LORD WOLSEY, -JENNY, SARAH
WOLSEY. Eh bien ! ma chère enfant , comment vous trouvez-vous ici , dans notre nouvelle habitation? .,.
JERHVY, d'un air aimahle. Comme partout où je suis avec vous , Milord.
[Sarah passe à droite.
WOLSEY. Il faut bien que je devine vos goûts, car jamais vous ne me les faites connaître, et, à ce sujet, mis Jenny, j'ai grand besoin d'avoir une conversation avec vous. {A Sarah, qui crut. sr retirer.) Restez, Sarah, je désire que ce soit en votre présence. (// prend un fauteuil et s Sara, en avance un à Jenny, qui s'assied à la droite de JVolsey. Sarah reste debout derrière le fauteuil de Jenny. ) Je ne puis même différer cet entretien ; car ce soir , à \z ville , plusieurs gentilshommes de mes amis donnent, à l'occasion de mon arrivée,
«ne fête où je ne puis me dispenser d'as- , sister.. et peut-être demain serai-je obligé Psi -de repartir... Que cela ne vous effraie pas? .«A .«e n'est pas sur encore.
jenny. Je l'espère bien ; que vouliez-
-^ vous me dire ?. . .
~ wolsëY. Je ne sais trop par- où com-
inencer |^ JENNY. Vous, milord, troublé, embarv y rassé avec moi? qu'est-ce donc? vous •^-z, m'inquiétez !
^-^ WOLSeY. C'est qu'ici, comme en toutes S choses à peu près, il y a du raisonnable et qu'il peut y avoir aussi du ridicule ! JENNY. Pouvez-vous le croire?
WOLSEY. "Vous savez, ma chère Jenny, que vous étiez bien jeune lorsque le ciel vous offrit à moi, et je le remercie tous les jours d'avoir placé un tel trésor dans mes mains ! J'ai vu avec joie se développer en vous les qualités les plus biilantes ! Une seule aurait pu devenir un défaut ; défaut bien naturel à votre âge.
JENNY. Et lequel, milord?
WOLSEY. Celte imagination qui se montre parfois chez vous bien vive , bien romanesque, exaltée même... mais c'est aussi la source de tant de bonnes actions, de tant de pensées généreuses... que je n'ai jamais osé en réprimer les écarts. Air d'Aristippe Souvent s'élançant dans l'espace , Où vons aimez vous égarer, J'ai vu votre coeur s'enivrer Respectant de si doux mensonges , Je me taisais... tint j'avais peur , En dissipant un de vos songes, De vons enlever un bonheur.
Mais maintenant, cependant, il faut bien vous parler raison. Vous êtes sortie depuis un an de la pension où je vous avais placée... votre beauté, vos grâces, vous font remarquer de toutes parts.... et cela devient effrayant , pour moi , surtout , qui voudrais bien ne jamais vous quitter. JENNY. Eh bien?
WOLSEY. Eh bien !.. je viens vous faire une proposition qui peut-être va glacer cette ardente imagination dont je parlais tout-à-1'heure... une proposition très-peu
romanesque, horriblement bourgeoise
une chose qui arrive tous les jours, et à tout le monde... c'est un mariage.
JENNY. Un mariage !
woi.sey. Avec moi.
jenny, à part. Grand Dieu !
S.arah. Je respire !
WOLSEY. Il se levé. Jenny se liée aussi. Je sais que vous allez m'obiecter mon
* S«r»b , Jenny, Wolsey
â8e ", huit ou dix ans de plus que vous. c'est la vieillesse à vos yeux... et puis jusqu'à présent vous ne m'avez regardé
que comme un tuteur et un tuteur
amoureux... mais ce n'est pas mon amour seul que j'ai consulté; c'est votre avenir qu'il fallait assurer; c'est cette idée qui m'a donné le courage de tout braver.... même le ridicule.. .. et s'il est dans le monde quelqu'un qui plus que moi puisse vous rendre heureuse, ne craignez pas de me le dire, de me l'avouer franchement... faites comme moi, Jenny, ne pensez point à moi, et ne songez qu'à vous !
jenny, attendrie. Ah! milord!... Ah !
mon ami!..
WOLSEY. Allons!., allons, mon enfant, calmez-vous ! c'est ici une affaire de sangfroid et de raison; surtout pas d'imagination! c'est mon ennemie mortelle... et je suis perdu, si n'écoutant qu'un moment d'exaltation ou de reconnaissance, vous me voyez autrement que je ne suis... j'ai des dehors peu brillans, un caractère froid, souvent sévère ; et si vous ajoutez à cela un bon cœur, qui vous aime bien, et une fortune assez belle, voilà tout ce que je viens vous offrir... Il n'y a là-dedans pas la moindre poésie, pas le plus petit roman .'... et maintenant que vous voilà prévenue, j'attends votre décision.
JENNY, baissant les jeux. J'aimerais mieux ne pas vous la donner de suite.
SARAH , bas à Jenny. Y pensez-vous !
WOLSEY. Elle a raison.
Air du Pot de fleurs.
C'est un sentiment de prudence
Auquel je ne peux qu applaudir j
Car le péril est assez grand, je pense,
Pour qu'elle veuille y réfléchir...
En vains délais faut-il qu'on se