant d'un rêve (d'iceux qui colorent les joues en la primeur des ans).
— Eginard , ai-je répondu , avec un restant de prestige, vous dissipez une agréable fiction , pour une chère vérité; c'est vrai, mais en mon cœur il y avait place pour les deux.
— Deà, châtelaine, je doute parfois de votre sens, vous voyant substantée de telles vides chimères: Aloïze , ma mie, vous êtes mère grand! ce m'a dit le baron.
Et donc je vous fais juge. Ne suis-je pas en mon droit ; lorsque je soutiens que le sentiment d'aimer chez les hommes est bref
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et flamboyant comme un feu de gerbe sèche ? il prend sa vivacité en l'ardeur des sens et la force de l'âge. Mais ne survit à la décadence des deux l'affection douce et tendre beau présent du ciel ; voire même il en estijui, en leur aridité n'en font pas plus de cas que d'un fabliau frivole ; et de là vient qu'ils sont inhabiles iceux à pénétrer dans les replis du cœur, où se trouvent de tant gentils secrets que devine notre sexe, et sait mettre au jour avec délicatesse.
S'achève ici ma digression , et se reprend la fin de ce récit. Veuve de sire de Gombault, pour damoiselle en tous points me tint mon deuxième mari, et dans les déduits de l'hymen, nous mêlâmes son souvenir sacré à nos chastes jouissances.
En ces nuits de privautés , ainsi me priait
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daniour Eginard : Ilaî nia inie, viens ra, Reste proche à moi. Que je te sente respirer....je ne voudrais dormir, crainte qu'un somme imposteur ne te représente absente ; et, si nature déçoit mon vouloir, ha! reste le phis proche possible , pour qu'à mon réveil je n'aie la fâcherie de me croire seul.
— Voire, lui dis-je, quand et quand, se doit obéissance à lepoux: mais jamais il n'en sera de mieux exactement observée... et soumise sans effort ne m'écartais d'une palme.
Heur inconstant, joies passagères! puisque notreapparition sur terre est si courte; pourquoi ne durez-vous autant que nous?
Dans le laborieux métier d'épouse, je n*ai point été infructueuse : ma nombreuse
lignée s'est accrue , à ma gloire et vSatisfaction , et si neuve est en moi la souvenance des jeunes ans , que, malgré ma raison , je me sens plus de tendresse pour iceux de mes fils en qui je découvre un trait ou une grâce du clamoiseL
Sire de Mexpres, mon père, vécut assez pour voir éclore mes jeunes rejetons. Ma mie Praxède, son époux et leurs enfans sont fixés auprès de nous.
Dame Alix, perverse jusqu'au bout, mourut en témoignant le regret de n'avoir pas achevé son cruel stratagème. Ulric, amendé sincèrement, s'enfroqua et passa sa vie en macérations et pénitences.
Donques, ici, après l'avoir mis à conclusion , je vais faire clos ce livret, voulant qu'il soit déposé aux archives de ma fa-
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mille, et qu'il y soit tenu en grand' vénération; l'ayant écrit et narré pour l'enseignement (le mes fils et descendans d'iceux, afin que, dans leurs tribulations en cette vallée d'épreuves, ils soient confions et dévots à celte divine Providence qui n'abandonne jamais ceux qui clieminent droit et hardiment dans le chemin de la vertu.