SCENE V
JENNY, seule.
Combien je suis coupable !... est-il un liomme meilleur, plus aimable, plus aimant? Je ne puis prononcer son nom sans émotion, et dans mon cœur attendri tout me dit que je devrais l'aimer!... et je l'aime!... ah! oui, je l'aime! mais pas comme John ; je donnerais ma vie pour lui! mais ce n'est pas John ! ! Quand je pense à Wolsey, je suis tranquille, j'ai du bonheur; mais quand je pense à John, c'est une ivresse, un transport!... j'ai la fièvre ! ma tète se perd! je suis folle!... je sacrifierais tout pour me retrouver encore couverte de mes humbles habits, comme aux jours de mon enfance... une chaumière, une chaumière et lui; la pauvreté, la misère, n'importe, je serais avec lui ! au lieu de cela , ce luxe , ces richesses , ces bienfaits dont on m'accable et qui enchaînent ma reconnaissance, qui me défendent d'être ingrate. ( Lisant le papier que lui a remis TVolsey.) Il me donne ce château et les bois, les terres qu'il vient d'y réunir ; la ferme de Kendal!... ôciel! c'est bien ce nom-là, c'est celle dont Robert Gripp était le fermier, et qui doit sans doute encore être occupée par lui... ou par son fils. La ferme de Kendal, à trois milles d'ici!... et
avant d'arriver à la ferme . à deux cents pas du parc , la taverne du Chariol d'or, où j'étais servante, où j'étais avec John!., et qui sait? peut-être y est-il encore? peutêtre en ce moment est-il là qui pense à moi. qui meregrette, qui m'appelle. ..Orna tête!... ma tète!... elle est brûlante, elle est en feu... je ne vois plus rien que John qui est près de moi ; et avec quelle violence mon cœur s élance vers lui!... {Marchant vivement. ) Ah ! cet état est horrible'... je ne puis le supporter plus longtemps ! Là, là , là, à deux cents pas de moi , les souvenirs de toute ma vie ; le repos et la paix !.. . deux âmes qui s'entendent et se devinent; le bonheur enfin!.. Non, je ne puis y résister ; non , je n'accepterai pas le sort brillant que milord me propose ! ce serait indigue à moi de lui donner un cœur qui dans ce moment est rempli d'amour pour un autre ; et l'honneur, la reconnaissance même m'ordonnent de refuser sa main et ses bienfaits!.. Pauvre il m'a trouvée !.. pauvre je dois le quitter; oui. oui, c'est cela!... i Elle vu s 'asseoir à la table et écrit. ) J'ai promis à milord de lui écrire... eh bien! avouonslui la vérité! son noble cœur est digne de l'entendre. ( Écrivant. ) « Je ne peux plus » rester auprès de vous, et ne puis recevoir » vos bienfaits dont je ne suis pas digne... » j'en aime un autre, je ne puis vivre sans n lui. » {Elle écrit encore quelques mots, et ferme la lettre, puis y met l'adresse. ) Demain, quand je n'y serai plus, on lui portera cette lettre , que je laisse à son adresse; et cette nuit même... ( Se levant.) Oui, c'est à celui que j'aime, à l'ami de mon enfance, à mon époux, que je dois aller demander asile. Et ces riches habits ne peuvent plus être les miens!... je les quitterai ! je reprendrai ceux qui me conviennent, ceux que j'entrevoyais toujours comme l'espérance de mon bonheur. {Montrant le cabinet a gauche.) Ils sont là !.. là ; tout le monde dort ; dans une heure je puis être auprès de John... ( S' arrêtant. ) Mais milord!!! ah! ne pensons pas à lui , car je ne partirais pas !
(Elle se précipite dans Je cabinet à g.;uche.;
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REUXEEME PARTIE.