L'KE CHATELAIN E
— Voilà le sixième , Aloïzc , c est réteiidard du sultan Noradiu : C'est à vous à bailler le prix.... et aussi à le recevoir , ù noble fille ! parce que vous avez, au grand respect de Dieu et de votre père, rempli tous vos devoirs et fait l'orgueil de mes vieux jours.
Les fils de mon entendement s'embrouillèrent au vent de ces paroles. Mon sang se transit en ses conduits; et quand, reprenant sa chaleur, il précipita les battemens de mon cœur tant ému , je me trouvai sur celui du chevalier : monseigneur mon père m'y avait placée lui-même , lui étant avis que ce moyen était le plus court pour me rendre la connaissance.
A cette prospère fin de mes ennuis passés,
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je veux faire une pause, par impossibilité de montrer notre bonheur à tous. Et à cause, vais-je court au temps où, sans avoir rien perdu d'une félicité suprême , je pouvais cependant Tenvisager.
Eteîred de Pontis était venu joindre sa dame et assister à mes noces. Mon père les détermina à quinze journées. La quatorzième,, je descendis en la chapelle souterraine où reposait sire de Gombault. Je priai son âme de me protéger du haut séjour, et renouvelai l'obligation de justifier se^bienfaits en imitant, autant que le pourrais, les vertus que je lui avais vu pratiquer.
Et voilà que parut la prime lueur du jour de l'hyménée, et avec elle les chambrières qui venaient me parer; j'étais jà debout et impatiente de recevoir leurs bons offices. Donc
elles m'habillèrent d'iino mbe tle brocard d'or fleiirelée d'argent, enjolivée et ornée autour du sein de pierreries diverses de grand prix. Sur ma tête et sans couvrir mes cheveux , merveilleusement tressés par leurs doigts habiles, s'élevait une couronne resplendissante de rubis et d'émeraudes; laquelle assujétissait un long voile blanc d'un tissu délicat ondoyant gracieusement jusqu'à terre, et complétait ma parure une riche ceinture à beaux fermaillets d'orfèvrerie que m'avait donnée le baron.
Je n'avais encore fini, que monseigneur de Jugny entra dans la cour avec nombreux cortège de dames et chevaliers. Etait radieux mon futur époux , de bonheur , jeunesse et beauté. Je ne pouvais prou le mirer de derrière mes vitreaux , jouissant sans contrainte d'une si chère vUe.
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La compagnie se dispersa dans les salles, et le baron dit : Dort encore la dame de Gombault ; bien se voit qu'elle n'a été si diligente que moi.
Si n'eût été alors retenue et décence , j'aurais étendu mes bras vers lui, et avec chaleureuse flamme j*aurais répondu : Me voici, j'ai devancé le chant de l'alouette pour ne te faire attendre. Je n'ai clos mes yeux qu'afin de contempler mon avenir avec recueillement et délice. Ah! beau cher ami et doux ami ! ne se peut sommeiller la nuit qui précède le jour où l'on s'unit à ce qu'on aime ! .. Il est distinct celui-là en la plus longue vie , et par après ou devant ne s'y pense sans émoi.
Les dames entrèrent, se riant de ma paresse ; mais , en me voyant prête et atournée,
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il leur resta démontré, ainsi qu'au baron, que j'avais été autant diligente que lui. Puis ce fut le tour de mon père; lequel vint à n)oi , et d'air solennel me posa sur le chef un chaperon de vierge , et en telle qualification inespérée, me présenta au sire de Juirnv.
En sa surprise et ravissement, Eginard me prit de ses bras avec tendresse extrême; et moi, dérobant en son sein mon visage rouge de ma pudeur et de ses baisers , je dis comme sire de Gorabault avait été mon second père et mie rien plus.
Et en cet endroit de cette mienne histoire, séduite par un magique souvenir, inattentive à mon travail , j'ai du tout raileiiti ma plume : me croyais reportée à jadis. Les années rapides, s'abimant dans le goufre du passé, le moment d'alors et le moment présent s'étaient rejoints sans nul