JOHN GRIPP, DOROTHÉE
JOHN, entrant avec mauvaise humeur. Par l'ame de mon père, que le diahle puisse les emporter!
DOROTHÉE. Bonjour, monsieur John...
JOnN. Bonjour... et à boire!
DOROTHÉE. Après qui jurez-vous donc ainsi ?
JOHN. Après vos damnés chemins, où j 'ai manqué de rester, moi et ma jument.
Cil jette son fouet et son chapeau sur une chaiee au fond du théâtre.)
DOROTnÉE. Pourquoi aussi revenezvous si tard ?
JOHN. Est-ce que je ne suis pas mon maître ?
Dorothée. Gomme il est aimable! prenez donc intérêt à lui!
JOHN. Eh! qui diable vouspriede prendre intérêt à moi? Donnez-moi à souper... c'est tout ce que je vous demande; car je meurs de faim. Quant à ce qui est d'être aimable, nous verrons plus tard, quand j'aurai le temps, mais dans ce moment je n'y pense guère !
Dorothée. Est-ce que vos bestiaux ne se sont pas bien vendus au marché ?
JOHN. Très-bien!
DOROTHÉE. Les affaires ont donc été bonnes ?
JOHN. Oui...
DOROTHÉE. Vous dites ça comme si elles avaient été mauvaises.
JOHN. C'est qu'elles sont mauvaises
ces imbéciles-là m'ont payé comptant... ils m'ont donné des guinées... et moi quand j'ai des guinées dans ma poche!..
DOROTHÉE. Vous avez encore joué ! . .
JOHN. Eh! que voulez-vous qu'on fasse après le marché? surtout quand les autres fermiers sont tous là à jouer à la boule.... à vous exciter et à parier... moi, je ne suis pas méchant...
Dorothée. Je le sais bien.
JOHN. Je fais comme eux ! aussi, depuis la mort de feu mon père en ai-je vu défiler des vraies livres sterling !
DOROTHÉE. Parce quevous n'avez personne auprès de vous pour vous retenir ou vous donner de bons conseils ..
JOHN. N'allez-vous pas me faire de la morale, la taveruière.
DOROTHÉE. Pourquoi pas? vous avez encore une jolie fortune... cette taverne qui vous appartient, et de bons quartiers de terre au soleil... mais tout ça est engagé; on vous a prêté là-dessus, et pour remettre de l'ordre dans vos affaires... il faudrait quelqu'un qui y prît intérêt, comme si elles étaient les siennes.
JOHN. C'est ça... je vous vois venir
voilà deux ans que vous avez la rage de m'épouser.
DOROTHÉE. Moi !
JOHN. Oui, par saint Georges! vous m'en voulez... et je ne sais pas ce que je vous ai ai fait... je vous loue cette taverne à un prix modéré ; je ne vous tourmente pas pour le paiement, et la moitié du temps, je viens le manger ou le boire ici, avec des amis... enfin, je suis un bon voisin, et un honnête homme, à qui vous devriez vouloir du bien... oh! bien, pas du tout... elle a une idée qu'elle poursuit..:
DOROTHÉE. Vous devriez m'en remercier.
JOHN. Laissez-moi donc tranquille... si je voulais comme on dit faire pénitence... je n'aurais qu'à être votre mari...
DOROTHÉE. Pourquoi ça?
JOHN. Pourquoi... pourquoi? parce que votre mari... ce n'est pas moi... c'est tout le monde qui le dit... votre mari serait exposé d'abord à...