LE RÊVE
Un garçon, couché sous un arbre, rêve; On sent qu'il poursuit un rêve enchanteur; L'heure d'un doux songe est toujours trop brève.
Il voit devant lui passer, ô bonheur!
Dans un beau ciel bleu, trois femmes charmantes.
Toutes trois voulant agir sur son cœur.
L'une lui promet les rumeurs bruyantes; L'autre, sur ses pas, vient jeter de l'or; L'autre est la compagne aux grâces touchantes.
Il voit, tout ravi, dans un frais décor.
Richesse, Bonheur, haute Renommée; Il se sent heureux ; mais, hélas ! il dort.
Ou'ai-je donc rêvé? J'ai l'âme charmée, Dira-t-il; j'ai vu trois beaux papillons Qui semblaient venir darfs une envolée.
Ces rêves chéris, donnant des frissons, Nous les avons faits, peintre idéaliste.
Et, tout éveillés, nous les recherchons.
Il est bon, parfois, quand le cœur est triste, De se voir trompé; qu'il se trouve las De penser qu'ailleurs le Bonheur existe ;
Bien loin des humains d'égarer ses pas; De pouvoir encor, ô sainte chimère, Épris d'idéal, te tendre les bras !
Tout a, dans ce monde, un règne éphémère.
Le rêve, voilà le bien le plus doux ; Il est consolant, ainsi qu'une mère.
De l'amante, il a tous les baisers fous ;' Il a des vieux vins l'excitante ivresse, Ouvrant des trésors sans fin devant nous.
Nous montrant le beau plus que la richesse.
Il nous fait priser, où nous les trouvons, Pieds de Cendrillon et mains de duchesse.
Il sait nous porter, au delà des monts, En nouveau Jason, faisant la conquête De la toison d'or, malgré les dragons.
Mais de quels trésors sommes-nous en quête?
La perle qui luit tout au fond des eaux.
Cachée au regard, avide, qui guette,
Donne au ravisseur, certes, moins de maux.
Que la découverte, en un corps sans tache.
D'une âme éclipsant les plus purs joyaux l
— i56 — Elle est près de nous, peut-être, et si cache. Si l'on s'est trompé, l'on doit bien souffrir; Il faut la chercher longtemps sans relâche- Heureux qui toujours veut la conquérir.